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Courrier des lecteurs

Numéro 332 Octobre 2019

En lisant le numéro 331 d’Évangile et liberté (août-septembre 2019), je note que, page 13, l’auteur écrit Boniface II au lieu de Boniface VIII, ce que tout lecteur de Dante aura rectifié de lui-même puisque le poète l’expédie en enfer, dans la troisième bolge du huitième cercle dédié aux simoniaques. Christian Dubreuil

Quelques réactions de lecteurs à la carte blanche de Laurent Gagnebin du n° 331 (août-septembre 2019) sur la grâce.

Laurent Gagnebin nous demande de ne pas abuser du mot « grâce ». Mais moi qui viens de l’Église catholique, j’ai dû abandonner tant de choses sur le bord du chemin (dogmes, rites, etc.) que je me suis attaché à cette belle image qu’a donnée Luther qui parle d’apporter ses péchés à Dieu qui les engloutit (Michée disait qu’il les piétine) et en contrepartie Dieu nous donne sa grâce ( le «joyeux échange» disait Luther), grâce qui nous permet de repartir vers nos frères. Si en effet le mot «charis» n’apparaît que peu dans les évangiles, une fois chez Jean, huit fois chez Luc (Marie pleine de grâce, l’enfant Jésus croissait en âge et en grâce), la grâce est pour moi le signe de l’amour de Dieu qui nous la donne comme une forme de son dynamisme créateur. De grâce Laurent (je vous appelle par votre prénom, car vous m’avez tant donné par vos écrits que je vous sens très proche de moi) de grâce laissez-moi la grâce!» François Thiria

Laurent Gagnebin est convaincant dans sa dénonciation de la conception judiciaire de la grâce. Il est sain de rappeler le contexte historique qui a fait émerger cette conception et de récuser l’image du Dieu justicier qui exige une rançon. Il est donc sage d’inviter à ne pas abuser du mot « grâce ». Toutefois faut-il, de là, en venir à « faire une pause « dans l’utilisation du mot « grâce » ? Cette utilisation ne devrait jamais être automatique mais il serait dommage de se priver d’un concept qui a un autre sens que judiciaire. La grâce, c’est certes la remise de dette mais c’est aussi l’élégance, la légèreté, le contraire de la pesanteur. Admettons de renoncer à dire que nous sommes graciés, conservons l’invitation à être gracieux. Je ne l’entends évidemment pas au seul sens esthétique, nul n’est tenu d’être danseur étoile. Mais la notion de grâce me semble précieuse pour dire l’idéal relationnel, existentiel même, que promeut un certain Jésus de Nazareth. C’est avec grâce qu’il accueille les petits, les faibles, les malades qui viennent vers lui ou qu’on lui envoie. L’idée d’un salut par la grâce n’est pas obsolète si on comprend que nous vivrions mieux en mettant plus de légèreté dans nos vies, en dramatisant moins les petites misères de l’existence, en appréciant mieux la beauté du monde. Dans un contexte de pesanteurs accablantes, celles du terrorisme, de l’asphyxie de la planète, de l’extinction des espèces, de l’avidité sans fin de certains, ne nous privons pas d’en appeler à la grâce, grâce qu’il nous appartient à tous d’introduire dans nos vies et dans nos relations. Certes, on peut objecter qu’il y a là un détournement de vocabulaire. Nos théologies judiciaires sont évidemment à mille lieues de ce sens. Pourtant, je crois qu’une théologie de la grâce est encore possible ; elle réformerait la réforme, reviendrait au sens premier des mots. Le grec « charis » désigne simplement ce qui réjouit et qui charme, le latin « gratia » dit d’abord le remerciement. Ne faisons pas de pause dans l’usage et la promotion de ces mots. Sylvie Queval

J’apprécie beaucoup les articles de Laurent Gagnebin dans Évangile & liberté. Celui où il demande de ne pas abuser du mot « grâce » me semble un vrai résumé de sa compréhension (et de la mienne) de l’Évangile. On a trop souvent une conception judiciaire de l’Évangile. Paul était un juriste (« Il n’y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en JC » – Et les autres ? est-on tenté de lui demander !), alors que Jésus ne l’était pas. Il se référait plutôt aux catégories de pur et de l’impur, accueillant ce que ses contemporains considéraient comme impur, disant à une femme qui l’avait touché « Ta foi t’a sauvée ». (On se demande aujourd’hui quelle pouvait être cette foi, puisque la foi chrétienne n’existait pas encore. Je pense que c’était simplement confiance et amour). D’ailleurs le mot « grâce » qu’on utilise à tort et à travers dans nos Églises n’a-t-il pas perdu son sens juridique? «Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ…» est compris comme «l’amour de notre Seigneur» et non comme la levée d’une condamnation. François de Vargas

 

 

Numero 331 août-septembre 2019

Michel Miaille, Professeur honoraire à la Faculté de Droit et Science Politique de l’Université de Montpellier, nous fait part de remarques sur l’article « Église et État », de Marc Lienhard (326 février 2019).

