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Crèches, laïcité et religion

Les crèches contredisent-elles la laïcité et doit-on les interdire dans les lieux publics d’où la loi exclut les symboles religieux ? Saisi par des libres-penseurs, un tribunal en a jugé ainsi. Certains ont réagi en dénonçant une anti-religion intolérante et totalitaire. Ceux qui ont pris parti dans cette controverse, quel que soit leur camp, s’accordent pour considérer que les crèches sont des symboles religieux.
Je n’en suis pas du tout convaincu. A mes yeux, la crèche n’appartient pas au domaine du religieux, mais à celui du folklorique. Elle enjolive (ou enlaidit, selon les cas) une fête culturelle qui a pour dominantes la célébration de la lumière et celle de la famille. Elle illustre une légende qui a un rapport lointain avec les récits bibliques et aucun avec le crédo. Elle ne dit rien de Dieu et de la foi.
Que des libres-penseurs ne distinguent pas religion et folklore ne me surprend pas ; pour beaucoup d’entre eux la religion est folklore de part en part. Par contre, que des chrétiens ne fassent pas la différence me chagrine. S’ils défendent les crèches, ce qui est leur droit, ils ne devraient pas le faire au nom de la religion. J’ai même tendance à penser que s’il y a un lieu où les crèches sont déplacées, c’est dans une église. Non pas dans l’absolu, par un purisme excessif, mais parce qu’aujourd’hui, dans notre monde il est essentiel pour le christianisme de se dissocier du folklore avec lequel trop souvent, on le confond.

À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

11 commentaires

  1. gabriel.preiss@gmail.com'

    La crèche est une ré-invention… qui combine sous de nouvelles formes des éléments anté-chrétiens (“païens” ??), où l’élevage des ovins, bovins, équidés (Âne et Boeuf, brebis) reste et se conserve avec toutes les figures (et symboles) que les cultes pré-chrétiens avaient célébrés, que la christianisation a conservés pour la plupart… simple hypothèse… suivre les continuités et les ruptures, en parallèle… les accords plutôt que les oppositions apparentes…
    Noël est aujourd’hui cette fête que nous connaissons, qui nous est familière, mais nous la méconnaissons aussi, et cette période de l’année était chez tous les anciens, célébrée, par des fêtes pour accompagner, après des jours sombres et peu éclairés par le soleil, le retour de la Lumière, du Printemps… Le Blé en Herbe dont parlait Gide, le schibboleth des Hébreux, la future Gerbe (la Moisson du Blé d’Or, bien mûr, dont l’ouverture est du 24 Juin). James Frazer dans Le Rameau d’Or a très bien exploré toute cette matière (les quartiers du Ciel, les dates calendaires des ouvrages paysans… La Lune, le Soleil et les astres dans les cycles de la Vie de la Nature), en montrant bien l’intelligence profonde et les savoirs que connaissaient très bien les “anciens”, bien avant la naissance de celui que nous appelons “Christ”… La Pacha-Mama !! En effet, cette fête est tout autant celle de “croyants”, qui se positionnent comme tels, que de pseudo “incroyants”, à qui les “états d’âme”, la vie de l’esprit, ou spirituelle, ne sont ni interdits ni étrangers… Au delà des comparatismes et syncrétismes, les perspectives de la “psychologie des profondeurs” convergent, et se rejoignent (parfois hors de notre vue)… ce sont des expressions humaines…

  2. Olivier.bauer@umontreal.ca'

    Pour une fois, je ne suis pas d’accord avec André Gounelle. Il ne reste des questions.
    Jusqu’où s’étend le folklore avec lequel on confondrait le christianisme? La crèche, d’accord. La dinde de Noël, d’accord. Mais qu’en est-il du chant “Voici Noël”? Du culte de Noël? De la lecture des évangiles de Luc et de Matthieu? De l’idée même que “Dieu” puisse s’incarner dans un être humain?
    Autrement dit, quels sont les critères qui permettent de distinguer ce qui relève du folklore de ce qui relève du christianisme?

  3. pierre.feriaud@sfr.fr'

    La crèche est un symbole. Paul Ricoeur dirait: “Elle donne à penser”.
    Ainsi ce qui est important et clivant, c’est le sens que chacun donne à ce symbole et la relation qu’il entretien avec lui. cette relation peut être simplement culturelle, mais également religieuse, folklorique…..
    Personnellement je dirai que pour moi, elle représente une Tradition (avec un grand T)
    Il est dramatique qu’un Tribunal Administratif n’ait porté sa décision que sur la seule relation religieuse à ce symbole. (acculturation des juges? “christianophobie”?.)
    Je considère que cette décision, contrairement au sens que voulait certainement y donner le Juge est non seulement anti-laïque mais également dangereuse.

