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Carmen et Jésus

On propose de remanier la fin de Carmen, l’opéra de Bizet. Au lieu que don José tue Carmen, c’est Carmen qui, en se défendant, tue don José. On entend réagir ainsi contre les violences infligées aux femmes (que Carmen se soit conduite à son égard en prédatrice n’excuse nullement les coups de don José). D’approuver cette intention n’interdit pas de s’interroger sur ce changement. Sert-on la cause des femmes maltraitées en substituant à l’image d’une victime celle d’une meurtrière ?

Imaginons un remaniement analogue de la fin des évangiles. Au lieu de se laisser arrêter et condamner, Jésus dirigerait une insurrection armée qui renverserait les pouvoirs établis et aboutirait à l’exécution de Caïphe, d’Hérode et de Pilate. On éviterait ainsi d’instiller dans l’esprit des lecteurs que les petits, toujours écrasés par les grands, doivent courber l’échine et se soumettre.

Ainsi corrigés, les évangiles raconteraient une histoire profondément humaine, dont on pourrait faire un opéra emblématique, mais ils n’annonceraient pas une « bonne nouvelle ». Or ils proposent un tout autre dénouement : la résurrection, qui n’est la victoire ni de la violence des puissants ni de la contre violence des opprimés, mais la victoire de la vie sur la mort. Au lieu de nous assassiner les uns les autres, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, aidons-nous mutuellement à vivre. C’est à cela que les religions appellent (ou devraient appeler) et nous n’y parviendrons pas sans l’aide de Dieu.

À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

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