Michel Miaille observe que ni l’Église, ni l’État, n’ont recouvert les mêmes réalités au fil des siècles. Par conséquent « les catégories qui nous sont familières (l’Église et l’État) méritent d’être historicisées, sans quoi on donne le sentiment qu’entre ces deux “réalités” en soit, s’organisent des rapports variables. Ce ne sont pas seulement les rapports qui changent, mais les entités. » Par ailleurs, p. 16, Michel Miaille relève que « l’Édit de Nantes ne « soustrayait » pas les protestants à l’autorité du roi. « C’est un édit royal qui soumet les protestants à la volonté royale, qui décide des limites dans lesquelles la liberté des protestants est enfermée. D’ailleurs, l’application minutieuse de cet Édit sous Louis XIII et plus encore sous Louis XIV (avant la révocation) montrera bien combien la volonté royale prédomine dans l’interprétation des bornes posées à la liberté de croyance et de culte ! » Un peu plus loin, « la Déclaration des Droits de l’Homme d’août 1789 ne proclamait nullement la tolérance, mais la liberté, ce qui est une toute nouvelle manière d’envisager le problème. Faut-il rappeler le discours de Rabaut Saint-Étienne qui défend énergiquement la demande de liberté : “la tolérance ! ce mot devrait être, et il le sera un jour, supprimé de notre vocabulaire”. Jusqu’alors, la seule manière de présenter le problème, c’est d’affirmer la légitimité du seul culte catholique et la tolérance pour les autres. Désormais, tous les cultes sont légitimes aux yeux de la loi, pourvu que l’ordre public ne soit pas touché. »

Pierre Manivit réagit à l’article de Jean-Claude Déroche sur l’Ascension (330 juin-juillet 2019)

L’Ascension comme le dit Jean Claude Deroche, n’est plus célébrée dans toutes les paroisses. Pourquoi cette désaffection, comme si on avait oublié de programmer ce culte qui avait lieu naguère, ou comme si on avait un peu honte de fêter celui qui est monté au ciel sans fusée. Peur de convoquer ce « miracle » illustré par des peintres avec plus ou moins de fantastique. Ce n’est le mécanisme du phénomène qui nous intéresse, mais l’Ascension comme pertinence du message confié aux disciples, et comme présence invisible, dit Jean-Claude Déroche. Si nous gardons Noël, il est vrai bien revisité en fête de famille, il serait cohérent de fêter aussi le départ, la fin, car l’Ascension a des sens multiples qui justifient qu’on ne la néglige pas. Laissés seuls les disciples sont-ils abandonnés ? Vivre sans Dieu peut être désespérant comme dans l’attente des vierges folles, comme dans la parabole des vignerons ou des talents. On rejoint Jean-Claude Déroche quand il dit « ne pas s’enfermer » : certains s’engagent dans la politique, d’autres dans des ONG, pour vivre une vie au service d’autres, avec une responsabilisation ancrée dans le monde, dans la vie : sans oublier « la présence », sans non plus en faire trop parce qu’on ne pourra tout faire avec la « perfection » dont parle James Woody pour un conseiller paroissial « idéal » ou peut être « optimal ».

Numéro 327 mars 2019

La disparition des Églises libérales ?

J’aimerais réagir à l’article d’Henrik Lindell (Évangile & liberté n° 324, décembre 2018, p. 20) sur la disparition des Églises libérales : ces propos font écho chez moi à ce que nous disons des soins palliatifs qui pour nous sont amenés à disparaître lorsque l’ensemble des soignants en sont imprégnés ! Ce ne sont pas les libéraux qui disparaissent mais peutêtre leur désir de faire Église. Cette foi inébranlable, profonde et personnelle, a-t-elle besoin des assemblées rituelles ? Nous avons besoin de nous retrouver pour dialoguer mais peut-être pas pour satisfaire aux rites dominicaux. Quant à son affirmation « nos contemporains ont soif de Dieu », je ne l’entends pas du tout sauf effectivement dans les populations non éduquées, qui ont besoin de « croyances magiques ». Cette assertion fait état d’un Dieu extérieur à l’homme qui n’est peut-être pas celui des libéraux. Le jour où Dieu sera vraiment en nous tous, que nous saurons comment entretenir son souffle et sa flamme dans chacun de nous, aurons-nous besoin de l’adorer comme un Dieu païen ? Cultivons l’échange dans la fraternité, le « réarmement » de celles et ceux qui ne se sentent plus « habités » par cette incroyable force intérieure. Dominique Jaulmes

