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La foi et les dogmes

La foi consiste-t-elle à répéter bêtement des dogmes ? Ce que, dans nos Églises, nous appelons le salut par la foi, se limite-t-il à croire aux choses qu’on espère et qui ne se voient pas (He 11,1) ? Je veux bien accepter que croire signifie aussi « avoir confiance », mais dois-je pour autant sauter du haut du plongeoir, en me disant que l’eau que je ne vois pas au fond de la piscine existe vraiment ? Et l’intelligence se résume-t-elle à m’expliquer l’existence réelle de l’eau [c’est-à-dire du dogme] (que je me dois d’accepter comme vraiment présente au fond de la piscine parce que je la conçois dans ma tête) ? Dans un cas comme dans l’autre, c’est du pareil au même car je me romps le cou.

  Certes, on ne meurt pas à réciter le Symbole des Apôtres. Mais je dois quand même avouer ma consternation devant le fait que la vie de Jésus soit passée sous un tel silence. Il est né de la Vierge Marie, il est mort sous Ponce Pilate. A-t- il seulement existé ? Cette question s’adresse aux auteurs de ce credo, car ce texte nie tout ce qui fait de Jésus un être vivant. Aucune emphase n’est mise sur les paroles qu’il a prononcées ou sur les actes qu’il a posés, comme si rien de tout cela n’avait d’importance en comparaison à sa mort et à sa résurrection. Quant à la « résurrection de la chair », à moins d’avoir recours au terme grec (sarké) et d’expliquer qu’il désigne « tout l’être » de la personne, la croyance en la régénérescence des tissus organiques apparaît comme un non-sens à la plupart de nos contemporains.

 De la même façon, le « consubstantiel » (homoousios) dans le credo de Nicée (concept tiré de Plotin* dans les Ennéades IV, 7 [2], 10) ne peut fasciner que les spécialistes de l’Antiquité tardive, mais qui songerait à en faire un sujet de débat théologique aujourd’hui ? L’idée de la double nature de Jésus n’intéresse que de rares curieux. L’homme moderne veut savoir comment bien vivre sa vie et il demande aux théologiens de lui expliquer, avec des termes qu’il peut comprendre et qui ne soient pas totalement opposés aux connaissances de son époque, ce que signifie « croire Dieu », « croire à Dieu » et « croire en Dieu ». Autrement dit, la foi devient plus claire à la lumière d’une théologie libérale… 

* Plotin : philosophe néoplatonicien du IIIe siècle.

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