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Clown d’hôpital, c’est quoi au juste ?

La fondation Théodora, qui fête cette année ses 20 ans, a pour but d’offrir « des clowns pour nos enfants hospitalisés ». Des artistes professionnels rendent visite régulièrement à des enfants à l’hôpital ou en institution. L’enfant et l’artiste créent ensemble un moment unique, une bulle d’évasion remplie de légèreté. Depuis 18 ans Nathalie Dubath est clown à la Fondation Théodora, à l’hôpital et en institution.

Quand j’étais très petite, minuscule il me semble, mais parlant déjà, je me suis retrouvée avec ma maman dans une maison où un de ses oncles venait de mourir.

Sans doute, pour comprendre l’ambiance qui régnait dans ces murs, je dis : « Mais, pourquoi on ne fait pas la fête quand on est mort ? »

Ma mère n’a pas apprécié ma sortie. La joie… Peut-on être joyeux partout à tout moment, la joie est-elle indécente parfois ?

 

Je pense que contrairement à ce que je ressentais enfant, tant que l’on n’est pas mort, on peut ressentir la joie, la transmettre ou la partager.

 

L’enfant que j’étais existe encore et, quand je vais à l’hôpital voir des enfants malades avec mon nez rouge, c’est la joie que je dois chercher, pour la faire vivre à l’hôpital.

Les enfants vont plonger avec plaisir dans ce bain proposé. Le visage tendu et soucieux des adultes (ce qui est parfaitement normal) ne leur suffit pas. Ils sont des enfants, vivants, certes pas en forme, mais vivants. Et, lorsqu’ils sentent qu’un adulte est prêt à jouer, à sourire, à rigoler, ils se laissent aller, ils se dressent dans leur lit devenu un formidable terrain de jeux où tout est possible.

C’est ce que je tente de faire chaque semaine, transformer une évidence à priori triste – l’enfant hospitalisé car malade – en autre chose. Avec l’enfant, vivre un instant joyeux, ludique, fantaisiste, imaginatif où l’on va rigoler, l’espace d’un moment. Et, si l’on peut rire une fois, on peut rire plusieurs fois. Le chemin est fait. On y a droit et l’enfant le comprend très vite : il va se dresser dans son lit, voire se lever, courir ou danser.

Oui, par exemple nous formons un duo de danseuses formidables avec une petite fille souffrant de graves problèmes digestifs. Quand elle vient vers moi, on virevolte dans les corridors, elle me regarde et me dit : « C’est qui de nous deux qui danse le mieux ? »

Ah, ça ma chère Isabelle, je crois bien que c’est toi avec tes longs cheveux noirs, ton petit saut de cabri et tes pirouettes exquises…

La vie, la joie, c’est partout possible, chaque être humain en a un besoin fondamental, et aller la chercher pour l’offrir lorsque tout semble éteint, c’est magique, car elle allume au fond d’un lit un sourire malicieux qui donne alors du bonheur à qui le voit.

 

Partout, on peut trouver de quoi sourire, de quoi jouer. Il suffit parfois d’écouter ce que l’enfant dit et de le transformer, de l’agrandir, de le développer en un monde inattendu pour lui. On fait alors vrombir la moto, galoper le cheval, on chante la chanson de la princesse au bal, on colore son duvet d’un arc en ciel refuge de papillons multicolores.

Et, l’enfant adore, c’est son monde qu’on lui raconte;on lui dit : « Vas-y tu y as droit, même si tu es malade, surtout si tu es malade. »

J’ai vu Emma un mardi après midi. C’était la dernière fois. Elle voulait absolument avoir la visite des clowns. Ses parents étaient tristes et, comment ne pas l’être, Emma était gravement malade, mais ils sont quand même venus nous chercher. « Elle aimerait voir les clowns », nous ont-ils dit.

Et, dans son lit Emma a parlé paillettes qu’elle aimait tant, a dit qu’elle aimerait tellement aller à Paris. Alors on a fait le voyage, on a dessiné la tour Eiffel sur son mur, on a joué, chanté, on a ri.

Et moi, je n’oublierai jamais cette visite où l’enfant était si heureuse de rencontrer encore, à la veille de son grand voyage, (elle est décédée le lendemain), des clowns venus rien que pour elle dans sa chambre lui créer un monde magique et joyeux.

Les clowns d’hôpital sont des artistes professionnels et quoi de plus merveilleux que de créer un monde éphémère rempli de couleurs, de musique, de danse, de fantaisie, d’imaginaire pour un petit public et, en plus, c’est le public qui signe le tableau ?

 

Fondation Théodora France : www.theodora.fr

Fondation Théodora Suisse : www.theodora.ch

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À propos Nathalie Dubath

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