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La concurrence des récits

 

Il n’y a jamais eu dans le judaïsme l’idée d’une cohérence telle que nous la concevons. L’ensemble se construit sur le principe d’une « concurrence » des récits, et le sens est produit par la présence de ces parallèles, ces contradictions, ces reprises […] la Bible donne à lire et à interpréter indéfiniment l’histoire même de sa constitution, de ses adaptations, faisant de chacun de ses lecteurs, au fil des générations, le responsable parmi d’autres de sa compréhension et de sa cohérence. »

Pour le démontrer, Thomas Römer, professeur au Collège de France, et Frédéric Boyer, à qui l’on doit l’édition de la Nouvelle Traduction de la Bible en 2001 (Bayard), ont choisi des textes qui révèlent une écriture s’étalant sur plusieurs siècles sans que quiconque veuille le masquer, au point que l’on conserve « les traces des discussions à l’œuvre » dans la constitution du corpus biblique, et qui répondent « à des questions qui sont toujours les nôtres : les débuts du monde et de l’humanité, le peuplement de la terre, les limites de notre condition, notre sexualité et notre rapport aux autres vivants, la présence de la violence parmi nous… ». Ainsi, « il n’y a jamais de réponse univoque ».

Le premier chapitre traite du conflit d’interprétations produit par la juxtaposition de deux récits de création, « pour tenter de saisir et transmettre nos différentes façons de vivre notre relation avec la divinité ». Puis viennent de grandes figures pleines de contradictions : Abraham, Moïse, Jacob, Joseph. Est aussi analysé le rapport à la terre, promise, donnée, conquise, selon que l’on lise l’Exode ou Josué, et la royauté diversement perçue.

Il est aussi bien démontré que la polysémie provient à la fois des textes qui se répondent et se citent, et de leur agencement pour former la Bible.

Sans le dire, les auteurs offrent une sorte de cas pratiques d’exégèse historico-critique et une introduction à la formation de la Bible hébraïque. Ils invitent également les lecteurs à se risquer au « travail vivant de l’interprétation » puisqu’il y a concurrence des récits et que la Bible peut en cacher une autre.

Thomas Römer, Frédéric Boyer, Une Bible peut en cacher une autre. Le conflit des récits, Paris, Bayard, 2021, 213 pages.

 

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À propos Olivier Guivarch

est secrétaire national d’une fédération syndicale de salariés, après avoir étudié la théologie protestante et exercé le métier de libraire. Il participe au comité de rédaction depuis 2004.

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