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Courrier des lecteurs

Numéro 350 juin-juillet 2021   

AVEC NOS EXCUSES
Le numéro de mai et celui que vous avez entre les mains sont arrivés avec beaucoup de retard et nous le regrettons évidemment. Ces retards sont dûs au confinement du mois d’avril, à la fermeture des crèches, écoles et collèges qu’il a entraîné. Ces fermetures ont perturbé le travail de la rédaction, comme celui de beaucoup de nos concitoyens et nous nous réjouissons de pouvoir retrouver pleinement notre travail pour vous.

COURRIER D’UN LECTEUR
Goran Sekulovski réagit à l’article de Laurent Gagnebin sur l’enfer et le paradis (n°348 d’avril 2021, p. 29)

Le texte de Laurent Gagnebin est magnifique ! À tous les égards ! Et il est très frais, agréable à lire, très loin des textes théologiques ennuyants ! Je m’y retrouve pleinement et je peux dire que je n’ai jamais pu vraiment adhérer à ces notions de paradis / enfer. Je sentais intérieurement ce que l’auteur écrit si bien : « L’enfer appartient à notre temps. Nul besoin d’une éternité infernale pour le vivre, ni de rêves paradisiaques pour l’ignorer. » La théologie a fait beaucoup de mal en voulant expliquer ces notions. Elle aurait gagné en se taisant. Comment parler, voire croire à l’idée de l’enfer alors que « Dieu est amour, présent et ultime, ou il n’est pas », comme l’écrit Laurent Gagnebin ? Merci pour ce texte.

Numéro 346 février 2021   

Plusieurs lecteurs ont réagi à l’édito­rial de Pierre-Olivier Léchot dans le numéro 345 de janvier 2021.

Henry Fauche écrit à Pierre-Olivier Léchot :

Comment un docteur en théo­logie et professeur d’histoire moderne peut-il opposer de manière aussi primaire sécu­rité et liberté ? Comment peut-on être vraiment libre quand règne le chaos, quand personne ne respecte plus personne, quand seuls les plus forts en gueule peuvent faire entendre leur voix ? Cette société où chacun devrait être libre de manifester son opposition en cas­sant tout sur son passage, en vouant nommément à la vindicte populaire et en agressant de manière violente des policiers chargés de vous proté­ger vous et moi est une caricature dont les premières victimes seront les plus faibles d’entre nous, comme toujours. […] La démocratie est le « moins pire » des systèmes poli­tiques pour garantir la liberté indi­viduelle de chacun des citoyens. Ne la galvaudons pas en critiquant le fait qu’un minimum de précau­tion, de sécurité et de surveillance sont nécessaires pour permettre à chacun d’exprimer ses opinions et de vivre, penser et croire en toute liberté.

Pierre-Olivier Léchot lui répond :

Je n’ai rien à rétorquer à votre critique dans la mesure où il me semble que vous vous méprenez

sur le sens de mon texte en confondant ordre et sécurité. L’ordre relève à mon sens du droit et donc du cadre dans lequel peut s’exercer la liberté. Et de ce point de vue, il n’y a rien à redire sur les mesures de police encadrant une manifestation, surtout si elle tourne au sac d’un bâtiment « républi­cain ». La sécurité, en revanche, est entre autres choses un « senti­ment » – et c’est en ce sens que je prends ce mot dans mon éditorial. J’éprouve un sentiment de sécurité quand je me sens en sécurité. Or, ce sentiment, aucune loi, aucune mesure ou aucun principe, fût-il « de sécurité », ne peut le provo­quer. Elle est, comme tout senti­ment, soumise aux affects d’ordres divers et correspond ou non à la réalité. Elle est donc légitime, mais pas sur le plan légal. Vous avez donc raison : il ne faut pas opposer ordre et liberté. Mais lorsque la révision juridique du premier est mue par une volonté de répondre exclusive­ment à un besoin de sécurité crois­sant, il faut savoir rester prudent et répondre à ce besoin sans mettre à mal la seconde. Car, des deux, c’est bien elle qui doit avoir l’avantage – or, le législateur a, de nos jours, une regrettable tendance à le négliger.

