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Vivre au présent

Christian Mazel, qui a été pendant seize ans directeur de la rédaction de notre journal, nous propose une méditation sur le temps et l’importance du présent.

Dans le présent de notre monde occidental, la tendance s’affirme pour l’individualisme de l’expression de la foi. Dans le passé on citait comme référence outrancière la célèbre formule de Veillot, écrivain catholique très traditionnel, (avant la guerre de 14-18) « Ce que je crois, allez le demander à Rome » ; l’Église croyait dans ses formules dogmatiques. Le croyant s’y rattachait en toute confiance.

Aujourd’hui chacun se fait sa propre dogmatique, une foi à la carte et sur mesure. Beaucoup de croyants ne sont plus soutenus par une tradition religieuse chargée des formulations du passé. En Occident chrétien, les Églises se vident. La « religion » est en baisse. Mais la spiritualité personnelle cherche à se définir. Jamais il n’y a eu autant de chercheurs sur Internet, dans les publications et les livres, dans les communautés nouvelles et par les quêtes de bouche à oreille. En France certains catholiques croyants et pratiquants gardent un esprit critique à l’égard des croyances de leur Église : cf. revues Golias et Parvis et, en Belgique, Libre pensée chrétienne.

La mer de la religion se retire de nos rivages comme une marée descendante. Les rochers de la spiritualité émergent de façon de plus en plus spectaculaire. Dans le présent, le caractère personnel de la foi y gagne. Actuellement ce mouvement est un puissant stimulant pour la recherche.

Et si la fin des dogmatismes puérils et des oukases ecclésiastiques ouvrait la voie d’une redécouverte de l’Évangile de Jésus de Nazareth ! Et si le dépérissement des organisations autoritaires de l’Église était l’ouverture pour un nouveau recommencement de la diffusion de l’Évangile dans la dictature des « Constantin » qui se sont succédé.

Vivre au présent. Nous vivons parfois au futur. Chacun de nous imagine son avenir personnel, familial, professionnel. Cette espérance fait vivre et détermine des actions, des élans, des travaux. Mais cette perspective néglige parfois le présent avec ses impératifs et ses urgences.

À d’autres moments nous vivons dans le passé. Souvenirs d’enfance, événements marquants, émotions inoubliables reviennent alors comme un leitmotiv ou une obsession. On connaît les problèmes de ceux qui ne veulent pas grandir ou évoluer. On reste souvent prisonnier des circonstances, des analyses et des situations du passé. On oublie que la vie est une marche continue. Il est vrai qu’on ne peut concilier « être » et « avoir été ».

L’extraordinaire de notre vie humaine est que chacun transforme l’avenir en présent pour en faire un passé.

L’homme que nous sommes est non seulement conscience de cette métamorphose, mais encore fabricant, artisan et auteur responsable.

Le présent est une frange en mouvement située entre l’avenir et le passé. Cet espace est une réalité en perpétuel changement. C’est là pourtant que nous nous situons et que Dieu se situe. Nous rencontrons les autres et nous rencontrons Dieu dans ce questionnement et cette avancée du présent.

L’éternel s’élabore dans l’éphémère. L’infini se vit dans l’instant. Une chose n’a pas besoin de s’éterniser pour participer de l’éternel. Il suffit qu’elle s’accomplisse dans le temps qui lui est approprié.

Il nous faut vivre chaque étape de la vie humaine pleinement, sans regretter nostalgiquement le passé, ni s’impatienter d’être déjà dans l’avenir. « Les saisons de la vie » sont à cueillir comme l’invitait la sagesse antique et le vieil Horace « carpe diem » (= saisir le jour). Chaque « saison » de l’existence a son charme et sa grâce. Nous vivons l’heure simplement comme on mâche lentement un morceau de pain pour le savourer.

Vivre dans le présent c’est accepter d’agir sans différer constamment. Nous aimerions parfois prendre le temps de la réflexion, peser le pour et le contre, nous informer des conditions et des conséquences de l’action. Mais les situations évoluent vite. Vivre et agir dans le présent, c’est affronter des risques. On ne vit pas sans risques, sans s’imposer au présent, sans entrer en scène quand il est temps. Est-on jamais prêt ?

Résister se conjugue au présent.

Prier est un dépouillement complet, une totale sincérité qui nous situe dans l’actuel, tels que nous sommes et sans recherche de justification.

Le présent est la seule possibilité où nous pouvons agir. Mettons-le à profit.

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