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Eau vive, eau mortelle

« Ma petite est comme l’eau, comme l’eau vive », chantait tendrement Guy Béart. Mais voilà que l’eau vive, charmante, rafraichissante, fertilisante peut, en quelques instants, se transformer en un torrent furieux, dévastateur, qui ravage les vies, les terres et les biens. Cette ambivalence de l’eau, porteuse de joies et de pleurs, source de bonheur et de malheur, les pays méditerranéens et le Proche Orient en ont une expérience séculaire. On la trouve, par exemple, dans le symbolisme du baptême qui associe la vie et la mort.
Les religions ressemblent à cette eau à la fois féconde et destructrice. D’un côté, elles irriguent nos existences, en font autre chose qu’une aventure misérable et égoïste. De l’autre côté, elles suscitent des affrontements sanglants, génèrent des massacres. Le Proche-Orient en donne un exemple saisissant. Il a apporté au monde à la fois des spiritualités d’une richesse et d’une profondeur merveilleuses et des guerres d’une férocité indépassable.
Comme les cours d’eau, les religions ont besoin d’être entretenues. Le béton répandu sans mesure ni discernement accentue les méfaits de pluies trop abondantes. Une superstition insensée, une piété irréfléchie, l’absolutisation idolâtre des croyances rendent les religions nuisibles et meurtrières. Cultiver une foi intelligente et une intelligence croyante, développer un christianisme éclairé et raisonnable, telle est, à mes yeux, notre vocation.

À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

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