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Les Etats Généraux de la bioéthique (III)

LE POINT DE VUE DE PROTESTANTS

Enfin, un autre sujet abordé dans ces Etats Généraux de Bioéthique, le transhumanisme. Dans son article LE TRANSHUMANISME OU LA PROMESSE DE LA MORT DE LA MORT ? dans l’hebdomadaire protestant d’actualité « Réforme » (N° 3748, 5 avril 2018) Vincens Hubac (Pasteur de l’EPUDF) écrivait : « Combien sont-ils ceux qui ne meurent pas dans la mémoire des hommes ? Paradoxalement, la mort fait vivre, et l’éliminer de notre horizon change fondamentalement les données de la vie, du psychisme, de la pensée et de la société. En développant l’idée de la mort de la mort, le transhumanisme lance un défi à l’humanité et au christianisme en particulier. Le fantasme de l’égalité avec Dieu et de l’immortalité est dénoncé dans la Bible comme idolâtre et destructeur. A la toute puissance rêvée, Jésus propose l’amour et la liberté. Ces voies sont peut-être celles qui conduisent à la sagesse dont le transhumanisme a besoin ».
Jean-Gustave HENTZ (Praticien hospitalier honoraire des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg – Président de la commission Ethique et Société de la FPF) anticipant la déclaration de la FPF sur l’AMP et la GPA (cf. ci-dessous) déclarait dans son interview dans Réforme (hebdomadaire protestant d’actualité N° 3738 du 25 janvier 2018) : « Le sujet de la procréation médicalement assistée et de la gestation pour autrui est largement débattu au sein du protestantisme. Ce n’est pas un problème tant qu’il s’agit d’un couple hétérosexuel avec les gamètes du couple. L’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de lesbiennes suscite des débats au sein du protestantisme. Quid de la place du père dans ces cas ? Est-ce qu’il y a un droit à l’enfant ? Pourquoi les femmes lesbiennes ne peuvent-elles pas avoir la possibilité de faire un enfant comme les autres femmes ? Se pose aussi la question de la levée de l’anonymat des dons d’ovocytes qui risquent de faire baisser le nombre de donneurs ».

Enfin, la commission Ethique et Société de le FPF vient de produire un document « Interpellations protestantes sur l’AMP et la GPA » qui a été adressé au CCNE le mercredi 11 avril 2018. Dans la production de ce texte, fruit d’un travail collectif, les diverses sensibilités luthéro-réformées et évangéliques au sein de la Commission ont été un atout et non un obstacle. Sur le mode de l’interpellation des consciences et des pouvoirs publics, le protestantisme est dans son rôle de « vigie de la république » en contribuant aux débats. En proposant ce document, les protestants avec leurs diverses sensibilités sont parties prenantes de ces débats et choix de société.

Il y est notamment écrit dans le résumé : « Les protestants participent au débat sociétal sur l’AMP et la GPA non pour défendre une position qu’ils voudraient imposer à la société mais pour contribuer, à côté et avec d’autres, à la recherche de solutions respectant notre commune humanité et les droits de l’enfant. Les protestants souhaitent que le débat démocratique sur ces questions sociétales respecte non seulement le droit à l’opinion dissidente, mais aussi le droit à ce que les désaccords avec l’opinion majoritaire ne soient pas d’emblée disqualifiés comme « réactionnaires ». Ils adressent à la société et aux autorités ces interpellations dans un esprit de liberté critique par rapport à tous les lobbies. Le possible n’est pas forcément le souhaitable et il n’est pas forcément légitime de répondre à tous les désirs. Sur l’extension de l’AMP et sur la GPA, l’opinion des protestants est très partagée avec des majorités et des minorités significatives dans chaque catégorie de répondants. L’état de l’opinion sur ces questions, que ce soit celle des protestants ou celle des Français, est utile à connaître mais elle n’a aucune valeur normative.».

Mais en mettant en avant, malgré tout, cette vieille antienne selon laquelle « Ces interpellations protestantes en bioéthique, comme celles en éthique sociale et en éthique environnementale, reposent sur la conviction que la vie est un don de Dieu (c’est moi qui souligne), que l’être humain est un être en relation, qu’il faut se soucier de la protection des plus faibles et ne jamais oublier la justice sociale », tout en affirmant que : « le protestantisme récuse aussi bien une éthique purement naturelle selon laquelle ce qui est, est ce qui doit être, qu’une éthique technicienne selon laquelle ce qui est faisable est ce qui doit se faire ». Et poursuivant : « La théologie protestante insiste sur le fait que le but du mariage est une relation conjugale d’amour et non seulement de procréation. Les enfants sont une grâce de Dieu faite au couple et non un dû (c’est moi qui souligne). Dans les Ecritures, il est aussi question d’une stérilité choisie, féconde pour le Royaume de Dieu. Dans la Bible, il est question de maternités et de paternités spirituelles et non charnelles, d’adoption choisie, librement consentie. Il est important d’évaluer les techniques de procréation et leur emploi à la lumière de leur capacité à préserver ou non le respect des liens humains de couple et de filiation qui nous tissent ».

Et pour conclure ce résumé, en posant la question : « Doit-on encourager par la loi l’évolution vers une médecine visant à satisfaire des souhaits, à répondre au désir d’enfant de personnes dans des situations particulières (femmes célibataires, couples de femmes) ? » la commission répond aussitôt en affirmant : « La commission est réticente à l’ouverture de l’insémination artificielle à des femmes célibataires ou à des couples de femmes qui ne sont pas infertiles. Il nous paraît en effet dangereux d’encourager la fabrication d’enfant à la demande et les situations qui privent volontairement un enfant de son père et pourraient l’exposer à des risques psychologiques et à des discriminations sociales. Il en va également de notre responsabilité à l’égard des générations futures. La commission s’oppose à la GPA parce qu’elle paraît nier le lien biologique entre la mère gestatrice et l’enfant, parce qu’elle risque de développer la commercialisation de la reproduction et d’exploiter les femmes donneuses d’ovules ou mères de substitution, parce qu’elle mettrait les enfants dans une situation ambiguë ». Voilà une singulière manière de fermer le débat sur l’insémination artificielle (même avec prudence en n’exprimant qu’une réticence), en s’opposant en fait d’emblée à la possibilité pour toutes les femmes (aussi bien hétérosexuelles, qu’homosexuelles ou célibataires) de bénéficier de l’AMP, en ne la laissant disponible qu’aux seuls couples hétérosexuels, ce qui est tout à fait discriminatoire.

En conclusion, je voudrai citer ce propos à mes yeux éclairant de Jean Louis Schlegel (Sociologue des religions, co-directeur de la rédaction de la revue Esprit) : « La liberté protestante crée un débat ouvert, avec des préférences peut-être mais aussi une incertitude basique quant aux solutions à adopter ou aux choix à faire et aux parole à dire. Peut-être le premier avantage de la liberté protestante est-il de pouvoir respecter, dans l’exposé des « faits », la célèbre « neutralité axiologique » dont parlait Max Weber dans Le Savant et le politique, c’est-à-dire l’exposition honnête des faits sans y mêler d’emblée des jugements de valeur ».

N.B. : On peut accéder aux textes « Ethique » de la Fédération Protestante de France sur le site « www.protestants.org » (colonne de gauche, cliquer sur « société »; ouverture de l’onglet et cliquer sur « Ethique ») ou en cliquant sur ce lien.

À propos Bernard Calvino

Né en 1950, Universitaire à la retraite, Professeur de Neurophysiologie honoraire, spécialiste de la douleur.

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