Sur notre site internet, Marieke Cayol écrit :

Se rebeller, d’accord […] Mais contre quoi ? Contre le fait de protéger les plus faibles ? Les plus « inutiles » ? Les plus vul­nérables ? Imaginez un instant que cette saleté de virus attaque prioritairement les enfants ? Nous aurions consenti sans problème à des sacrifices bien plus radicaux. Moi qui suis âgée, j’ai été émer­veillée de la fraternité ressentie autour de moi. Chez mes enfants, bien sûr, mais aussi chez ces voi­sins que je connaissais à peine (« je vais à l’épicerie. Je peux vous rapporter quelque chose ? ») ou cette amie (« ton volet n’était pas ouvert à 8 heures, tout va bien ? »). Les précautions que nous prenons (masques, distanciation etc.) ont toujours été annoncées comme un moyen de protéger les autres. Ce qui vous choque réside, je crois, dans les contrôles instaurés. Cette auto-attestation, si elle en a fait sourire plus d’un, a le mérite de remettre chacun devant ses responsabili­tés quelques secondes chaque fois qu’il sort. Je connais des contrôles plus coercitifs… Des rebelles, il y en a… Mais je n’arrive pas à me reconnaître dans les faces hilares de ces « courageux » qui ont bravé les interdits pour boire et danser. Vien­dra le temps de la guérison. À nous d’être vigilants à ce moment-là pour veiller à nos libertés. Actuellement, la solidarité doit primer. Il y a un temps pour tout (ce n’est pas moi qui l’ai dit !)

Pierre-Olivier Léchot lui répond :

Je vous remercie de votre cri­tique que j’apprécie d’autant plus que je ne crois pas avoir

défendu le point de vue que vous m’attribuez. J’écris en parti­culier : « Bien sûr, on ne saurait contester la nécessité de certaines décisions prises en raison d’une situation hors-norme. »

Mon propos n’est en aucune façon de débattre des mesures sani­taires et de leur pertinence. Sur le plan sanitaire, je ne suis pas spécia­liste, donc je me fie à ce que disent les spécialistes. Sur le plan poli­tique, nous sommes en état d’ur­gence sanitaire et un état d’urgence est précisément fait pour répondre à une situation hors-norme en met­tant entre parenthèses certaines libertés fondamentales, comme le droit d’aller et venir sans attes­tation. Et cet état d’urgence a été accepté par la représentation natio­nale et les élus du peuple. Ce qui, en revanche, me préoccupe, c’est que c’est justement au moment où nous avons bien accepté ces restrictions que nous assistons à l’apparition de projets de lois divers et variés destinés à restreindre nos libertés fondamentales et, j’insiste sur ce point, hors état d’urgence. C’est cela le problème : au nom d’un certain « principe de sécurité », on risque de limiter la liberté d’expression, la liberté de conscience, etc. et ce, à un moment où, justement, nous sommes devenus plus « passifs » face à des restrictions que, naguère, nous aurions vertement contestées.

Numéro 345 janvier 2021  

Laurent Gagnebin a fait remar­quer à Daniel Marguerat, auteur de l’article Joseph, un père indésirable, dans le numéro 342 d’octobre 2020, que contrairement à ce qu’il indi­quait, le père de Jésus était bien mentionné une fois dans l’évangile selon Jean. Daniel Marguerat lui répond.

Ta mention johannique est correcte, même si je main­tiens ce que j’ai voulu dire (et que j’ai dit très vite, faute de signes) : Jean développe surtout le motif de la mère de Jésus, et la catégorie de la paternité est massivement réservée à la relation théologique du Père et du Fils. La paternité biologique de Jésus n’intéresse pas cet évangile.

Jean-Paul Sorg réagit à l’article de Céline Rohmer Peut-on être chré­tien sans croire à la résurrection du Christ, dans le numéro 343 de novembre 2020. André Gounelle et Abigaïl Bassac lui apportent une réponse.

Que l’on pose encore et tou­jours la question « Peut-on être chrétien sans croire

à la résurrection du Christ ? » me peine beaucoup. Car la question ainsi posée, même avec toute la bienveillance qu’on y met et toutes les circonvolutions que l’on décrit, est une intimidation. La réponse finale, on l’attend, ne peut être que négative. Elle exclut. Je me sens exclu. […] Parmi les fidèles rassemblés au culte ce dimanche, combien croient réellement et clai­rement en la résurrection du Christ […] Nous, les modernes disons, sur la base des connaissances par obser­vations et découvertes qui se sont accumulées et affinées au cours des quatre derniers siècles (c’est arrivé comme ça), nous avons acquis de l’histoire de l’univers, de l’évolution de la vie, de l’être et du temps, une conception vérifiable qui ne laisse aucune place – aucune modalité de l’être – à un phénomène comme la résurrection d’entre les morts, ni celle des humains en général ni celle, en prémices, du Christ […] En faire un article de foi essentiel et en quelque sorte un titre de légitimité chrétienne revient à rabattre la foi en Dieu – en la raison de la vie – sur une croyance que la réflexion ne peut soutenir durablement. Ou, dit selon une métaphore biblique connue, c’est vouloir dresser le roc de la foi sur le sable d’une croyance artificielle. Ne pas s’étonner si les Eglises se vident ! Si les adolescents désertent, après un enseignement dogmatique et la confirmation que certains ont encore accepté de faire pour ne pas fâcher la famille.

