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La chaise vide

La chaise est vide. Il n’y a plus de visage derrière la vitre. Elle s’est éteinte au petit matin sans un mot, emportée dans son sommeil. Elle passait ses journées en silence, regardant le spectacle de la rue, souriant ou saluant un voisin de passage. Elle parlait peu et bougeait encore moins, ne voulant gêner personne. Elle n’est plus là et un grand vide envahit la pièce. Un visage a disparu… C’était un beau visage tout ridé par les années, un vrai parchemin où chaque pli, recoin, « patte d’oie » étaient témoins d’événements, d’histoires, de peines et de chagrins mais aussi de joies. Les joues creusées et les yeux enfoncés, mais brillant d’un noir éclatant, contribuaient à dire une vie… Quelle noblesse, quelle histoire et quelle dignité reflètent souvent ces visages burinés et usés ! Mystères aussi et secrets d’une vie, cachés, enfouis dans les replis d’une mémoire fuyante…

Quelques réflexions sur ces lignes : un être humain est toujours un être humain et son absence nous dit sa présence. On aime toujours quelqu’un, qu’il soit jeune ou âgé, l’état de la personne n’y change rien. Parce que nous sommes, nous sommes aimés. La vieille dame assise sur sa chaise était un être humain présent et digne d’être aimé.

C’est quand l’être aimé manque qu’on s’aperçoit le plus de sa valeur, de ses qualités. N’oublions pas la richesse humaine que recèlent les personnes âgées : leurs souvenirs, leur expérience de la vie, leur volonté d’être en relation avec les autres sont précieux. Avant que la chaise de la fenêtre soit vide, il y a quelqu’un qui a du temps pour raconter, écouter, prier. Combien de grands-parents ont recueilli les secrets de leurs petits enfants, les ont portés et accompagnés ?

Et puis, il y a ces visages marqués par la vie. Ils sont beaux, non pas parce qu’ils correspondent aux canons de la beauté que la mode nous impose, mais parce qu’ils sont porteurs de la vie, du sens, ces visages communiquent quelque chose. Quelle tristesse cette mode qui consiste à effacer toute ride pour avoir l’air jeune ! On gomme les signes de la vie comme si on avait peur d’assumer cette vie, d’assumer son être. Il y a une négation de soi dans ces manières de faire étranges, une peur de la vie et de la mort sans doute. Il ne sert à rien de fuir le temps, il nous rattrape toujours !

Oui ! La chaise est vide et je revois cette dame âgée avec ses grands yeux noirs et son sourire quand elle adressait un signe de la main. Je ne sais pas son nom et sans doute elle ne saura jamais le plaisir que m’a procuré sa présence derrière la vitre… Parce que je passais par là, parce qu’elle était là.

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À propos Vincens Hubac

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est pasteur de l’Église protestante unie de France au Foyer de l’âme, à Paris. Il est engagé dans la diaconie et intéressé par le transhumanisme.

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