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Le légal et le moral

Il est, paraît-il, légal qu’un député embauche sa femme comme attachée parlementaire et la rémunère à ce titre, à condition qu’elle effectue un travail réel et que ce ne soit pas un emploi fictif. Il ne commet aucune infraction et les instances judiciaires n’ont rien à y redire.
C’est légal, mais est-ce moral ? La question se pose d’autant plus qu’il est difficile de trouver du travail et que le montant qu’on a donné des rémunérations est élevé (deux fois le salaire moyen d’un professeur agrégé dans l’enseignement public).
Certains philosophes distinguent le « juste » du « bien ». Le juste est ce qui entre dans la cadre de la loi ; le bien est ce qui répond à des exigences éthiques. Ils ne coïncident pas et la morale déborde le légal. Le 30 janvier 2003, la cour d’appel de Paris à propos de Roland Dumas, qui a été ministre et président du conseil constitutionnel, déclare n’avoir pas constaté ou reçu la preuve d’actes délictuels. Le comportement de l’accusé, dit-elle, n’est pas « pénalement punissable », néanmoins il est « blâmable ». L’exercice de responsabilités politiques comporte des exigences particulières en plus et à côté de ce que la loi prévoit et sanctionne. Quand on y aspire et quand on y accède, il faut ne pas se contenter de la règle et pratiquer cette « vertu » qui pour Montesquieu était l’esprit de la démocratie.
Jésus a un jour demandé à ses disciples : « que faites-vous d’extraordinaire ? » ; autrement dit : « votre éthique dépasse-t-elle la légalité commune ? »

À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

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