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Les assassins seront-ils sauvés ?

 

La mode actuelle est à l’universalisme généreux, tout le monde sera sauvé… Mais le passage aux limites pose problème. Qu’en sera-t-il en effet d’Hitler, de Judas ou d’assassins ignobles ?   Or dans l’Évangile, tout le monde n’est pas sauvé, il y a des pécheurs envoyés dans la Géhenne. Mais quel est le critère ? La quantité de bien ou de mal fait pendant sa vie, la repentance, la foi ? Il est difficile de trouver une réponse univoque à la question du critère du salut. On serait tenté de dire que tout pécheur peut être pardonné tant qu’il se repent. C’est vrai pour le bon larron ou le fils prodigue, mais est-ce sans limite ? Si Judas s’était repenti aurait-il pu être pardonné ? Jésus semble dire le contraire (Marc 14 :21). Et à l’inverse, la femme adultère est accueillie par Jésus sans qu’elle exprime le moindre remords ou demande pardon. La tradition protestante a voulu insister sur la foi en Jésus Christ comme critère du salut. Mais outre le fait que c’est faire alors de la foi une œuvre qui sauve, le jugement des Nations en Matthieu 25 démontre que ce n’est pas vrai : les bons sauvés disent ne même pas connaître le Christ ! Ils ont vécu concrètement l’accueil et l’amour du prochain.

La question est insoluble tant qu’on considère le jugement comme séparant l’humanité en deux parts, les sauvés et les perdus. Si le salut ne vient que de Dieu indépendamment de l’homme, alors pourquoi pas : Dieu choisit qui il veut envoyer au paradis ou en enfer. C’est la théologie de la double prédestination de Calvin qui résout radicalement le problème. Mais cet arbitraire de Dieu est insupportable. Et comment envisager un père qui aime chacun de ses enfants et choisit d’en envoyer certains souffrir les peines éternelles ?

Il faut donc penser que l’homme n’est pas pour rien dans son salut : sa foi, sa repentance, son acceptation de la grâce, l’amour qu’il a vécu ou partagé, tout cela semble y contribuer. Mais comment séparer les bons des mauvais ? Personne n’est tout bon ou tout mauvais. Même la foi n’est pas de l’ordre du tout ou rien. Et si l’on doit couper l’humanité entre les sauvés et les perdus, le pire des sauvés doit ressembler beaucoup au meilleur des réprouvés ! Il y a un continuum dans l’humanité entre le pire et le meilleur, il est impossible de fixer une limite quelque part.

Une solution se trouve dans I Corinthiens 3 où Paul nous parle du jugement comme n’opérant pas une séparation entre les uns et les autres, mais intervenant en chacun. Pour lui tout le monde est sauvé mais « comme au travers le feu », c’est-à-dire non de la même manière. Il y a dans la vie de chacun des choses de valeurs différentes et Dieu ne garde que le meilleur : le reste est brûlé et oublié.

Pour être perdu totalement, il faudrait qu’il n’y ait dans la vie de quelqu’un absolument rien de bon. Est-ce possible ? Ainsi Dieu sauve le pécheur mais non son péché avec lui. Tout ce qui n’est pas bon dans notre vie, Dieu l’envoie dans la Géhenne (décharge publique de Jérusalem) ; pas la peine de s’encombrer éternellement de ce qui ne vaut rien ou de ce qui fait souffrir. Dieu conserve dans son grenier le bon grain : c’est tout ce qui dans notre vie est grâce, amour, pardon, foi, paix et générosité. Et la paille est brûlée, elle ne sert à rien. Il n’y a donc pas de punition, juste le salut ou l’oubli, et cela s’opère dans l’être de chaque humain.

Ainsi Dieu garde-t-il la mémoire de chacun de ses enfants et c’est en cette mémoire que nous sommes sauvés. Mais Dieu a la bonté de ne se souvenir que du bien et d’oublier le mal.

 

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À propos Louis Pernot

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est pasteur de l’Église Protestante Unie de France à Paris (Étoile), et chargé de cours à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.

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