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Vérité et fraternité

Le christianisme établit un lien étroit entre vérité et amour : l’amour rend vrai et le vrai, quand l’amour ne l’accompagne pas, est du sel qui perd sa saveur.

En politique, on ne parle pas d’amour, mais, selon la devise républicaine, de fraternité. Dans les débats de cette année électorale, je n’ai guère perçu de fraternité ni même de respect. Des braillards ont fait beaucoup de bruit. Ils disent parfois (souvent ?) des vérités, mais sur un ton et avec une agressivité qui les rendent inaudibles.

En 1940, à Bordeaux, quand il reçut un groupe hurlant de parlementaires, le Président de la République d’alors, Albert Lebrun, leur a dit : « plus vous criez, moins je vous entends ». La fraternité donne de l’audience aux propos qu’on tient. Au contraire, la colère (même fondée) et la haine masquent ce qu’ils peuvent avoir de vrai. Les paroles deviennent des coups qui visent à frapper et blesser, nullement à expliquer et éclairer. On ne se fait pas comprendre, on ne brise pas le discours convenu ainsi.

Que des désaccords s’expriment est bon : l’unanimité engendre la paresse et conduit au totalitarisme. Mais la discussion gagnerait à ne pas être un combat où on cherche seulement à se faire mutuellement du mal et pas du tout à cheminer vers une vérité ni à inventer des solutions. Cette violence de la parole politique génère des violences citoyennes qui ne se bornent pas toujours au verbal. Il nous faut apprendre à nous parler fraternellement et à utiliser la parole pour communiquer, pas pour nous battre.

 

À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

2 plusieurs commentaires

  1. etienne@rosenstiehl.net'

    Cher Monsieur,
    Je partage votre avis sur le nécessaire retour de la Fraternité en politique. J’invite chacun à lire l’ouvrage ‘Fraternités’ que Jacques Attali publiait en 1999. Il ne fait aucun doute qu’Emmanuel Macron a parcouru cet ouvrage et connais bien son auteur. Notre président a eu la sagesse de faire une campagne qui donne comme principe à l’action de l’Etat : libérer, protéger, réconcilier. On y reconnaitra notre devise républicaine et donc la fraternité dans l’action de réconcilier. Il a ainsi organiser sa campagne sur la base de l’identité nationale sans jamais en parler spécifiquement, sans jamais en faire un sujet clivant.
    La fraternité fut donc une partie essentielle du programme de président élu. Elle a été reprise lors des discours devant le Congrès et l’Assemblée. Certes nous aimerions l’entendre proclamée davantage.
    Nous verrons ce que ces belles paroles donneront dans les actes.

  2. lionel.degouy@sfr.fr'
    Lionel Degouy-Pinheiro

    Publié dans TC en 2006 :

    L’amour et le pardon, la compassion, l’oubli de soi, l’abandon a
    l’autre, sont des postures eéminemment politiques. C’est d’ailleurs l’amour
    seul qui nous invite aà ces postures. Il est, de ce fait, preésent en tout ce qui
    peut faire de nous des femmes et hommes libres. C’est acquis. Et la
    pertinence des diffeérents messages humanistes face aà nos deésarrois
    contemporains pourraient deésarçonner bien des consciences, bonnes ou
    mauvaises, et faire ainsi que l’Homme reconnaisse tout autant la bonte
    qu’il a reçue que celle qu’il donne. Il faudrait, pour ainsi dire, parler
    d’amour, de compassion, d’oubli de soi, d’abandon aà l’autre, quand on
    parle politique. Mais eégalement de reéconfort. De celui qui donne aà tous un
    toit, une occupation aà la hauteur des ambitions de chacun. Ce n’est pas
    eêtre trop exigeant que de vouloir, en notre temps, que tous nous ayons
    droit aà notre part de digniteé. Âê notre part de bonheur. Ce bonheur si leéger,
    modeste et facile aà comprendre.
    Cet amour possible, celui de l’humaniteé, m’est confirmeé chaque fois
    qu’en lieu et place de la coleàre, j’installe en moi la paix, la paix sereine, la
    paix de l’abandon. Et je perçois souvent les possibiliteés qu’il y a
    d’imaginer un monde fait de cette paix, de cette justice. Or, la justice veut
    tout. Elle veut l’amour, non pas la haine. Elle veut la paix, non pas la
    guerre. Elle veut l’apaisement, non pas la douleur. Elle veut la
    compassion, non pas le jugement. La justice est amour, paix, douceur et
    attention. Inalteérable mansueétude. La justice, tout comme l’entieàre
    humaniteé, veut effectivement le bonheur simple d’un amour leéger, d’un
    amour sans deétour. Oui, l’amour est immuable et nul ne peut le nier. C’est
    ainsi qu’il construit notre avenir : finies les haines fratricides, les guerres
    forceément meurtrieàres, les jugements sournois, les meédisances malsaines.
    Il n’est pas neécessaire de deémontrer : qui pourrait vraiment dire l’amour ?
    Et le pardon, l’oubli de soi, l’abandon aà l’autre ? Âlors il faut eêtre
    conscients que toutes ces choses, tous ces mysteàres, ainsi que la politique,
    ne souffrent pas qu’on se moque d’elles. Car elles engagent le monde.
    Âlors, oui, il faut sans deétour parler de politique. Puisqu’en
    l’occurrence l’amour n’est pas la guerre. Et que l’amour – n’en deéplaise a
    certains, certaines, en l’occurrence – n’est pas non plus la haine. Or nous
    disons que si la haine fatigue et finit par achever, l’amour, lui, offre le
    repos d’eéterniteé comme avenir, preésent, passeé. Cet amour qui fait si
    couramment place aà la vie. Vie de boheàme ou vie tranquille –
    qu’importe ? C’est la vie de toujours. La vie qui rie, pleure, chante et se
    lamente. La vie des amertumes, la vie des peurs. La vie des joies. Âussi.
    On peut donc annoncer la gloire aà venir des femmes et des hommes
    qui aiment, deésirent, avec tout contre eux, pour eux, l’amour de leurs
    vingt ans – j’entends que nous fiêmes tous un jour, une heure, une seconde,
    l’expeérience de l’amour, du pardon, de l’abandon aà l’autre. C’est un pari.
    Qui prend le risque de se mouvoir en certitude : en rien je ne puis nier le
    fait que j’ai connu cet amour laà. Cet amour laà, et pas un autre.
    Quoi qu’il en soit, il faut eêtre reêveur pour veéritablement penser ou
    repenser nos institutions ! Or le peuple est reêveur. Car, bien que par la
    force des choses il ait neécessairement les pieds sur terre, il ne faut pas se
    reésigner aà voir ce peuple ne jamais lever la teête et se mettre aà reêver de
    jours meilleurs, d’amour de l’autre, d’espoir reéalisables.
    Encore faut-il y croire un peu. Rêver, peut-être.

    Lionel Degouy.

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