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Une résurrection qui s’intéresse à l’argent

Ananias et Saphira sont condamnés à mort par l’apôtre Pierre, simplement parce qu’ils n’ont pas donné tout le fruit de la vente de leur terrain à l’Église. Celle-ci est-elle un tribunal révolutionnaire ? Ou une communauté d’amour et de pardon ?

   En effet l’égarement de ces deux malheureux est bien léger par rapport à toutes les corruptions et accumulations imméritées de richesse que les médias nous rapportent aujourd’hui. La disproportion entre la faute et la punition nous met mal à l’aise. Pour mieux comprendre la violence du texte il nous faut tenir compte de deux facteurs :

   – En ce temps-là, peu de monde lisait puisqu’il n’y avait rien à lire, en l’absence d’imprimerie. La transmission des connaissances ou des sagesses passait alors par le support de petites histoires que l’on se racontait au coin du feu ou au sortir de la synagogue. Mais il fallait que ces histoires soient merveilleuses ou épouvantables pour qu’elles entrent bien dans la mémoire collective. Une histoire violente se retient mieux qu’une histoire banale. Les médias aujourd’hui le savent encore bien.

   – Cette communauté croyante de Jérusalem, dont Luc nous dit qu’elle ne comportait plus de pauvres, parce qu’elle pratiquait le partage intégral des biens, est une belle utopie, une sorte de paradis sur terre. L’Église en rêvait naturellement, car il n’est pas possible de prêcher l’amour du prochain sans en encourager les conséquences, sous la forme notamment d’un meilleur partage des ressources. Mais des pauvres, dans l’Église ou ailleurs, il y en avait toujours. C’est bien pour cela que Paul avait organisé pour eux une gigantesque collecte, à travers toute la Méditerranée.

   Le parallélisme entre le récit qui nous occupe et celui de la chute d’Adam et d’Ève, au commencement du monde, est frappant. Nous sommes ici au commencement de l’Église, et un autre couple est chassé de son paradis parce qu’il a désobéi. Il a introduit le mensonge et la dissimulation dans le jardin de la communauté chrétienne, de sorte que jamais plus ce paradis imaginé pour le commencement de l’Église ne pourra être retrouvé.

   Avant cette chute, au temps idyllique où tout était encore mis en commun, Luc nous dit bien qu’une grande puissance marquait le témoignage rendu par les apôtres à la résurrection du Seigneur. Et donc cette puissance avait entraîné la disparition des pauvres, par l’organisation de la redistribution des richesses. Nous voyons dans ce récit que la résurrection du Seigneur a des répercussions sociales, elle entraîne un autre mode de vie en collectivité, elle conduit directement à se soucier de ceux qui sont dans le besoin. La résurrection n’a pas que des répercussions sur une hypothétique vie après la mort : ses effets se font sentir bien avant, par plus d’efforts de la part des riches, et moins de détresse pour les pauvres.

   Vive cette résurrection-là, qui regarde où va l’argent !

   Mais la nouvelle chute de ce couple a gâché la puissance de la résurrection. L’homme de la création du monde était tombé dans le péché d’orgueil. L’homme de la création de l’Église est tombé dans le péché de l’égoïsme. Adam et Ève n’ont pas respecté Dieu, en voulant en savoir autant que Lui. Ananias et Saphira n’ont pas respecté leur communauté, en détournant cette vérité de Pâques qui est le partage des richesses. De sorte que le passage du premier récit de la Genèse au deuxième récit des Actes des Apôtres, est un passage de la question de Dieu à la question des hommes. Le paradis du monde a été perdu parce que le lien avec Dieu a été cassé. Le paradis de l’Église a été perdu parce que le lien entre les hommes a été cassé.

   La première chute portait sur la connaissance. La seconde a porté sur l’argent.

   Les utopies, placées à l’origine de l’histoire, veulent nous aider à construire l’avenir, à donner un début de réalité à ce Royaume dans lequel les règles convenues ne seront plus contournées, les richesses ne seront plus détournées, les paroles ne reposeront plus sur le mensonge. Voilà notre foi. Voilà pourquoi l’Église a encore du travail, et nous avec elle !

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À propos Henri Persoz

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est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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