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Sonia Delaunay, faire rentrer l’art dans notre quotidien

Au gré d’une actualité douloureuse, les médias sont unanimes pour parler de journées historiques. Née en 1885 et morte en 1979, Sonia Delaunay en a traversé de nombreuses et nous laisse une œuvre qui s’inscrit dans l’histoire de l’art. Une exposition au Musée d’Art Moderne de Paris lui est consacrée.
Alors que l’artiste traverse les frontières d’une Europe bouleversée par plusieurs conflits, dont deux guerres mondiales, les journées historiques sont absentes de son œuvre. L’histoire y est effacée au profit d’un parcours chromatique exceptionnel, d’un hymne à la vie.
Née en Ukraine, Sonia est adoptée par un oncle et grandit à Saint-Pétersbourg. En 1905, elle s’installe à Paris, suit des cours d’histoire de l’art et découvre les Fauves. En 1907, elle rencontre Robert Delaunay qu’elle épousera en 1910.  Ensemble, ils développent une nouvelle forme artistique, entièrement tournée vers la couleur. Trop longtemps laissée dans l’ombre de son mari, Sonia a introduit l’art dans notre quotidien, offrant la luxuriance de sa palette à la poésie, à la mode, à la publicité, mais aussi à la technique.
Surpris par la première guerre mondiale, les Delaunay en vacances dans le Nord de l’Espagne choisissent de rester au Portugal. Si la peinture de Sonia en porte les traces, la guerre reste absente comme s’il suffisait de ne pas en parler pour la faire disparaitre. Face à l’horreur des tranchées, Sonia peint des scènes de flamenco. Les danseuses tournent. Leurs robes dessinent ces cercles qui peu à peu deviendront ces compositions circulaires. Avec la fin du conflit, le couple regagne Paris et Sonia continue à déployer ses couleurs. Leur appartement est alors transformé en atelier de couture et ce sont alors les robes qui deviennent tableaux. Sonia collabore aussi au mouvement dada, conçoit des costumes, illustre des poèmes. Dans les années 30, la crise économique rattrape les artistes en mal de commandes. Comme elle avait été présente avec ses textiles dans l’exposition des arts décoratifs, Sonia se tourne vers l’industrie. Avec Robert, ils décorent le Pavillon des Chemins de Fer et participent à la conception du Palais de l’Air pour l’exposition des arts et techniques en 1937.
A nouveau rattrapés par la guerre, les époux fuient. Malade, Robert s’éteint en 1941. D’origine juive, Sonia se réfugie avec d’autres artistes à Grasse et participe à des albums de lithographie. La grande histoire reste là encore tenue à distance au profit de cette explosion de couleurs que Sonia continuera à nous offrir jusqu’à la fin de sa vie, en 1977. Son répertoire géométrique s’enrichit toujours, les couleurs vives s’imposent de plus en plus. Ses œuvres éclatent partout et ses motifs seront et sont encore exploités sur d’autres supports.
Alors qu’elle a traversé les bouleversements du XXe siècle, Sonia ne laisse trace d’aucune journée historique mais orne notre quotidien d’une ronde de couleurs vivantes. Chatoyant, son art sort des toiles et des espaces réservés. Que la joie demeure.

Musée d’Art Moderne de Paris du 17 octobre 204 au 22 février 2015

À propos Corinne Castel

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