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Une Église méconnue : l’Église vieille-catholique

L’Église vieille-catholique est issue d’une scission dans l’Église catholique, dont l’origine remonte au XVIIIe siècle. Olivier Guivarch a interrogé Alexandre Nevejans, 35 ans, agent territorial pour la commune de Selles-sur-Cher (Loir-et-Cher). Il appartient à cette Église très peu connue.

Entretien avec Alexandre Nevejans

 

Vous vous réclamez du mouvement vieux-catholique, quel est son nom exact ?

On peut dire Église vieille-catholique ou Union d’Utrecht. Cette dernière appellation permet de situer l’origine du mouvement : l’Église d’Utrecht aux Pays-Bas. Dès le XVIIIe siècle cette Église fut appelée catholique romaine du vieux clergé épiscopal, le terme « vieux » évoquant la succession apostolique ininterrompue, après un litige l’opposant au pape et qui a provoqué une rupture avec Rome.

L’Union d’Utrecht, créée en 1889, rassemble des Églises vieilles-catholiques, notamment en Allemagne, en Suisse, en Europe de l’est, et bien sûr aux Pays-Bas. D’autres Églises se présentent comme étant vieilles-catholiques sans faire partie de cette Union.

Le mouvement en France est une Mission vieille-catholique qui dépend directement de la Conférence Internationale des évêques de l’Union d’Utrecht et l’évêque suisse en est l’actuel responsable. La Mission compte plusieurs implantations : à Paris, Strasbourg et dans la région d’Annecy.

Le mot « vieux » se réfère maintenant à la foi de l’Église ancienne des dix premiers siècles. On peut donc être jeune et vieux-catholique !

La succession apostolique et le rôle des évêques semblent être des piliers du vieux-catholicisme.

En effet, les vieux-catholiques sont très attachés, comme les anglicans et les orthodoxes, à la succession apostolique en tant que lien historique avec les disciples du Christ et la Révélation divine. La succession apostolique implique aussi un art de vivre l’Église : elle rappelle qu’aucun responsable n’a le pouvoir de changer l’héritage de l’Église selon son humeur.

Mais cela ne saurait occulter un autre aspect de l’ecclésiologie : la structure épiscopo-synodale. L’archevêque d’Utrecht, le Belge Joris Vercammen, a été élu le 11 mars 2000 par des prêtres, des diacres et des laïcs. Il est un éminent représentant de l’Union d’Utrecht, mais les Églises vieilles-catholiques gardent une autonomie importante en convoquant des synodes réguliers, dont l’organisation concrète diffère selon les Églises locales.

Comment définir la foi vieille-catholique ?

Vincent de Lérins [un moine du Ve siècle – NDLR] utilisait la formule suivante : « Tenons-nous à ce qui a été cru partout, toujours et par tous, car c’est cela qui est vraiment et proprement catholique. » Les vieux-catholiques en font leur devise. Pour eux, la foi se fonde sur le canon des livres bibliques et s’exprime à travers les confessions de foi de l’Église des premiers siècles, la célébration eucharistique et le ministère ordonné (diacre, prêtre, évêque).

Sont donc refusés les dogmes sur l’infaillibilité et l’épiscopat universel ou l’omnipotence ecclésiastique du pape, ainsi que les dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption corporelle de la bienheureuse Vierge Marie. La proclamation de ces dogmes par le concile Vatican I en 1870 a engagé un processus de scission de catholiques pour qui la tradition devait rester vivante.

Il s’agit de conserver le noyau vivant de l’Évangile en le traduisant dans les situations nouvelles de chaque génération. Vivre la tradition est une façon de se connecter avec l’ensemble des croyants de tous les temps et de tous les lieux.

Pour le reste, en matière de foi, les catholiques romains et les vieux-catholiques sont bien proches. De plus, les sept sacrements demeurent ; les différences liturgiques sont presque imperceptibles même si cela dépend du pays : en Hollande, l’influence est protestante, tandis qu’en France, elle est plutôt catholique romaine.

La déclaration d’Utrecht de 1889 ressemble à une protestation, la ressemblance avec la Réforme est manifeste ; pourquoi ne pas avoir rejoint une Église issue de la Réforme ?

L’Union d’Utrecht est une voie médiane.

Je reste attaché, d’une part, à l’eucharistie catholique, à la théologie sacramentelle et à l’organisation épiscopale. J’ai reçu une éducation catholique romaine et j’ai étudié quatre ans en tant que séminariste ; ma culture et mes références sont catholiques.

Être vieux-catholique me donne, d’autre part, la possibilité de faire la promotion de l’intercommunion avec l’Église anglicane et le Conseil Œcuménique des Églises dont l’Union d’Utrecht est membre fondateur.

Le mouvement œcuménique m’est à cœur, à condition que l’on parle d’union et non pas d’unité.

Quelles ont été vos motivations en rejoignant l’Église vieille-catholique ?

J’ai recherché une Église alternative au catholicisme romain, trop pyramidal à mon goût. La politique de Benoît XVI n’a fait que confirmer mes sentiments. On pourrait me qualifier de catholique critique.

Je recherchais surtout une communauté chrétienne qui évolue avec son siècle, convaincu que c’est le Christ qui invite et non une confession particulière ; une Église qui ne pratique pas de prosélytisme agressif.

J’ai trouvé dans l’Église vieille-catholique une liberté de conscience forte et l’absence de condamnations morales des personnes. L’avortement, l’homosexualité, le concubinage ou la contraception ne font pas l’objet de discussions polémiques. Le fil conducteur en matière d’éthique reste toujours la conscience personnelle. Ainsi, par exemple, les couples homosexuels peuvent recevoir une bénédiction, les personnes divorcées ou remariées n’en sont pas exclues.

C’est une Église fraternelle ouverte sur le monde, qui ne sacralise pas la tradition catholique, au contraire elle la fait évoluer. À telle enseigne que les prêtres peuvent se marier et les femmes ont accès au sacerdoce.

J’ai été attiré aussi par la liberté d’organisation locale, par exemple les paroisses choisissent leur prêtre. En tant que laïc, je souhaitais avoir une place, être entendu et participer pleinement aux choix et à la vie de l’Église.

Vous avez alors trouvé une communauté très réduite.

Bien sûr, en France, se réclamer du vieux-catholicisme n’est pas évident. Nous ne sommes pas nombreux – environ 100 à 150 personnes –, les missions sont éclatées à travers la France, notre Évêque vit en Suisse, mais il y a l’espérance.

J’ai quelques projets, comme la création d’une fraternité virtuelle via Internet. Je compte organiser des rencontres dans le Berry où je vis et me rapprocher de groupes œcuméniques.

Je suis en contact étroit avec la paroisse vieille-catholique de Paris et ne manquerai pas les visites de mon évêque.

(Propos recueillis par Olivier Guivarch)

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À propos Alexandre Nevejans

Alexandre.Nevejans@evangile-et-liberte.net'

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