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La Bible dans le métro

  Il m’est arrivé une étrange expérience… l’autre jour, je revenais, dans le métro, d’une réunion avec, sous le bras, un dossier et (pasteur oblige !) une Bible. Je me rends compte que l’inscription « La Bible » est visible de tous les voyageurs. Certains d’ailleurs, curieux, semblent regarder. Je ne sais si c’est avec intérêt ou réprobation, tant il est parfois difficile de voir une expression sur le visage d’un parisien dans le métro… Mon premier réflexe est alors de retourner la Bible pour éviter que l’on voie ce que c’est. Et pourquoi donc ? Un vertige de la pensée me saisit : aurais-je soudain honte de la Bible ? Honte de mon engagement de pasteur ? Ou bien est-ce par respect quasi-intégriste de la laïcité et de la neutralité de l’espace public ? Vous imaginez le vertige… un concentré de bilan de vie en une fraction de seconde. Et tout cela dans le métro, au milieu de voyageurs indifférents qui ne s’imaginent pas que mes neurones s’agitent. Heureusement j’arrive à ma station (« Rome » ça ne s’invente pas, pour un pasteur…).

  Me voilà à la maison, prêt à reprendre ma réflexion sur la Bible, qui a retrouvé sa bonne place sur mon bureau. Alors, de quoi ai-je eu honte pour masquer cette malheureuse Bible ? La réponse ne tarde pas à venir : non, je n’ai pas honte de la Bible, mais je dois confesser ma honte de ce qu’on a fait de la Bible.

  J’ai honte d’un christianisme qui édicte des règles et des dogmes sans écouter le coeur de l’humain ;

  J’ai honte du discours religieux « gnangnan » de certains catéchismes ou de certaines déclarations d’Église ;

  J’ai honte de l’encyclopédie des erreurs du christianisme, des croisades d’hier et d’aujourd’hui ;

  J’ai honte de la pompe vaticanesque et du fondamentalisme protestant ;

  J’ai honte de l’islamophobie parfois relayée par des chrétiens en mal d’identité ;

  J’ai honte de l’image du christianisme qui nous fait oublier l’Évangile !

  Bref, je n’ai pas honte, ni de ma foi, ni de ma réflexion théologique, ni de mon engagement, mais j’ai honte de l’Évangile défiguré. La prochaine fois, j’emporterai dans le métro, avec ma Bible bien en vue, un journal au titre qui résonne comme un programme et une espérance : « Évangile & liberté » !

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À propos Jean-Marie de Bourqueney

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est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il participe à la rédaction et à la direction du journal. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

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