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Courrier des lecteurs

Numéro 343 Novembre 2020

Michèle Pourteau réagit à l’article d’André Gounelle du numéro 340 de juin-juillet

Immorale, la grâce ? » Je vous remercie d’avoir posé la question comme diraient les hommes politiques et, personnellement, j’apprécie particulièrement les articles qui interrogent. Ils mettent en tension plusieurs paramètres et par cet écart je me sens concernée, je peux m’impliquer dans cet entredeux. Oui la grâce est immorale si on la considère comme une récompense, un effaceur de faute, un passeport pour l’éternité supposée. Encore qu’immorale, peut-être pas, amorale voire injuste dans une perspective de rétribution équitable ? La grâce comprise comme conséquence d’une vie s’appliquant à la loi est comprise dans une logique du donnant donnant. La parabole des ouvriers de la onzième heure me fait penser aussi que cette logique du terme à terme, c’est une logique humaine et non celle de Dieu. Pourquoi ? Parce que pour moi, Dieu est l’excès et l’extrême liberté. Je le comprends dans la logique de l’amour et non dans la perspective de la rigoureuse équité. Comprendre la grâce comme rétribution réduit, falsifie ce qu’il est possible de se représenter de Dieu. Là n’est pas l’argument d’André Gounelle. Il fait un détour par une redéfinition du péché. Il glisse aussi de la grâce à la foi. La grâce vient de Dieu. Elle est offre et proposition du Dieu père. Elle n’est contingente de rien, elle est du côté de l’amour inconditionnel de tout homme, quels que soient ses œuvres ou actes, mais sans être néanmoins un blanc-seing. La foi, elle, est du côté de l’homme. Elle est la réponse possible de l’humain à l’offre de vie du divin. Alors non, trois fois non, la grâce n’a rien d’immoral. Elle n’a même rien à voir avec la morale. Elle est la manifestation de Dieu pour chaque homme. Ensuite, à l’homme de l’accueillir ou non. À l’homme d’en vivre. Peutêtre est-ce du côté du bonheur ? Puisque j’aime les questions, la grâce rend-elle heureux ? Merci à André Gounelle.

Numéro 341 Août-Septembre 2020

Plusieurs lecteurs ont réagi au dossier de Jean-Paul Guetny (numéro 340 de juin-juillet). André Gounelle nous donne des précisions sur l’engagement de protestants libéraux dans le dialogue interreligieux.

Puis-je me permettre d’ajouter trois compléments au très bon cahier de J.P. Guetny sur le dialogue interreligieux ?

1. D’abord pour signaler que l’Association Libérale (devenue Association Libérale Évangile et Liberté) a été longtemps partie prenante d’un des plus anciens mouvements interreligieux, l’IARF (International Association for Religious Freedom). G. Marchal, B. Reymond et moi-même avons été successivement membres de son comité mondial. J’ai le souvenir d’échanges fascinants avec des bouddhistes japonais au Leuenberg et de rencontres fortes à Oxford, Montréal, San Francisco, etc. L’IARF a traversé une crise dans les années 1990 et sans qu’il y ait ruptures, les relations ont cessé.

2. Ensuite pour rappeler qu’à plusieurs reprises les Journées du protestantisme libéral ont été consacrées la rencontre entre religions et qu’y sont intervenus des conférenciers bouddhistes, juifs et musulmans.

3. Enfin pour évoquer ce que ne mentionne pas J.-P. Guetny (à l’exception des remarquables travaux de J.-C. Basset) : l’importance de la contribution de théologiens protestants de tendance libérale à une évaluation théologique chrétienne des religions non chrétiennes ; je cite, entre autres E. Troeltsch, A. Schweitzer, P. Tillich, J. Cobb, J. Hick. Leur réflexion a eu peu d’impact en catholicisme, mais a marqué les pratiques protestantes.

André Gounelle

 Un lecteur expose les questions suscitées par la lecture du dossier :

J’ai bien apprécié l’article de J.-P. Guetny, complet et ouvert, et je m’interroge :- sur les perspectives à l’horizon, l’impression que le protestantisme montre parfois une tendance à s’effacer ; les réflexions de Joseph Moingt sont-elles en mesure de nous rapprocher car elles sont une (re)découverte de l’Évangile ?- la mise sur le même plan de toutes les religions pour un dialogue efficace me paraît une bonne chose (y a-t-il une démocratie dans les dialogues ? Je crois que c’est nécessaire pour entendre chacun même en gardant ses propres opinions). Dans cette façon de faire, que devient Jésus comme la seule voie comme entre autres textes le dit le prologue de Jean ?

Pierre Manivit

 Le pasteur Jean Dumas, qui est engagé dans le dialogue interreligieux, ajoute un complément.