  4. nathan.andiran@gmail.com'

    Le problème ne me semble pas de savoir si la présence d’une crèche est ou pas “folklorique; la question est de savoir si un batiment administratif peut abriter ou pas un symbole renvoyant à une église chrétienne. C’est seulement de cela que le juge a été saisi. Et son arrêt reste limité à ce cadre.
    Que l’on autorise ce type de symbole est bien entendu attentatoire à la conscience des autres.
    Que le Président du Conseil Général puisse être chrétien et avoir une crèche chez lui ne pose aucun problème en soi. On est bien dans le symbolique dans tous les cas… Après que beaucoup de croyances et de ses représentations soient taxables de folkloriques me semblent une évidence auxquelles les églises chrétiennes
    ont toute responsabilité.

    • pierre.feriaud@sfr.fr'

      Il me semble que cet arrêt a été rendu à la suite d’une requête d’un “Libre Penseur”.
      Je vous laisse réfléchir à l’hypocrisie de cette attitude qui limite les possibilités de pensée, en supprimant un symbole, sous prétexte qu’il faudrait lui donner un sens religieux uniquement.
      Je crois que l’on est au cœur de la véritable maladie de notre société: Croire qu’il n’y a qu’une façon de penser. Nous le paierons cher malheureusement!!

    • claude.gillet8@sfr.fr'

      en réponse à Nathan , en particulier cette phrase:’ Que l’on autorise ce type de symbole est bien entendu attentatoire à la conscience des autres’
      Au final sur l’espace public seuls les non croyants ne sont p

  5. claude.gillet8@sfr.fr'

    réponse à cette phrase de Nathan :Que l’on autorise ce type de symbole est bien entendu attentatoire à la conscience des autres..
    Quid des Père Noel ??
    Au final sur l’espace public seules les consciences des non -croyants seraient en droit d’être prises en compte? est-ce cela la laïcité qui si je ne me trompe est justement la garantie d’une liberté d’expression aussi hors de l’espace privé.
    Il eut été plus sage , à mon sens , de demander aux plaignants quel symbole à leur convenance,devrait être posé à côté de la crèche

  6. 7milea100@orange.fr'

    Je ne suis pas d’accord avec André Gounelle.

    1- Cette crèche entièrement juive est d’abord un patrimoine Juif , même ci ce patrimoine historique est en dissidence au sein du peuple juif, quoi que les choses évoluant depuis 1948, touts les villages d’Israël ont des juifs messianiques.!

    2-La crèche est aussi le patrimoine religieux des chrétiens, qui devraient être je vous le rappelle, des petits Christ…..missionnaires pour la préparation et la venue du Royaume de Dieu.

    C’est donc un patrimoine culturel historique et religieux judéo-chrétien que la France ne peut éradiquer de la nation , ce serait éradiquer ses racines historiques et tout un pan de l’histoire politico-religieuse de ce beau pays.

    L’an prochain nous ferons une grande crèche dans notre jardin, visible de la rue ,avec cet écriteau : Né de mère Juive et envoyé par Dieu pour sauver l’humanité !

    RÉSISTER est notre devise, pour continuer à rendre visible la naissance du Fils de Dieu !

  7. stephane.pompermeier@gmail.com'

    si voire un symbole religieux dans un espace publique porte atteinte a la liberté de conscience, alors enlevons toutes les croix des églises, et que dire des cathédrales, sans parler des calvaires qui jalonnent les campagnes françaises (je parle même pas de ma région la Lorraine). En parcourant les routes j’en voie pleins: j’en trouve certains beaux artistiquement, d’autres pas, mais ça c’est du domaine de l’esthétique, mais c’est personnel. Pour moi qui suis protestant, en aucun cas en les regardant volontairement ou pas, celà ne porte atteinte à ma liberté de conscience, de religion. J’en deviendrais pas catholique pour autant, de même en regardant un minaret ça ne troublera pas ma conscience. Alors tout ça c’est vraiment des débats stériles.

  8. michel.theron.ecritures@wanadoo.fr'

    J’aime beaucoup la dernière phrase d’André Gounelle, selon laquelle la crèche ne dit rien de Dieu ni de la foi. Là où il dit “folklorique”, je dis : “mythique”. Voir mon point de vue sur cette question, paru cette semaine dans “Golias hebdo”, et ce jour sur mon blog :
    http://www.michel-theron.fr/article-creche-125172312.html
    Cordialement à tous.
    Michel Théron

  9. nathan.andiran@gmail.com'

    Ce n’est pas l’existence d’une crèche qui pose problème, c’est l’endroit où elle est installée:
    un Conseil Général. Or la neutralité de l’Etat est une règle d’une République laïque.
    Un Conseil Général est délégataire de l’autorité de l’Etat et reçoit des personnes sans considération de leurs religions. Or une crèche représentant la Sainte famille renvoie au christianisme.
    Donc l’espace de neutralité n’est ainssi pas respecté. C’est du domaine du symbole !!
    Mais les symboles c’est un moyen de dire des choses. Une Eglise, personne n’est obligée
    d’y entrer.
    Elle ne représente pas l’Etat. Quant au Père Noël, on peut le considérer comme folklorique et moins
    symbolique que la représentation de la Sainte Famille dans la crèche… Mais c’est moyennement
    acceptable…l

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