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Prédication et diaconie Église « risque tout » et Église « refuge »

La prédication et la diaconie sont deux faces indissociables, et toutes deux essentielles, de l’Église.

Oui, il y a deux Églises, et elles doivent être associées : L’Église « risque tout », bien sûr, c’est celle des disciples de Jésus, ceux qui ont accepté avec enthousiasme d’entreprendre avec lui le sauvetage d’un monde en perdition, en se battant sur tous les fronts, contre tout ce qui détériore, fait souffrir et mourir, en inventant un tout autre monde, celui de l’amour paradoxal qui renonce aux rancunes et aux vengeances, aux injures et aux mépris, qui va jusqu’à aimer ses ennemis et rendre service à ceux qui vous font du mal… C’est une Église extraordinaire. Elle souffre, mais elle est heureuse car elle réalise le grand projet de Jésus. D’ailleurs ce n’est même pas une Église, plutôt un mouvement, une confrérie, discrète, sans armes ni moyens financiers. Jésus la compare à une graine de moutarde, une semence microscopique à la production prodigieuse…

  Et puis l’Église « refuge » : une communauté où l’on est entendu, compris, secouru, consolé, encouragé… une communauté où l’on n’a plus peur, où l’on ne vous propose que ce qui est à la mesure de vos forces, où l’on vous ménage sans vous faire oublier ce qu’est le véritable Évangile du risque, où vous pourrez sans doute vous engager un jour, quand vous aurez repris des forces.

 

  Car ces deux Églises sont solidaires, s’aiment et s’estiment réciproquement et l’on peut passer de l’une à l’autre. Car il arrive que les vaillants du risque soient brisés par des épreuves et aient besoin pour un temps d’un refuge. Et des « réfugiés » se lancent à nouveau dans la bataille quand la guérison est là et la cicatrisation des blessures. L’une est de type sacerdotal, rituelle, sans surprise… l’autre est de type prophétique, audacieuse, imprudente…

  Mais il ne faut pas les opposer l’une à l’autre. Toutes les deux sont nécessaires. Vous savez bien : le samaritain qui, à ses risques et périls, dans une région infestée de brigands, de terroristes, impitoyables, accepte de s’arrêter pour secourir un blessé inconnu à demi-mort, appartenant à un peuple qui méprise et hait le sien ; et qui néanmoins donne tout, de son temps, de ses capacités, de son argent… c’est l’Église du risque, fidèle à la proposition de Jésus, à l’oeuvre dans son entreprise grandiose… (Luc 10)

  Mais il n’est pas seul : il y a quelque part une auberge et un aubergiste de bonne volonté (le mot hôtelle-rie, l’oustal, c’est ce qui a donné le mot hôpital, le lieu où l’on va être pris en charge, soigné, assisté…) ; cet hôtelier, c’est l’Église refuge, celle qui accueille avec dévouement les blessés de la vie, les matraqués par les épreuves et les deuils, les maladies aussi. C’est un des visages indispensable de nos communautés.

  C’est certain, il faut les deux (comme à Colombey) et qu’elles soient en dialogue et vivent la solidarité. L’Église « risque tout » pour Jésus est là aussi pour empêcher que « l’Église refuge » devienne un mouroir où l’on s’éteint d’insignifiance et d’ennui. Et « l’Église refuge » est là pour accueillir, pour rappeler que les plus vaillants aussi sont menacés.

  Inversement, aux tout premiers temps du christianisme, on a établi sept « diacres » pour être responsables des « restos du coeur » de l’Église primitive, dont Étienne et Philippe. Et à peine installés dans « la diaconie », ils se sont lancés dans la prédication aventureuse, et même arrogante et polémique (car leur message était davantage leur invention que celui de Jésus) et Étienne l’a payé de sa vie. Mais le principe est là : pas de diaconie sans prédication prophétique, pas de prédication prophétique sans diaconie…

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À propos Roger Parmentier

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