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La théologie, entre saumon et cabillaud

  Lorsque j’étais enfant (oui, c’était au « temps jadis »…), on nous donnait régulièrement (notamment le vendredi) du poisson à la cantine. Souvent, c’était du cabillaud, poisson bon marché et facile à cuisiner. Rarement, très rarement, nous prenions, en famille, du saumon : à Noël, ou lors d’occasions exceptionnelles. C’était un poisson de luxe, un poisson de fête. Maintenant, lorsque je vais chez mon poissonnier, il m’arrive de lui demander du cabillaud… pour un repas de fête. En revanche, le saumon est devenu un plat « de base », accessible à mon portefeuille dégarni.

  Eh bien figurez-vous que cette histoire (qui n’a qu’un intérêt limité, j’en conviens !) est la première image qui m’est venue lorsque, lors d’un repas public (à la mairie), je me suis fait interpeller durement par un « collègue » sur mes positions en faveur du mariage pour tous. J’ai mis des guillemets à « collègue » car je suis souvent étonné de la non labellisation du mot de « pasteur ». Dans certaines Églises, leur niveau de formation théologique est… inexistant ! Passons… Voilà donc que ce « collègue » me sort, de manière agressive, une panoplie de versets bibliques pour justifier sa propre idéologie, sa propre conviction. Je lui réponds, gentiment, qu’il y a l’esprit et la lettre, que la Bible est un pluriel, qu’il faut l’interpréter… Bref, je lui parle d’herméneutique et même de Bultmann, théologien de la démythologisation… Il me répond, du haut de sa superbe : « Vous pensez que Bultmann est encore d’actualité ? C’est intéressant… » C’est fou la capacité, pardon la mauvaise foi, qui consiste à penser qu’un auteur qui vous dérange est vite « dépassé »… Certes, les temps changent, le cabillaud et le saumon s’inversent, mais leurs saveurs, spécifiques, sont toujours là, qu’on les aime ou pas… Et, comble de la mauvaise, foi, ce « collègue » se réfère à Calvin (XVIe siècle) et à Paul (Ier siècle) ! Ah bon, ils sont encore d’actualité ? Comme c’est intéressant…

  Je vous ressers un peu de poisson : du cabillaud ou du saumon ? Goûtez les deux, c’est délicieux !

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À propos Jean-Marie de Bourqueney

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est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

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