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Préserver malgré la pandémie

 

Alain Mahaud : Pourriez-vous nous dire quelques mots sur l’histoire et la mission du CASP ?

Antoine Durrleman : En 1905, est créée l’Association de bienfaisance parmi les protestants de Paris, ancêtre du CASP. À partir des années 70 l’institution s’ouvre à toutes les détresses, sans distinction confessionnelle. Aujourd’hui, le CASP compte près de 600 salariés et 250 bénévoles et aide 80 000 personnes. Centrées historiquement sur l’hébergement de personnes isolées et désocialisées, ses activités se sont élargies vers les familles monoparentales, les familles en demande d’asile et vers des activités d’accompagnement – accueils de jour, service RSA, centre social, accès aux droits… Le CASP est à la fois un « urgentiste » et un promoteur d’insertion. L’urgence répond à la première nécessité ; l’insertion est un travail de fond, qui vise à l’autonomie de la personne.

Nous voulons garder un esprit aventurier pour combattre l’inacceptable quel qu’il soit. Nous n’hésitons pas à aller vers des champs d’action qui font peur à d’autres. Par exemple, nous nous occupons de mineurs étrangers qui vivent dans la rue à Paris et sont complètement perdus, désemparés, sans aucun repère. Nous essayons de tisser des liens avec eux, pour pouvoir les aider dans tous les domaines dont ils ont besoin.

 A.M. : Comment avez-vous pu fonctionner et rester opérationnels au cours de cette année de pandémie ?

 A.D. : Grâce à la fourniture de gel et de masques par des entreprises et associations partenaires, nous avons pu très tôt fournir le nécessaire à nos équipes et éviter ainsi les situations dramatiques parfois observées ailleurs. Toutes nos structures d’hébergement sont restées ouvertes. Je voudrais saluer la mobilisation extraordinaire des salariés du CASP. Beaucoup, bien qu’en télétravail, sont venus d’eux-mêmes aider leurs collègues sur le terrain. Nous avons dû transformer notre accompagnement social, traditionnellement de proximité, en accompagnement à distance, via le téléphone et les outils digitaux. Nous avons aussi mis à niveau notre informatique, ce qui nous a permis de renforcer nos actions de soutien scolaire « en distanciel ».

 A.M. : La pandémie a-t-elle modifié les attentes, les besoins, les comportements ?

 A.D. : Avant la pandémie, nous étions allés voir les pouvoirs publics pour protester contre le fait qu’il y avait de plus en plus de familles dans la rue et que la situation était inacceptable. Pendant le premier confinement, de nombreuses personnes ont été relogées. Mais après, elles ont dû revenir dans la rue. Nous avons fait des démarches auprès d’hôtels qui étaient désertés par les touristes. Six ont accepté que nous les louions intégralement. Nous aurons pu loger environ 1 500 personnes.

Éprouvant des difficultés psychologiques, beaucoup de personnes n’avaient même plus la force de venir nous voir, même quand elles avaient faim. Pour aller au-devant d’elles, nous avons développé une action avec l’Armée du Salut. Deux fois par jour, nous avons distribué des paniers-repas et des produits d’hygiène sur la Place de la Bastille.

A.M. : La pandémie modifie-t-elle les comportements et les solidarités ?

 A.D. : Nous devrons faire évoluer les politiques sociales car l’on perçoit que malgré leur niveau, elles montrent leurs limites. Mais nous avons aussi observé des élans et des formes de solidarité, une attention aux autres que nous n’avions jamais vus. Il y a également eu une prise d’initiative accrue des personnes accueillies dans nos centres. C’est très positif. Cela questionne nos pratiques : comment leur donner plus de responsabilités ? Peut-être que cette crise, au fond, nous fera collectivement changer en bien. Bien que laïque dans son action, le CASP n’oublie jamais que ses convictions se fondent sur l’Évangile. Notre rôle est de créer, pour ceux qui ont tout perdu, les conditions qui leur permettent de se remettre debout et d’avancer sur leur propre chemin de vie. C’est cela que le CASP et ses acteurs gardent chevillé au plus profond d’eux-mêmes.

Propos recueillis par Alain Mahaud

 

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À propos Antoine Durrleman

préside depuis 2009 le Centre d’action sociale protestant. Il était jusqu’à récemment président de la chambre sociale de la Cour des comptes, après avoir notamment dirigé l’ENA et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

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