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Les Nouveaux Sauvages sur nos écrans

 

« Empressons-nous de rire de tout de peur d’être obligés d’en pleurer »

« Empressons-nous de rire de tout de
peur d’être obligés d’en pleurer »

Dans notre monde marqué par une uniformisation grandissante, dans nos cinémas envahis par Hollywood, dans notre vocabulaire de plus en plus elliptique à force de se vouloir politiquement correct, une comédie noire et grinçante produite par Almodóvar est sortie sur nos écrans le 14 janvier : Les Nouveaux Sauvages, de l’Argentin Damian Szifron. Présenté au Festival de Cannes en 2014, le film a reçu un accueil mitigé de la critique mais, depuis sa sortie en salles, séduit les spectateurs.

Ce long-métrage à sketches vient nous déranger dans nos habitudes en partant de situations tout à fait ordinaires : un voyage en avion, un repas dans un fastfood, un souci avec la fourrière, un accident de la route, une altercation entre deux conducteurs, une soirée de mariage. Dans un décor qui est à peine différent du nôtre, nous suivons ces héros qui nous ressemblent, confrontés à des problèmes qui peuvent être les nôtres : inégalités, injustices, tromperies, mensonges… Hommes et femmes a priori sans histoire, brusquement victimes d’un stress qu’ils ne peuvent plus maîtriser, ils vont tous violemment passer à l’acte. Tous les freins de la civilisation craquent, plus rien ne les retient. À partir de situations tristement banales, le cinéaste, par un jeu d’exagérations et de rebondissements, aboutit à des scènes délirantes et tragiques, qui deviennent vite invraisemblables. Cette surenchère quelque peu cynique déclenche notre hilarité, noire et grinçante. L’outrance nous fait rire. Le ton est léger, pétillant, et les acteurs nous invitent à nous amuser avec eux dans ce scénario hors normes. On les suit bien volontiers pour une très bonne soirée.

Les rires passés, reste le questionnement sur nos rapports humains avec cet autre qui est notre prochain et qu’il est si difficile de supporter quand on nous demande pourtant de l’aimer. Tout comme les comédies de Molière seraient presque toutes des tragédies si on supprimait le tour de passe-passe du dernier acte, cette comédie noire serait plutôt une tragédie drôle. Nous rions de nos infamies, de nos tromperies, de nos petits arrangements, de nos écarts. Avec une certaine bienveillance qui vient atténuer la noirceur de son propos, le cinéaste nous rappelle que toute situation peut rapidement et violemment déraper sans le respect que nous devons à nous-mêmes comme à tous ceux qui, à un moment donné, quelle qu’en soit la raison, vont croiser notre route, « pour le meilleur ou pour le pire ». Alors, avec Beaumarchais, « empressons-nous de rire de tout de peur d’être obligés d’en pleurer » mais aidons-nous de ce rire qui dédramatise pour réfléchir à la société dans laquelle nous souhaitons vivre unis et en paix, frères mais différents.

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À propos Corinne Castel

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