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La coupe du monde sur un air de théologie

Lors du match de coupe du monde Angleterre-Colombie l’été dernier, des amis et moi avons réagi lorsque nous avons vu un joueur colombien démentir la paternité du but par lequel il venait d’égaliser : ce dernier leva ses deux index en direction du ciel, comme pour dire qu’il n’en était pas l’auteur. On connaît le goût prononcé des joueurs sud-américains pour remercier Dieu lorsqu’ils marquent. Ils n’ont pas le monopole de ce geste, des joueurs occidentaux le font aussi. Mais pourquoi diable faudrait-il attribuer à la divinité la réussite de tel passe ou tir au but ? Est-ce à dire que le Dieu des chrétiens – car s’agissant de l’Amérique du Sud il s’agit presque toujours de joueurs évangéliques – préfère une équipe à une autre ? Et les pauvres anglais dans tout cela ? Sans doute ont-ils le malheur d’être anglicans et moins démonstratifs ! Encore un mot sur l’ambiance qu’il y avait lors de ce même match, dans un petit bar de la rue de Belleville à Paris sur l’écran duquel nous suivions l’évolution du jeu entre l’équipe de Gareth Southgate (j’aime tant son allure british) et les joueurs colombiens. La quasi-totalité des clients soutenaient la Colombie. La clientèle de ce bar n’était pas constituée de colombiens ou de sud-américains. Elle correspondait en tout point à la sociologie de ce type de quartier en pleine gentrification. Et l’esprit chagrin que je suis a vu, à travers ce soutien massif à la Colombie, non pas une ouverture vers l’autre ou le lointain, mais l’expression d’une rancœur vieille de la guerre de Cent Ans. Comme si pour être français, il ne fallait surtout pas soutenir les anglais.

La Coupe a suivi son cours et l’équipe de France l’a remportée. Finalement, j’ai vibré. J’ai traversé le quartier de la République avec un ami le soir du 15 juillet. Ceux qui me semblaient le mieux vivre ce moment de communion, selon l’expression consacrée – et il est intéressant de relever que le champ lexical du culte a envahi plusieurs jours durant nos plateaux télé – chantaient en une chorale improvisée un air de Céline Dion. On devrait sans doute davantage chanter.

 

À propos Benjamin Limonet

benjamin.limonet@evangile-et-liberte.net'

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