Jean-Paul Sorg

La question qui lui sert de titre m’a été à plusieurs reprises posée (comme, je le suppose, à tout pasteur), pas du tout dans un souci d’orthodoxie (d’exacti­tude doctrinale) mais plutôt avec une sourde inquiétude que je for­mulerais ainsi : « suis-je encore chrétien, ai-je le droit de me dire chrétien alors que je ne crois pas en un cadavre (celui de Jésus, celui des défunts ou le mien) qui revient à la vie ? » La question ainsi com­prise ne vise pas du tout à exclure, mais au contraire à écarter une exclusion trop souvent prononcée (à mon sens à tort). La réponse attendue, espérée, sollicitée n’est pas négative, mais positive. Quand je répondais « oui, on peut être chrétien sans croire à l’imagerie de l’après-mort », mes interlocuteurs étaient plutôt soulagés (pas forcé­ment convaincus). Céline Rohmer traite la question en néo-testa­mentaire […] Quand le Nouveau Testament parle de résurrection, de quoi s’agit-il ? D’une « parole », dit-elle, que chacun exprime « selon les langages et les représentations qu’il mobilise ». Le lecteur que je suis comprend : l’important ce ne sont pas les langages et les repré­sentations qui servent à la dire, c’est cette parole qui dit le sens du Christ dans mon existence ; ce sens est le « fait véritable, fondement et objet de la foi chrétienne ». Tout ce qu’on peut regretter c’est que son dernier paragraphe ne soit pas plus déve­loppé (le nombre de signes qui lui étaient imposés ne le lui permettait pas). Votre texte pose un problème redoutable : peut-on encore utiliser le langage néo-testamentaire pour dire le message du Nouveau Testa­ment, sans valider du même coup les images et les représentations, devenues inintelligibles et inaccep­tables, dont des siècles de tradition l’ont chargé (voire dont il est chargé primitivement) ? Pour reprendre les termes d’André Malet, cette image­rie est « une manière mythologique (que nous ne pouvons plus faire nôtre) de traduire la foi (que nous faisons nôtre) en Christ. On peut retenir [leur] intention… tout en refusant sa forme mythologique ». Est-ce possible ? À mon sens, il faut en tout cas, s’expliquer soigneuse­ment, ce que Céline Rohmer tente de faire dans cet article.

André Gounelle

La rubrique « Repères » est destinée à traiter des ques­tions classiques pour la foi chrétienne et à y donner des réponses qui puissent aider cha­cun, y compris ceux qui découvri­raient tout juste la foi chrétienne, à construire sa théologie. Évidem­ment, la question « Peut-on être chrétien sans croire à la résurrec­tion du Christ ? » est une question sur laquelle nous ne pouvions faire l’impasse. La poser, c’est déjà mon­trer à ceux qu’elle tourmente qu’ils ne sont pas les seuls à se la poser. Nous espérons que l’article de Céline Rohmer aura permis de lever cette inquiétude.

 

Raphaël Picon

La mort de Raphaël Picon, le 21 janvier, a bouleversé beaucoup de nos lecteurs. Voici quelques messages que nous avons reçus :

Je viens d’apprendre le décès de Raphaël Picon. Je voudrais dire toute mon affection pour cet homme qui m’a conduit dans une intelligence de la foi. Je voudrais dire qu’il va me manquer terriblement. Je voudrais dire qu’il est irremplaçable aujourd’hui, et pour cela, je le remercie : il oblige d’autres à se mettre en mouvement. Avec toute mon affection pour sa famille et ses amis. Ivan Mikolasek, Saint-Lézer.

Je suis resté tout ce week-end sans grande réaction, ma tête pleine de souvenirs des réunions d’Évangile et liberté durant lesquelles j’ai appris à connaître et à apprécier Raphaël. Aujourd’hui, j’ai simplement envie de dire « merci ». Didier Halter, Sion (Suisse).