 « Non-personnel » et intentionnalité

Je profite de l’article « Du chaos à l’harmonie » (Évangile & liberté n° 325, janvier 2019, p. 20) pour transmettre à Jean-Marie de Bourqueney une question, qui évoque « l’intentionnalité divine ». Celle-ci me semble s’accorder plutôt avec un Dieu personnel (ou supra-personnel en pensant à Paul Tillich), de même que l’usage de la persuasion (avoir un « plan », une « volonté », notions que l’on retrouve
dans le livre d’André Gounelle sur la théologie du Process). Pourtant, aux journées d’Évangile & Liberté (La Grande Motte, octobre 2018, NDLR), j’avais cru comprendre que, tout en adhérant à la théologie du Process, il privilégie l’idée d’un Dieu énergie, d’un principe actif qui ne serait pas personnel. Comment articuler « non-personnel » avec intentionnalité ? Laurence Agati

Réponse de J.-M. de Bourqueney :

Comment concilier « intention » et « dépersonnalisation » de Dieu ? Je n’ai probablement pas encore résolu cette question mais je ferais deux remarques : Paul Tillich, du moins je l’imagine, devait se poser la même question. Son « supra-personnalisme » fut une manière de sortir du piège de l’anthropomorphisme théologique (le Dieu grand-père barbu…), tout en maintenant, comme il le dit, l’idée d’une « relation », personnelle et personnalisée. Toutefois, cette réponse, ô combien cohérente, appuyée, argumentée de manière magistrale, me paraît (est-ce présomptueux ?) insuffisante. En effet, il me semble qu’associer, de manière systématique « intention » ou « relation » à la notion de personne est peut-être l’ultime forme de l’anthropomorphisme. N’y a-til vraiment que les « personnes » qui soient capables d’intention ou de relation ? Je tente une réponse, sans doute insuffisante et partielle, en répondant qu’il peut exister de l’intentionnalité en dehors de la notion de personne. Il me semble que l’on peut concilier « dépersonnalisation » de Dieu et force de proposition. Sans doute alors, peut-on
« imaginer » une forme d’énergie vitale avec un but (« enjoyment » dans le Process, que je traduis par le néologisme « jubilescence ») qui soit une forme d’énergie de proposition, c’est-à-dire en même temps force d’intention et moyen d’y parvenir, processus qui va du chaos vers l’harmonie. Il me semble de surcroît que cela correspond à nos situations réelles de vie : lorsque nous « rebondissons » (résilience) après un drame ou même après les difficultés du quotidien, est-ce que « quelqu’un » (une « personne ») nous a fait des propositions ? En d’autres termes, je veux concilier un Dieu « personnalisé », dans le sens d’une démarche de foi intime, avec celle d’un Dieu « énergie », dans le sens de ce qui vous donne l’énergie de la résilience. Jean-Marie de Bourqueney

 

Raphaël Picon

La mort de Raphaël Picon, le 21 janvier, a bouleversé beaucoup de nos lecteurs. Voici quelques messages que nous avons reçus :

Je viens d’apprendre le décès de Raphaël Picon. Je voudrais dire toute mon affection pour cet homme qui m’a conduit dans une intelligence de la foi. Je voudrais dire qu’il va me manquer terriblement. Je voudrais dire qu’il est irremplaçable aujourd’hui, et pour cela, je le remercie : il oblige d’autres à se mettre en mouvement. Avec toute mon affection pour sa famille et ses amis. Ivan Mikolasek, Saint-Lézer.

Je suis resté tout ce week-end sans grande réaction, ma tête pleine de souvenirs des réunions d’Évangile et liberté durant lesquelles j’ai appris à connaître et à apprécier Raphaël. Aujourd’hui, j’ai simplement envie de dire « merci ». Didier Halter, Sion (Suisse).

