Messe et culte

À Sutherland Springs, au Texas, un meurtrier a tiré dans une Église baptiste sur les fidèles assemblés et en a assassiné un grand nombre. En rendant compte de cette épouvantable tuerie, les journaux télévisés ont pratiquement tous dit qu’elle avait eu lieu pendant la « messe ».

Il est pourtant évident, les journalistes devraient le savoir, que les protestants célèbrent des cultes ou des offices, mais jamais de messes. Toutes les définitions du mot « messe », dans les grands dictionnaires laïques (Littré, Larousse, Robert, Wikipédia) comme dans les textes catholiques officiels disent que la messe « consiste dans l’oblation du corps et du sang de … Jésus-Christ sous les apparences du pain et du vin ».

Même si certains luthériens, à la suite de Luther et Mélanchthon, ont continué à appeler « messes » les offices qu’ils célébraient après avoir rompu avec Rome, la plupart des protestants ont abandonné ce mot afin de bien marquer qu’ils ne célébraient pas un sacrifice et n’opéraient pas une transsubstantiation.

Parler de messe pour un culte baptiste relève d’une méconnaissance de ce qu’est le protestantisme et entretient des malentendus. Les journalistes ne le font pas par malveillance mais par ignorance. « Office » (qu’on a aussi parfois employé) serait tout aussi clair pour le grand public et beaucoup plus précis. Ce n’est certes pas très grave ; il n’en demeure pas moins qu’employer les mots justes serait un signe de respect à la fois pour les téléspectateurs et pour ceux dont on parle.

 

À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

3 plusieurs commentaires

  1. laurenstrobat@ntymail.com'

    Il n’en demeure pas moins que bosser un peu son sujet quand on est journaliste ce serait quand même pas mal…

  2. contact@bibletude.org'

    A la TV, lorsque dans un film américain il y a un pasteur, la traduction française dit souvent « prêtre » – et lorsque quelqu’un dit « le Seigneur », la traduction française dit souvent « le ciel » (du style « je remercie le Seigneur » => « grâce au ciel »).

    Mais ce ne sont que des anecdotes – certes symptomatiques – dont on pourrait rire, s’il n’y avait plus grave : le bagage culturel religieux diminuant de manière générale, y.c. chez les journalistes, cela rend par contraste le message des extrémistes – de toute religion – plus percutant (sans être pour autant celui de la base), ce qui laisse croire au commun des mortels que ce langage reflète la religion en question.

    Conséquence : de par leur ignorance, les media favorisent d’un côté la fondamentalisation de la base, et de l’autre les « spectateurs » sont incapables d’analyser avec du recul, car elle ne possède pas les fondamentaux de la-dite religion. Et c’est là – à partir de l’ignorance – que prennent naissance les fantasmes pro-religieux des fondamentalistes, et anti-religieux des « spectateurs » de l’actualité.

    Prenons p.ex. la stigmatisation du « christianisme » au prétexte des croisades et de l’inquisition : très peu ont le réflexe de dire : « mais ce comportement, par rapport à l’enseignement originel de cette religion, était inapproprié ». En effet, ceux qui y ont participé étaient ignorants des enseignement du NT, ainsi que ceux qui stigmatisent le christianisme en prétextant ces faits sans s’interroger sur le fossé qu’il y a entre ces soit-disant chrétiens et l’enseignement du Christ.

  3. laurenstrobat@ntymail.com'

    IL y a quelques années de cela, est paru un album des Tuniques Bleues dans lequel le sergent Chesterfield, pour pouvoir espionner les troupes sudistes, se fait passer pour un pasteur.
    Bien sûr, les noms « pasteur » et « prêtre » sont utilisés indifféremment, mais à un moment de l’histoire, le capitaine sudiste demande au (faux) pasteur de confesser ses soldats…

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