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La ville : un projet pour les pauvres ?

La ville accueille une proportion toujours croissante de la population mondiale. Elle est pourtant un lieu où la vie est très difficile pour les pauvres. Hervé l’Huillier, président de l’association « Évangile et société », propose une réflexion sur l’action possible des chrétiens.

 De tous temps, la ville a symbolisé la civilisation. Aussi attire-t- elle à elle tous ceux qui cherchent une vie meilleure, et naturellement des pauvres en nombre. Mais aujourd’hui les villes ne semblent plus en mesure d’accueillir, au vrai sens du terme, ces derniers.

Pourtant les prévisions démographiques et climatiques ne laissent aucune incertitude : les villes vont devoir accueillir des populations massives de pauvres dans les décennies futures. Cette perspective ne doit pas nous tétaniser, mais au contraire nous amener à être intelligents et volontaires.

Car la pauvreté pose toutes les questions de l’homme, dans ses dimensions individuelle et sociale : le partage des ressources matérielles ; l’efficacité des politiques publiques ; la vitalité des liens sociaux ; la solidarité des diverses communautés, à commencer par la famille ; l’accès à l’expertise scientifique ; la hiérarchie des priorités individuelles et collectives ; le rôle des médias ; le combat politique face à la discrète action de terrain.

Pour les chrétiens, la relation au pauvre tend plus haut, au « mystère de configuration » (Voir à ce sujet les pages éclairantes de J. Turck, Eucharistie et service de l’homme, Paris, Bayard, 2008, pp. 79-92), qui est lesens et la raison d’être de l’eucharistie (Voir O. Pety et B. Lorenzato, Le Pauvre, huitième sacrement, Paris, Médiaspaul, 2008). De ce fait, elle est au coeur même de leur vie personnelle et collective un signe de reconnaissance de la communauté chrétienne.

Des initiatives en tous sens ont été conduites, durables ou sporadiques : la question reste lancinante et incite à la modestie. Risquons quand même trois points de départ :

D’abord toutes les pauvretés ne sont pas identiques, y compris les pauvretés d’ordre matériel. On sait qu’il y a des paliers, certaines pauvretés relevant de traitements spécialisés, d’autres étant le résultat d’un décrochage progressif, dans un processus dans lequel l’adversité frappe coup après coup la santé, l’emploi, le lien familial, les liens amicaux, l’estime de soi… Il est nécessaire de comprendre où l’on peut agir et avec qui. Il n’y a pas de solution non discriminée.

Ensuite, la collectivité n’est pas la solution à tout. Dans la référence sociale chrétienne, solidarité et subsidiarité vont ensemble. Que chacun joue seul et avec d’autres sa partie qui est primo d’éviter que dans son entourage un proche s’engage dans la pente de la grande pauvreté, secundo contribuer à créer ou faire vivre les réseaux micro-sociaux (il y en a des milliers dans notre pays), tertio défendre dans le combat politique la priorité de l’accueil des pauvres. L’État et les autorités locales ont le devoir d’une part de mettre en place les structures d’accueil de ces migrants pauvres que l’histoire pousse vers les villes, d’autre part de soutenir l’effort des structures subsidiaires qui assurent le service des pauvres.

Enfin on voudrait proposer ici – naïvement ? – que l’on arrête de stigmatiser les riches. Il y a eu des époques en France, il y a des exemples actuels ailleurs (dans le monde anglo-saxon notamment) montrant des riches préoccupés du sort des pauvres. Comment remettre le plus grand nombre de riches « debout » et les amener à « poser leur regard sur » les pauvres ? Nous sommes tous le riche de quelqu’un : qu’acceptons-nous de donner pour qu’il vive ?

Notre relation à la pauvreté et aux pauvres interroge la capacité humaine de chacun de nous ; nous n’aimons pas beaucoup ce rappel à l’ordre de notre conscience : que faire pour que cette interpellation ne soit pas accusatrice mais stimulante ? Et en particulier que faire pour que collectivement nous repensions la ville afin qu’elle demeure ou redevienne ce qu’elle a toujours été, dans l’histoire comme dans la perspective biblique, un lieu d’espoir pour les pauvres ?

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