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La théologie du Process

La théologie du Process a une importance certaine dans les pays anglosaxons où elle s’est développée d’après la philosophie du mathématicien britannique Alfred North Whitehead (1861-1947). En France, André Gounelle, avec son livre Le dynamisme créateur de Dieu (Van Dieren éd.), et Raphaël Picon ont largement contribué à diffuser cette théologie.

  John B. Cobb (théologien américain né en 1925) est l’un des grands penseurs contemporains de la théologie du Process. Il répond ici à deux questions qui permettent de mieux comprendre cette théologie.

  Des chrétiens voient Dieu comme un juge et un législateur : il définit ce qui est bon et juste, notamment dans le domaine sexuel. D’autres le voient comme le Tout-Puissant, l’Omniscient : tout ce qui arrive trouve sa cause en lui. D’autres encore le considèrent comme une personne dotée de pouvoirs avec laquelle on peut marchander. D’autres l’associent intimement au christianisme, les chrétiens connaissent Dieu et Dieu les connaît ; les autres, ennemis de Dieu, sont appelés à la conversion. Certains font de Dieu un être masculin qui laisse peu de place à la femme et il y en a qui croient que Dieu intervient à tout instant dans les événements de leur vie et du monde et qu’il a fixé un plan définitif pour leur vie et pour la marche du monde.

  Les théologiens du Process croient que le Dieu révélé en la personne de Jésus et dans son enseignement doit être compris en termes d’amour plutôt qu’en termes de puissance qui contrôle. Dieu n’est pas sans pouvoir mais son pouvoir n’est pas coercitif. Dieu veut persuader. La puissance de Dieu s’exprime en donnant aux créatures force et liberté, les appelant à exprimer cette liberté dans l’amour. Ce qui se passe dans le monde n’est pas forcément ce que Dieu voudrait. Tout ce qui arrive est largement tributaire du passé et le rôle de Dieu est de nous rendre capables d’aller vers une issue qui ne soit pas déterminée par le passé. Dieu ne fixe pas la manière avec laquelle la liberté doit être exercée. Sinon, elle ne serait plus la liberté. En langage théologique, la grâce de Dieu nous rend libres et nous guide. Elle ne nous force ni ne nous limite. La grâce de Dieu nous sauve de la pure nécessité et de l’insignifiance en nous offrant toujours de nouvelles possibilités pour la vie. Elle nous rend capables d’espérer un futur positif même si aujourd’hui tout semble nous mener vers la destruction.

  La grâce de Dieu est totale empathie à notre égard, elle nous accepte même si nous ne répondons pas aux opportunités que Dieu nous offre. Dieu nous fait entrer dans sa propre vie divine, nous accordant ainsi rédemption et transformation. Dieu expérimente tout ce que nous expérimentons. Dieu souffre avec nous, se réjouit avec nous. Dieu est en nous et nous sommes en Dieu. La relation entre Dieu et les créatures est hautement interactive. Ce que Dieu offre à chaque instant dépend de la situation du moment. Ce qu’il offre le moment suivant dépend de notre réponse faite à son offr e précédente.

  Cette profonde relation n’existe pas uniquement entre Dieu et les créatures, mais aussi entre les créatures elles-mêmes. Nous ne vivons pas enfermés sur notre personnalité mais en êtres sociaux. Nous sommes appelés à guérir et à renforcer la communauté humaine, ce qui a de fortes implications dans l’économique et le social.

  Notre but et notre épanouissement sont d’aimer et de servir Dieu en aimant et en servant les créatures de Dieu. Nous ne devons pas obéir à des règles établies par Dieu mais répondre moment après moment à l’appel d’amour de Dieu. Voilà ce qui s’appelle être fidèle comme Jésus l’a été. Le message de Jésus nous permet de croire, d’avoir confiance et d’être assurés du pardon de Dieu. Nous pouvons espérer que le monde sera sauvé et que nous pouvons travailler avec Dieu dans ce but.

  Le terme Christ a eu deux compréhensions différentes, source de nombreuses confusions. La première vient de la traduction du mot hébreu « messiah », titre donné à quelqu’un qui a joué un rôle particulier dans l’histoire de l’humanité. Pour les Juifs d’aujourd’hui, ce serait d’amener shalom, la paix, un chrétien dirait le Royaume de Dieu.

  De ce point de vue, deux mille ans après Jésus, l’histoire a disqualifié toute proclamation qui affirmerait que Jésus était le Messie, la paix et la justice ne régnant toujours pas en ce monde. Les chrétiens disaient que Jésus n’a pas accompli les attentes essentielles contenues dans l’idée de Messie, mais ce qu’il a fait se situe à un niveau bien plus profond que le type de salut que le Messie était censé apporter. Ils se sont donc approprié le mot en en changeant le sens. Il fallut quand même démontrer que de nombreuses prophéties de l’Ancien Testament étaient accomplies par Jésus. Mais comme le christianisme était devenu majoritairement la religion des Gentils, le sens juif de Messie devint rapidement secondaire par rapport au terme Christ ; Christ est en effet la traduction grecque du terme hébreu, nullement utilisé aujourd’hui dans le sens du mot Messie, mais que les juifs contemporains de Jésus utilisaient.

  Comme de nombreuses prophéties n’ont pas été accomplies, les chrétiens des premiers temps se sont tournés vers quelque chose qui s’accomplirait dans le futur. D’ailleurs la prière : « que ton règne vienne, que ta volonté soit faite » montre bien que le règne de Dieu n’est pas encore là et que la volonté de Dieu n’est pas encore accomplie sur terre, mais elle anticipe, en espérance, cette venue du shalom, à l’exemple des Juifs.

  Jésus est tellement important pour nous, pour notre salut et pour toute la compréhension de la nature de la réalité, que nous tenons fermement au titre de « Christ ». La différence est que nous donnons à ce mot une réelle dimension cosmique, il n’est plus un simple mot désignant quelqu’un qui aurait une fonction particulière dans le monde. Le principe universel de la vie et de la lumière, de la création et de la rédemption, la présence de Dieu en toutes choses, voilà ce que nous appelons Christ. L’activité universelle de Dieu, rédemptrice et créatrice, est ce que les chrétiens discernent comme étant le Christ.

  Pourquoi associons-nous ce Christ si intimement à la figure historique de Jésus ? De nombreux chrétiens, y compris Luther, disent que nous pouvons être des « christs » pour notre prochain, ce qui veut dire que la notion de Christ n’est pas liée à la seule personne de Jésus. Mais l’idée de « christ » a tout son sens en Jésus, car à travers lui, nous avons compris que l’univers vit en Dieu, puissance créative et rédemptrice agissant partout et en tout temps. C’est en Jésus que Christ se fait connaître, qu’il est présent et qu’il est réel. C’est pourquoi nous pouvons affirmer que Jésus est le Christtraduction de Roger Foehrlé)

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À propos John B. Cobb

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