Le décès de Raphaël Picon me bouleverse très profondément. Je veux adresser à la rédaction d’É & l mes très sincères condoléances. Je veux aussi vous confier le soin de relayer ces condoléances à son épouse et à leurs trois enfants. Raphaël Picon m’a profondément marqué par son intelligence lumineuse, par cette faculté si exceptionnelle de savoir rendre accessible des textes obscurs ou/et complexes, par ses prises de position claires, argumentées. Sa richesse était hors du commun, il contribuait à placer sur ce qui peut être le parcours personnel de chacun de nous des dispositifs réfléchissants (au double sens du terme) nous invitant à exercer notre discernement. Nous invitant à nous rendre perméables, poreux à la perception du plus possible de facettes de ce qui nous est offert ; facettes externes et internes ; facettes manifestées, facettes mystérieuses. Par sa manière d’aborder les textes et les situations, il nous rappelait que chaque facette n’annule pas les autres, ne les altère pas. Il nous invitait à appréhender ces facettes, en nous dévoilant comment elles peuvent contribuer à éclairer un peu plus, un peu mieux, notre intériorité. Raphaël Picon fait partie de celles et de ceux qui ont rendu pour moi incontournable la lecture d’É & l, faisant de chaque numéro un rendez-vous attendu chaque mois avec impatience. Que le Seigneur notre Dieu aide son épouse et leurs trois enfants, ainsi que tous ses amis à percevoir la tendresse de Sa Présence, qu’Il leur soit en aide. Bien fraternellement Norbert Prin, 74 Cran Gevrier.

Très touchée par le décès de Raphaël Picon et par son dernier message, je joins mes condoléances et mes prières à celles de Norbert Prin.Marie-Jeanne Lissonnet, Nevers.

À l’heure où É & l est en deuil suite au décès de Raphaël Picon, j’adresse à toute l’équipe du journal mes condoléances très attristées. Par la voix de James en chaire ce dimanche matin, les paroissiens de l’Oratoire ont appris la terrible nouvelle de son départ. Ses éditoriaux explosaient d’une foi intense et si éclairée. Je suis si triste et pense beaucoup à vous tous. Partagez mes fidèles amitiés. Evelyne Brun (Paroisse de l’oratoire du Louvre).

J’ai appris la terrible nouvelle hier. C’est une perte immense pour la pensée protestante réformée ; il est vain de mettre des mots sur cette effroyable injustice. Grâce au travail du pasteur Raphaël Picon notre religion avait pu se développer et convaincre des personnes d’entrer dans un temple. Je veux dire toute ma sympathie à l’équipe d’É & l, aux responsables de l’Institut Protestant de Théologie et à la famille du pasteur. Stéphane (Paroisse de l’oratoire du Louvre).

La page Facebook d’Évangile et liberté a également recueilli de nombreux témoignages de sympathie :

Je suis admiratif par la dignité de son dernier message et par tous les trésors qu’il nous laisse. J’en suis bénéficiaire parmi de nombreux autres. Merci pour ce que tu m’as donné ! Jacques Monteil

Mon Dieu, quelle tristesse ! Une grande perte théologique et humaine. Je l’avais croisé très rapidement à l’Oratoire. Il dégageait une grande douceur, une vraie gentillesse. Et ses livres ! Jean-Pierre Capmeil

Je suis également très touché par le décès de Raphaël Picon dont j’ai eu le loisir et le plaisir de lire de nombreux ouvrages. C’est une immense perte pour le Protestantisme Réformé et notre courant de pensée. Je joins mes condoléances et mes prières à celles de Norbert Prin et Marie Jeanne Lissonnet. Sierra

Je suis triste et en communion de prière. Alain Rochat

La nouvelle tombe comme un couperet. Nous le pensions en rémission ! Silence pour prendre en compte cette triste nouvelle. Ernest Winstein

 

« les valeurs ou le combat »

L’article « Parole juive » du rabbin David Meyer, publié dans notre numéro 294 (décembre 2015), fait réagir une collaboratrice de notre mensuel.

Lectrice régulière d’Évangile et liberté, je me réjouis de voir les pages de ce journal s’ouvrir à nos frères juifs, musulmans… Je me réjouis également devant le parti pris affiché, au lendemain des attentats contre la liberté de la presse, d’affirmer nos valeurs. La une d’É & l trône toujours chez moi, arme qui se détache sur un fond noir avec pour légende « ceci n’est pas une religion » et « tuer un homme, c’est toujours tuer un homme ». Je me réjouis de toutes ces paroles qui appellent à la paix et nous font réfléchir à ce que la Bonne Nouvelle signifie pour nous, aujourd’hui. En revanche, je suis en désaccord, quand je lis l’article « Les valeurs ou le combat » du rabbin David Meyer comme un appel à une guerre totale contre Daesh pour faire tomber l’entité politique qui sous-tend ce Califat. Il ne s’agit évidemment pas de faire de l’angélisme contre une menace bien réelle, mais ces mots peuvent-ils être lus comme des paroles de foi ? Quand le monde politique évoque chaque jour un peu plus la déchéance de nationalité comme les nazis imposaient autrefois l’étoile jaune, quand les unes de certains journaux se couvrent de barbelés, quand un homme d’Église appelle aux armes, loin de rassurer la chrétienne que je suis, ces réflexes de réclusion et de peur me renvoient vers des pages terribles de notre histoire. N’avons-nous vraiment rien appris ?