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Les tables du Centre d’action sociale protestant (CASP)

Manger est essentiel à la survie, bien sûr. Mais c’est aussi l’occasion de tisser ou de resserrer les liens sociaux. Lorsque certains n’ont plus accès à la nourriture, les recevoir autour de véritables tables accueillantes est aussi important que de leur offrir à manger.

Manger ! C’est le premier besoin de toute espèce vivante : la nourriture apporte les éléments pour survivre, grandir, se développer, se reproduire. Pas de nourriture – pas de vie. Pour beaucoup d’entre nous, manger ne pose pas de problème, même si on subit des régimes alimentaires, même si on trouve que l’inflation trop forte gêne notre approvisionnement. Hélas, de par le monde, ils se comptent par centaines de millions ceux qui sont sousnourris, mal nourris ou mourant de faim. Les carences alimentaires sont un fléau de ce monde. Tout près de nous, dans nos rues, ou dans des solitudes cachées, beaucoup ne mangent pas comme il faut, et à certains qui tendent la main à la sortie d’une boulangerie, nous avons tous offert, un jour, un sandwich ou une pièce de monnaie… C’est bien, mais hélas c’est insuffisant car manger n’est pas que se nourrir.

  C’est aussi un acte social, humain, signifiant. On peut manger de bien des manières : assis sur une natte et se servant avec les mains… couché comme dans l’Antiquité, seul ou en compagnie d’amis, invité ou recevant. On peut manger assis autour d’une table, signe et lieu de communion, de vie de famille et de fraternité. Il est important d’assoir l’enfant à la table des « grands ».

  Jésus lui-même est souvent à table, et autour de cette table se passent des épisodes importants, comme celui de cette femme syro-phénicienne qui espère quelques miettes, ou encore la Sainte Cène bien sûr. Repas symbolique et repas de fraternité signifient le Royaume et la présence du Christ au monde.

  À ce titre, ce que fait Jésus lors de la multiplication des pains est intéressant : des évangélistes relèvent que Jésus fait installer les gens (Mt 14,13), les fait ranger par groupes (Lc 9,10) ou les fait asseoir (Jn 6). Jésus ne nourrit pas, du reste il a peu de choses à distribuer. Mais Jésus prend du temps, calme la foule sans doute inquiète dans la soirée qui s’avance, il installe, fait asseoir… Cette mise en place des convives est importante, ce n’est pas un détail, car elle prend en considération les êtres humains qui constituent cette foule. Ici, on ne mange pas à la sauvette, ni seul, on ne fait pas la queue pour être servi, il y a un ordonnancement, du temps, du lieu. Chacun compte, manger ici est un repas où tout le monde a sa place. Les disciples de Jésus font le service et vont vers les gens. Repas plein de sens qui commence par la prière de Jésus.

  Cet aspect essentiel est une des caractéristiques de l’état d’esprit des tables du CASP. On ne distribue pas seulement la nourriture, on prend le temps d’accueillir. Chacun est invité nommément, chacun a sa place à une table, une vraie table avec une nappe et des fleurs et des couverts. Nous ne sommes pas là dans le superflu mais dans l’affirmation que celui (ou celle) qui est invité(e) est un être humain. Ce type d’accueil met l’accent sur la dignité de l’invité. Le menu qui suit est évidemment important, mais, là aussi, la qualité de la présentation compte énormément. Question d’ambiance.

  Dans une même optique, les paroisses organisent souvent des animations, des chants, des jeux, des contes etc. Les tables du CASP (et les associations du même genre) s’inscrivent bien dans cette idée qu’un être humain reste toujours un être humain. Elles restent dans le prolongement de la prédication de Jésus et agissent en conséquence, comme l’illustre la prière (ou le chant) au début du repas.

  Ainsi, à tour de rôle, une vingtaine de paroisses de la région parisienne servent au total près de 9000 repas par an. Ce sont environ 250 à 350 personnes qui bénéficient ainsi chaque semaine des tables du CASP. À Belleville 3000 petits déjeuners sont servis par l’Église Réformée de ce quartier de Paris, toujours défavorisé. Le maillage assez dense des paroissiens de Paris et l’organisation rigoureuse fournie par l’équipe du CASP permettent un tel service. Il est vrai que les tables du CASP sont très loin de pouvoir répondre à tous les besoins, surtout pendant les vacances scolaires, mais l’équipe réfléchit aux moyens d’étendre le service des tables aux vacances.

  L’affirmation de Jésus à Judas dans l’évangile de Jean : « Des pauvres vous en aurez toujours avec vous » (Jn 12,8) se vérifie, hélas, 2000 ans après !…

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À propos Vincens Hubac

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est pasteur de l’Église protestante unie de France au Foyer de l’âme, à Paris. Il est engagé dans la diaconie et intéressé par le transhumanisme.

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