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2. Tertullien

Vipères, aspics, basilics recherchent

d’ordinaire les lieux arides et sans

eau. Mais nous, petits poissons, qui

tenons notre nom de notre « ichtus »

Jésus-Christ, nous naissons dans l’eau

et ce n’est qu’en demeurant en elle

que nous sommes sauvés.

Tertullien († après 220)

Du baptême I, 2-3

Manuscrit des Œuvres de Tertullien à la Bibliothèque Laurentine de Florence

Le plus ancien traité chrétien consacré au baptême qui nous soit parvenu, est dû à la plume de Tertullien, un Africain. On le date des toutes premières années du IIIe siècle, alors que la doctrine du péché originel n’est pas encore formulée, pas même de mise. Tertullien toutefois, lecteur de l’Écriture, ne peut évacuer le péché des origines et la rébellion de l’homme contre son Créateur, qui lui vaut désormais de mourir. D’autres que lui se posent la grave question du mal et de la mort. Parmi eux, les gnostiques qui, dans la solution qu’ils proposent, évacuent le Christ que présente l’Évangile. Or Tertullien comprends que c’est en lui, vers ce Christ cru comme celui qui peut vaincre désespérance et souffrance, qu’il convient de se tourner. Le baptême, pour lui alors, est l’acte de foi qui unit au Christ qui devient vraiment Sauveur.

On notera, sous quels traits Tertullien dépeint ceux qui méprisent le baptême. Ceux de reptiles. Ils sont à l’image du tentateur ancien. Ils sont aussi cette engeance de serpents, dont Jésus a dit que leur lieu est la géhenne (cf. Mt 23,33), et encore que les disciples marcheront sur eux sans en craindre nuisance (cf. Lc 10,19). On relèvera d’autre part comment Tertullien nomme le Christ. Un poisson. Plus exactement, il emploie dans son texte latin l’acronyme grec ichtus, désignant par là celui d’où vient le salut : Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur. Dit en d’autres termes, c’est parce qu’il est confessé comme le Fils de Dieu, que ce Jésus en qui le croyant reconnaît le Christ, le Messie annoncé déjà à Adam pécheur, que ce Jésus est sauveur.

Et que sont les baptisés ? De « petits poissons », petits mais tirant leur nom, leur être vrai de celui avec lequel ils vivent. Sans inutile discours, l’essentiel est affirmé. Notre baptême, c’est naître et vivre en Christ. Jésus-Christ, notre poisson-pilote.

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À propos Jacques-Noël Pérès

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est pasteur de l’Église protestante unie de France, professeur émérite (histoire du christianisme ancien et patristique) à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris), professeur d’éthiopien classique à l’École des Langues et Civilisations de l’Orient Ancien, et coprésident du Groupe des Dombes.

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