Une remarque seulement : deux auteurs et textes décisifs évoqués dans l’article font des réserves sur leur acceptation du dialogue interreligieux. Le théologien protestant Karl Barth, et la décision du Concile de Vatican II acceptent ce dialogue, mais en laissant la priorité au seul christianisme au-dessus
des autres religions ; celles-ci ne possèdent que des étincelles de vérité. Seul le christianisme atteint la pleine vérité. Le dialogue auquel j’adhère n’est donc pas inter, mais intrareligieux. Toutes les religions, y compris la chrétienne, n’atteignent que des étincelles de la vérité. Le vrai Dieu commun à toutes n’est pas définissable par les mots des langues humaines. Son nom demeure imprononçable. Aujourd’hui le clivage entre les religions se situe entre les « orthodoxes » et les « libéraux » (selon Panikkar et J- P Willaime). Jean Dumas

Un lecteur partage ses réflexions sur l’athéisme après avoir lu le numéro de juin-juillet.

Je viens de lire le numéro 340 (juin-juillet 2020) d’Évangile et liberté, largement consacré à l’athéisme. J’ai regretté que dans ce numéro vous ne donniez de définition ni de Dieu ni de l’athéisme. Pour moi, croire en Dieu, c’est croire en un certain nombre de valeurs que les rédacteurs de la Bible ont proclamées : il y a eu le Dieu de Moïse qui apparaissait dans le tonnerre du Mont Sinaï, il y a eu le Dieu d’Elie qui n’était pas dans le tonnerre, ni dans le tremblement de terre, mais dans un souffle ténu, il y a eu le Dieu de Jésus-Christ qui meurt crucifié comme un brigand ou un révolutionnaire, il y a le Dieu des épîtres johanniques (Dieu est amour). Reste à savoir si nous avons à attendre quelque chose de lui après notre mort. J’avoue que je n’en sais rien. Mais l’espérance est une force qui nous fait vivre.

François de Vargas

Numéro 336 Janvier 2020

 

« Sierra » écrit sur notre site internet, à propos de la tribune libre de Maxime Michelet intitulée « Place aux jeunes » (numéro 335, janvier 2020) :

Analyse salutaire, qui mériterait d’être plus largement diffusée, tant il est vrai que dans nos sociétés occidentales et vieillissantes, il y a un forme d’emprise pas toujours consciente des « papys boomers » à transformer notre société en « gérontocratie ». Il n’y a pas de salut universel possible en sacrifiant les plus fragiles de notre société, et c’est l’affaire de tous. C’est la leçon du naufrage de Paul dans le livre des Actes des Apôtres. Dans les problématiques du monde d’aujourd’hui, ce sont les mêmes forces de solidarités qui doivent se mettre en marche.

Merci M. Michelet de nous rappeler intelligemment cette exigence, et qu’en cette période de vœux elle devienne réalité.

Une lectrice réagit au numéro de janvier 2020 (n°335) et en particulier à l’article de Jacques Musset :

Un seul mot à Jacques Musset pour son article « Où est-il, ton Dieu? » : MERCI ! … Et un second merci à Évangile et liberté pour la nourriture qu’il nous apporte à chaque numéro !

Marianne Périllard, Lausanne

 

 

Raphaël Picon

La mort de Raphaël Picon, le 21 janvier, a bouleversé beaucoup de nos lecteurs. Voici quelques messages que nous avons reçus :

Je viens d’apprendre le décès de Raphaël Picon. Je voudrais dire toute mon affection pour cet homme qui m’a conduit dans une intelligence de la foi. Je voudrais dire qu’il va me manquer terriblement. Je voudrais dire qu’il est irremplaçable aujourd’hui, et pour cela, je le remercie : il oblige d’autres à se mettre en mouvement. Avec toute mon affection pour sa famille et ses amis. Ivan Mikolasek, Saint-Lézer.

Je suis resté tout ce week-end sans grande réaction, ma tête pleine de souvenirs des réunions d’Évangile et liberté durant lesquelles j’ai appris à connaître et à apprécier Raphaël. Aujourd’hui, j’ai simplement envie de dire « merci ». Didier Halter, Sion (Suisse).

