Mamon

Je me souviens de ce synode auquel j’assistais comme délégué des étudiants en théologie. Le trésorier de la bourse pour les étudiants s’était félicité d’avoir fait des bénéfices durant l’année écoulée. « Des bénéfices ? Et vous en êtes fier ? » avait alors tonné l’un de mes professeurs. Se faisant plus pragmatique, il avait ensuite proposé d’augmenter le montant des bourses pour l’exercice en cours. Peine perdue… Ce souvenir me revient alors que la crise du coronavirus met à mal nos communautés, pas seulement sur le plan sanitaire, mais aussi financier. Disons-le tout de suite, je ne suis pas de ceux qui, en temps normal, considèrent les questions d’argent comme anodines. Mais curieusement, j’ai le sentiment que les choses s’inversent, surtout depuis que les appels aux dons se multiplient de la part des paroisses ou des œuvres de notre Église.

Encore une fois, je ne conteste pas la légitimité de ces demandes et l’inquiétude de ceux qui les portent. Mais je me pose aussi une question : qu’a-t-on proposé à toutes celles et ceux qui, durant ce confinement, étaient dans la détresse, la souffrance physique ou psychique ? Des prédications online, des méditations, des aides aux plus démunis, j’en ai vues s’organiser, bien sûr. Mais à quel moment nous sommes nous demandé ce qui constituait la Parole que nous avions à transmettre en cette situation de crise ? Nos théologiens ont-ils tenté de penser ce qui nous arrivait ? Nos pasteurs ont-ils cherché à proposer des pistes de sens, des moyens d’affronter la peur et la maladie ou, en tout cas, de vivre cette période avec ce « courage d’être » dont parlait Tillich ? Nos édiles ecclésiaux ont-ils cherché à ouvrir un chemin, tracer un cap ? Certes, comme moi, beaucoup ont été sidérés et cela se comprend. Mais il me reste un goût amer devant des Églises (et là je ne parle pas que de nos Églises protestantes) qui réclament à présent la réouverture des lieux de culte en arguant de celle des commerces plutôt que de se demander ce que ceux qui attendent cette réouverture (et ils sont nombreux) attendent vraiment.

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À propos Pierre-Olivier Léchot

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est docteur en théologie et professeur d’histoire moderne à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris). Il est également membre associé du Laboratoire d’Études sur les Monothéismes (CNRS EPHE) et du comité de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français (SHPF).

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