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Tolérance et limites : un paradoxe ?

  La tolérance est « le respect, l’acceptation et l’appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre monde, de nos modes d’expression et de nos manières d’exprimer notre qualité d’êtres humains. […] La pratique de la tolérance signifie que chacun a le libre choix de ses convictions et accepte que l’autre jouisse de la même liberté » (Déclaration de l’Unesco de 1995).

  Si la tolérance a tant d’importance pour nous, c’est sans doute en raison de l’intolérance que nous constatons chaque jour tout autour de nous.

  La notion de tolérance s’articule étroitement avec celle de liberté et la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres ; la tolérance comporte forcément des limites. On est ainsi confronté à un paradoxe : la tolérance ne peut tolérer l’intolérable.

  Dans une société, le relativisme empêche de voir l’intérêt général. Au nom du principe que tout se vaut, l’intérêt commun se perd dans la jungle des intérêts dominants. La réelle tolérance n’exige-t-elle pas le droit de critiquer les idées et d’accepter la critique des autres, le devoir de ne pas croire n’importe quoi et le droit de le dire haut et fort ?

  Qu’en est-il pour la tolérance religieuse et plus spécifiquement chrétienne ? La Bible témoigne-t-elle de tolérance ou d’intolérance ? On peut trouver les deux ! Par exemple Abram se fait bénir par Melkisédeq, un sacrificateur païen qu’il reconnaît comme un authentique représentant de Dieu (Gn 14,19) ; Jésus accueille des non-juifs, comme une femme syro-phénicienne (Mc 7,26), un centurion romain (il déclare à son propos : « Même en Israël je n’ai pas trouvé une telle foi. ») (Lc 7,2-10), la Samaritaine (Jn 4). Mais d’autres passages bibliques, témoignent d’une profonde hostilité envers les autres religions. Élie va jusqu’à faire massacrer les prêtres de Baal (1 R 18,40). Dans les évangiles certaines paroles affirment nettement l’exclusivité de Jésus : « Nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11,27) ; « Je suis le chemin et la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14,6).

  Que comprendre de ces divergences ? André Gounelle l’explique clairement dans son cours sur La théologie des religions (http://andregounelle.fr/theologie- des-religions/index.php) et conclut « Avant de transposer dans notre situation des versets bibliques, il faut soigneusement les situer et se livrer à un travail d’interprétation pour dégager aussi précisément que possible leur visée. » Cette visée peut être celle de la tolérance.

  Aujourd’hui le dialogue interreligieux aide à lutter contre l’intolérance mais il faut savoir dire et accepter de part et d’autre les réserves et désaccords.

  Vincent Schmid, pasteur à la cathédrale Saint-Pierre de Genève, revisite l’histoire du concept de tolérance et met en lumière l’apport des protestants.

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À propos Marie-Noële Duchêne

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est enseignant-chercheur retraitée en Physique (université Paris-Sud Orsay). Depuis 2004, elle s’occupe du secrétariat de rédaction d’Évangile et liberté.

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