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Le dernier repas

Poursuivant la série commencée en avril (No 208) avec La Cène de B. Buffet, Martine Grenier, historienne d’art contemporain, nous présente une autre œuvre sur le même sujet.

Avec ce dessin mural, l’artiste conceptuel anglais, Simon Patterson, perturbe tous les codes du thème, mais qu’en est-il de son propos ? S’agit-il uniquement d’un résidu de culture chrétienne qui teinterait encore l’art, ou d’une représentation contemporaine du tragique de la condition humaine ?

Bien en phase avec la culture populaire, ses mythes sportifs et ses dieux du stade, la métaphore fait de Jésus, le goal, le dernier recours, des apôtres, les joueurs, les porteurs de la balle, la Parole, et des participants au repas fraternel, une équipe de foot soudée. Lors des grandes rencontres, au-delà d’elle-même, l’équipe devient la chair et le sang, le corps même de la nation qu’elle représente, sentiment à l’origine de la violence qui transforme souvent cette grand-messe du sport en véritables jeux du cirque. De la même façon, lors de la Cène, les chrétiens unis en Christ par l’Esprit sont membres d’un seul corps.

Comme pour l’amateur, la tactique choisie est primordiale, S. Patterson a donné plusieurs versions de ce mural. Pour chacune, les noms des joueurs sont organisés selon une stratégie précise du jeu, Jésus-Christ étant toujours le gardien de but. Avec la Sweeper Formation, l’accent porte sur l’offensive. L’arrière-offensif, ou libéro, peut relancer le jeu et participer aux attaques ; ici, c’est Pierre, celui qui, à la fois, maintient la tradition et devient missionnaire en terre païenne.

Sport d’équipe, le football impose à ses joueurs des règles fortes et une éthique. Le temps du match, le combat est acharné et dur mais il obéit à des règles strictes. En revanche, à la fin du match, une paix nouvelle s’instaure. Elle est jalonnée de rites de reconnaissance mutuelle. Ainsi, les uns et les autres se saluent, se congratulent et échangent leurs maillots.

Au final n’est-ce pas une véritable parabole que S. Patterson nous livre ? La tactique renvoie à l’expérience acquise aux cours des années par l’équipe, elle fait mémoire, elle est un choix de jeu pour le présent qui augure d’un avenir en suspens auquel on croit.

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À propos Martine Grenier

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