Le décès de Raphaël Picon me bouleverse très profondément. Je veux adresser à la rédaction d’É & l mes très sincères condoléances. Je veux aussi vous confier le soin de relayer ces condoléances à son épouse et à leurs trois enfants. Raphaël Picon m’a profondément marqué par son intelligence lumineuse, par cette faculté si exceptionnelle de savoir rendre accessible des textes obscurs ou/et complexes, par ses prises de position claires, argumentées. Sa richesse était hors du commun, il contribuait à placer sur ce qui peut être le parcours personnel de chacun de nous des dispositifs réfléchissants (au double sens du terme) nous invitant à exercer notre discernement. Nous invitant à nous rendre perméables, poreux à la perception du plus possible de facettes de ce qui nous est offert ; facettes externes et internes ; facettes manifestées, facettes mystérieuses. Par sa manière d’aborder les textes et les situations, il nous rappelait que chaque facette n’annule pas les autres, ne les altère pas. Il nous invitait à appréhender ces facettes, en nous dévoilant comment elles peuvent contribuer à éclairer un peu plus, un peu mieux, notre intériorité. Raphaël Picon fait partie de celles et de ceux qui ont rendu pour moi incontournable la lecture d’É & l, faisant de chaque numéro un rendez-vous attendu chaque mois avec impatience. Que le Seigneur notre Dieu aide son épouse et leurs trois enfants, ainsi que tous ses amis à percevoir la tendresse de Sa Présence, qu’Il leur soit en aide. Bien fraternellement Norbert Prin, 74 Cran Gevrier.

Très touchée par le décès de Raphaël Picon et par son dernier message, je joins mes condoléances et mes prières à celles de Norbert Prin.Marie-Jeanne Lissonnet, Nevers.

À l’heure où É & l est en deuil suite au décès de Raphaël Picon, j’adresse à toute l’équipe du journal mes condoléances très attristées. Par la voix de James en chaire ce dimanche matin, les paroissiens de l’Oratoire ont appris la terrible nouvelle de son départ. Ses éditoriaux explosaient d’une foi intense et si éclairée. Je suis si triste et pense beaucoup à vous tous. Partagez mes fidèles amitiés. Evelyne Brun (Paroisse de l’oratoire du Louvre).

J’ai appris la terrible nouvelle hier. C’est une perte immense pour la pensée protestante réformée ; il est vain de mettre des mots sur cette effroyable injustice. Grâce au travail du pasteur Raphaël Picon notre religion avait pu se développer et convaincre des personnes d’entrer dans un temple. Je veux dire toute ma sympathie à l’équipe d’É & l, aux responsables de l’Institut Protestant de Théologie et à la famille du pasteur. Stéphane (Paroisse de l’oratoire du Louvre).

La page Facebook d’Évangile et liberté a également recueilli de nombreux témoignages de sympathie :

Je suis admiratif par la dignité de son dernier message et par tous les trésors qu’il nous laisse. J’en suis bénéficiaire parmi de nombreux autres. Merci pour ce que tu m’as donné ! Jacques Monteil

Mon Dieu, quelle tristesse ! Une grande perte théologique et humaine. Je l’avais croisé très rapidement à l’Oratoire. Il dégageait une grande douceur, une vraie gentillesse. Et ses livres ! Jean-Pierre Capmeil

Je suis également très touché par le décès de Raphaël Picon dont j’ai eu le loisir et le plaisir de lire de nombreux ouvrages. C’est une immense perte pour le Protestantisme Réformé et notre courant de pensée. Je joins mes condoléances et mes prières à celles de Norbert Prin et Marie Jeanne Lissonnet. Sierra

Je suis triste et en communion de prière. Alain Rochat

La nouvelle tombe comme un couperet. Nous le pensions en rémission ! Silence pour prendre en compte cette triste nouvelle. Ernest Winstein

 

« les valeurs ou le combat »

L’article « Parole juive » du rabbin David Meyer, publié dans notre numéro 294 (décembre 2015), fait réagir une collaboratrice de notre mensuel.

Lectrice régulière d’Évangile et liberté, je me réjouis de voir les pages de ce journal s’ouvrir à nos frères juifs, musulmans… Je me réjouis également devant le parti pris affiché, au lendemain des attentats contre la liberté de la presse, d’affirmer nos valeurs. La une d’É & l trône toujours chez moi, arme qui se détache sur un fond noir avec pour légende « ceci n’est pas une religion » et « tuer un homme, c’est toujours tuer un homme ». Je me réjouis de toutes ces paroles qui appellent à la paix et nous font réfléchir à ce que la Bonne Nouvelle signifie pour nous, aujourd’hui. En revanche, je suis en désaccord, quand je lis l’article « Les valeurs ou le combat » du rabbin David Meyer comme un appel à une guerre totale contre Daesh pour faire tomber l’entité politique qui sous-tend ce Califat. Il ne s’agit évidemment pas de faire de l’angélisme contre une menace bien réelle, mais ces mots peuvent-ils être lus comme des paroles de foi ? Quand le monde politique évoque chaque jour un peu plus la déchéance de nationalité comme les nazis imposaient autrefois l’étoile jaune, quand les unes de certains journaux se couvrent de barbelés, quand un homme d’Église appelle aux armes, loin de rassurer la chrétienne que je suis, ces réflexes de réclusion et de peur me renvoient vers des pages terribles de notre histoire. N’avons-nous vraiment rien appris ?