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Evangile et liberté, éditorial du 12 juin 1968

Dans les colonnes de ce numéro, et comme il a été annoncé précédemment, nous avons cherché à voir clair et à formuler quelques aspects de notre pensée en relation avec les événements que nous vivons.

Chacun comprendra qu’il nous était difficile de paraître plus rapidement. Cependant, tous, peut-être, ne souscriront pas à tout. Qu’importe ! On ne réduit jamais la pensée des hommes au même dénominateur. Sous des formes diverses, il paraît nécessaire de chercher à discerner comment s’exprime un profond appel de justice et d’écouter tant d’hommes et de jeunes dont la volonté se situe au niveau de la dignité et de la responsabilité. Notre vocation et particulièrement celle de ce journal consistent à ne pas nous laisser enfermer par des habitudes, des conformismes, des rites mais à être ouverts à toute pensée disponible à tout homme, à découvrir avec les hommes des chemins toujours nouveaux qui mèneront vers un légitime épanouissement spirituel et temporel.

Les faits sont difficiles à cerner ou à interpréter. Les courants d’esprit sont parfois masqués. Comme dans tant de mouvements humains on trouve la perle et la boue. « L’homme est un mélange de misère et de grandeur » disait Pascal. Nous ne vivons pas seulement « une crise de la civilisation » mais une crise de l’être, une crise de la personne humaine et, au plus profond, une crise du sens de son existence.
Nous n’avons, ici, ni à soutenir, ni à exprimer une option politique quelconque. Nous ne saurions prendre parti pour un parti ! Que cela soit bien clair Notre journal n’est pas fait pour cela. Son rôle consiste à découvrir une forme de pensée, d’action et de foi qui conduise vers une plus large fidélité évangélique : un dépassement de l’amour. A partir de là, il appartient à chacun de tirer sa propre conclusion.

Retenons simplement le titre de ce journal : Evangile et Liberté.
Chaque fois que les hommes se laissant aller à la haine, là où l’homme dit guerre à son frère, il n’y a plus ni évangile ni liberté.
Chaque fois que les hommes se jugent sans souci de se comprendre : lorsqu’ils refusent de se connaître mutuellement, de s’entendre, de reconnaître les valeurs que portent les autres, il n’y a ni évangile ni liberté.
Chaque fois que l’action des hommes se manifeste sans respect de l’honneur de l’homme, sans se soucier du droit légitime du « plus petit » à vivre sa dignité, sans tenir compte des principes élémentaires de justice, il ‘y a ni évangile ni liberté.
Chaque fois que l’on fait croire à l’homme qu’il ne peut être religieux et chrétien qu’en fonction d’une adhésion intellectuelle et explicite et contrôlée, irraisonnée, irréfléchie et implicite à des dogmes ou à des structures établies, il n’y a ni évangile ni liberté.
Par contre on retrouve l’Evangile et la Liberté chaque fois que l’amour commande les comportements humains, chaque fois que les hommes se rencontrent, acceptent de participer à la pensée, au mouvement intérieur de la vie des autres, partout où s’expriment une disponibilité, une acceptation, une compréhension de ce que représente « l’autre » : toutes les fois que l’homme arrive à un dépassement de lui-même. Cela ne signifie ni une nécessaire adhésion à ce que l’on estime une erreur, ni même un laisser faire. Toutefois, cela redonne à tout homme son sens, sa dignité sa valeur, son éminence, sa place. Il est frère parce qu’il est fils de Dieu : il est homme.

Dès lors nous pensons que tout dogmatisme, d’où qu’il vienne, ne ne résout aucun problème, bien moins encore lorsqu’il se manifeste hors des considérations de justice humaine. Il oblige seulement l’homme à marcher sans voir – aveugle et prisonnier des formules. En matière religieuse il y a longtemps que nous cherchons à faire connaître et reconnaître ce point de vue. Ni aveugle, ni prisonnier, ni servile : pas d’asservissement à des expressions ou à des textes soient-ils théologiques ou liturgiques. Conscients et responsables. Péguy disait : « Qu’est-ce qu’un salut qui ne serait pas libre ? ».

Nous croyons, en effet, qu’il faut donner à l’esprit de l’homme la libre disposition de son esprit pour penser utilement, pour croire sérieusement et profondément, pour rencontrer efficacement les autres.
Nous croyons que notre foi doit s’exprimer en langage clair, moderne, sans compromission avec les snobismes de mode de telle sorte que tous les hommes puissent l’entendre. Cette foi doit être assez vivante, joyeuse, réceptive, accueillante, renouvelée et à certains égards révolutionnaire (c’est à dite non conformiste,non rituelle non sclérosée) pour être attractive, espérante, exaltante. Elle doit se manifester en geste de solidarité et d’estime humain, en souffle de l’Esprit.

Paul RICHARDOT

Cet éditorial est accompagné de deux citations :

NE SOIT PAS PARTIAL DANS TES JUGEMENTS.
NE LES CHANGE PAS SELON QUE TON VIS-A-VIS EST RICHE OU PAUVRE.
TU PESERAS TON PROCHAIN SELON LA JUSTICE.
LEVITIQUE

TOUS CONNAITRONT QUE VOUS ETES MES DISCIPLES SI VOUS AVEZ DE L’AMOUR LES UNS POUR LES AUTRES.
JESUS

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