Le décès de Raphaël Picon me bouleverse très profondément. Je veux adresser à la rédaction d’É & l mes très sincères condoléances. Je veux aussi vous confier le soin de relayer ces condoléances à son épouse et à leurs trois enfants. Raphaël Picon m’a profondément marqué par son intelligence lumineuse, par cette faculté si exceptionnelle de savoir rendre accessible des textes obscurs ou/et complexes, par ses prises de position claires, argumentées. Sa richesse était hors du commun, il contribuait à placer sur ce qui peut être le parcours personnel de chacun de nous des dispositifs réfléchissants (au double sens du terme) nous invitant à exercer notre discernement. Nous invitant à nous rendre perméables, poreux à la perception du plus possible de facettes de ce qui nous est offert ; facettes externes et internes ; facettes manifestées, facettes mystérieuses. Par sa manière d’aborder les textes et les situations, il nous rappelait que chaque facette n’annule pas les autres, ne les altère pas. Il nous invitait à appréhender ces facettes, en nous dévoilant comment elles peuvent contribuer à éclairer un peu plus, un peu mieux, notre intériorité. Raphaël Picon fait partie de celles et de ceux qui ont rendu pour moi incontournable la lecture d’É & l, faisant de chaque numéro un rendez-vous attendu chaque mois avec impatience. Que le Seigneur notre Dieu aide son épouse et leurs trois enfants, ainsi que tous ses amis à percevoir la tendresse de Sa Présence, qu’Il leur soit en aide. Bien fraternellement Norbert Prin, 74 Cran Gevrier.

Très touchée par le décès de Raphaël Picon et par son dernier message, je joins mes condoléances et mes prières à celles de Norbert Prin.Marie-Jeanne Lissonnet, Nevers.

À l’heure où É & l est en deuil suite au décès de Raphaël Picon, j’adresse à toute l’équipe du journal mes condoléances très attristées. Par la voix de James en chaire ce dimanche matin, les paroissiens de l’Oratoire ont appris la terrible nouvelle de son départ. Ses éditoriaux explosaient d’une foi intense et si éclairée. Je suis si triste et pense beaucoup à vous tous. Partagez mes fidèles amitiés. Evelyne Brun (Paroisse de l’oratoire du Louvre).

J’ai appris la terrible nouvelle hier. C’est une perte immense pour la pensée protestante réformée ; il est vain de mettre des mots sur cette effroyable injustice. Grâce au travail du pasteur Raphaël Picon notre religion avait pu se développer et convaincre des personnes d’entrer dans un temple. Je veux dire toute ma sympathie à l’équipe d’É & l, aux responsables de l’Institut Protestant de Théologie et à la famille du pasteur. Stéphane (Paroisse de l’oratoire du Louvre).

La page Facebook d’Évangile et liberté a également recueilli de nombreux témoignages de sympathie :

Je suis admiratif par la dignité de son dernier message et par tous les trésors qu’il nous laisse. J’en suis bénéficiaire parmi de nombreux autres. Merci pour ce que tu m’as donné ! Jacques Monteil

Mon Dieu, quelle tristesse ! Une grande perte théologique et humaine. Je l’avais croisé très rapidement à l’Oratoire. Il dégageait une grande douceur, une vraie gentillesse. Et ses livres ! Jean-Pierre Capmeil

Je suis également très touché par le décès de Raphaël Picon dont j’ai eu le loisir et le plaisir de lire de nombreux ouvrages. C’est une immense perte pour le Protestantisme Réformé et notre courant de pensée. Je joins mes condoléances et mes prières à celles de Norbert Prin et Marie Jeanne Lissonnet. Sierra

Je suis triste et en communion de prière. Alain Rochat

La nouvelle tombe comme un couperet. Nous le pensions en rémission ! Silence pour prendre en compte cette triste nouvelle. Ernest Winstein

 

« les valeurs ou le combat »

L’article « Parole juive » du rabbin David Meyer, publié dans notre numéro 294 (décembre 2015), fait réagir une collaboratrice de notre mensuel.

Lectrice régulière d’Évangile et liberté, je me réjouis de voir les pages de ce journal s’ouvrir à nos frères juifs, musulmans… Je me réjouis également devant le parti pris affiché, au lendemain des attentats contre la liberté de la presse, d’affirmer nos valeurs. La une d’É & l trône toujours chez moi, arme qui se détache sur un fond noir avec pour légende « ceci n’est pas une religion » et « tuer un homme, c’est toujours tuer un homme ». Je me réjouis de toutes ces paroles qui appellent à la paix et nous font réfléchir à ce que la Bonne Nouvelle signifie pour nous, aujourd’hui. En revanche, je suis en désaccord, quand je lis l’article « Les valeurs ou le combat » du rabbin David Meyer comme un appel à une guerre totale contre Daesh pour faire tomber l’entité politique qui sous-tend ce Califat. Il ne s’agit évidemment pas de faire de l’angélisme contre une menace bien réelle, mais ces mots peuvent-ils être lus comme des paroles de foi ? Quand le monde politique évoque chaque jour un peu plus la déchéance de nationalité comme les nazis imposaient autrefois l’étoile jaune, quand les unes de certains journaux se couvrent de barbelés, quand un homme d’Église appelle aux armes, loin de rassurer la chrétienne que je suis, ces réflexes de réclusion et de peur me renvoient vers des pages terribles de notre histoire. N’avons-nous vraiment rien appris ?