Accueil / Culture / Martin Luther King (1929-1968)

Martin Luther King (1929-1968)

 

Rev. Dr. Martin Luther King Jr. speaking. (Photo by Julian Wasser//Time Life Pictures/Getty Images)

En 2008, nous commémorions le quarantième anniversaire de l’assassinat de Martin Luther King Jr. et la première élection de Barack Hussein Obama II, 44e président des États-Unis d’Amérique, « fils d’un homme noir du Kenya et d’une femme blanche du Kansas » tel qu’il se présente dans son fameux « Discours de Philadelphie ».

Le mouvement Black Lives Matter (« Les vies des Noirs comptent ») a été lancé en 2013 pour dénoncer la violence à l’égard de la population afro-américaine. Les préjugés racistes sont si tenaces que le simple fait d’avoir la peau noire constitue une menace et les meurtres gratuits se succèdent de manière effrayante tandis que les meurtriers sont acquittés. 2013, c’est aussi le cinquantième anniversaire du célèbre discours I have a dream de Martin Luther King prononcé à Washington.

En 2016, Donald John Trump est élu président des États-Unis d’Amérique sans cacher sa proximité avec l’extrême-droite raciste. Cinquante ans plus tôt, King emménageait à Chicago pour préparer une nouvelle campagne (Poor People’s Campaign), un nouveau combat « en faveur des droits économiques, et surtout dans le lien étroit qu’il va établir entre la misère des Noirs et la guerre du Viêt Nam », dans une « coalition sans précédent des opprimés » réunissant de « pauvres Blancs, des groupes nationalistes indiens et des latinos » et qui débutera en mai 1968. N’a-t-on pas oublié que King est alors l’homme le plus détesté dans son pays et dont les soutiens se font rares ?

Il y a cinquante ans, King était assassiné à Memphis. En 2018, nous nous souvenons de celui qui après sa mort – ou plutôt grâce à sa mort – devient une icône, un monument, un saint martyr, un prophète, une figure universellement consensuelle, plus connu parfois que le Réformateur dont il porte le nom choisi par son père après un voyage en Allemagne. Nombreux sont ceux qui ne savent pas qu’il a été réellement un adepte de la non-violence théorisée par Gandhi ; fortement influencé par des théologiens tels que Reinhold Niebuhr, Walter Rauschenbuch et Paul Tillich, ou encore par le poète Henry David Thoreau ; un lecteur de Karl Marx ; un combattant des droits civiques ; un récipiendaire du prix Nobel de la paix ; un pasteur baptiste ; un activiste chrétien radical voire révolutionnaire ; un mystique ; bref, un homme dans sa complexité qui a vécu une vie hors du commun, à la fois porté par les événements et agissant sur le cours de l’histoire.

De nombreux ouvrages ont été évidemment écrits sur King. Nous en retenons trois qui ont inspiré les lignes qui précèdent et dont sont tirées les citations.

Le premier, celui de Frédéric Rognon, permet d’accéder à une brève biographie bien mise en perspective et qui va à l’essentiel. L’auteur, professeur à la faculté de théologie protestante de Strasbourg, insiste sur les influences théologiques qu’a connues King ainsi que sur les méthodes d’action, la non-violence et la désobéissance civile. C’est le Docteur King chrétien, pasteur, prédicateur, qui choisit la non-violence évangélique pour réussir à faire valoir les droits civiques des Noirs : « Le Christ a fourni l’esprit ; Gandhi a montré comment l’utiliser. » L’auteur rappelle la volonté première de King : la conversion et la réconciliation, « quand les petits garçons noirs et les petites filles noires pourront se prendre par la main avec les petits garçons blancs et les petites filles blanches comme des frères et sœurs » (extrait de I have a dream).

Sylvie Laurent a livré en 2015 une biographie fouillée, éditée en poche, destinée aux lecteurs qui veulent tout savoir jusqu’aux moindres détails. L’historienne préserve l’ambivalence des sentiments et des événements : King tour à tour accablé par les obstacles et les vies perdues, porté par sa foi, le chant et la Bible, soutenu par une partie de la population à travers le monde, surveillé et en danger de mort. Sylvie Laurent met en avant la radicalité politique de l’action de King, craignant à raison une « domestication » ou un « travestissement » de sa pensée.

Enfin, Serge Molla, spécialiste de la théologie noire américaine, livre cette année une synthèse parfaite pour, à la fois, connaître un des prophètes du XXe siècle et comprendre ce qu’il est advenu, depuis, sous son influence. Il vaut mieux avoir lu Sylvie Laurent pour comprendre les quatre premiers chapitres, et les 165 dernières pages sont passionnantes en termes de perspectives et de recul.

Martin Luther King n’était qu’un homme. Il a gagné son combat non-violent pour les droits civiques. Sa voix demeure et s’ajoute à toutes les autres qui luttent encore contre la pauvreté, la guerre et l’ignorance.

Frédéric Rognon, Martin Luther King. Une vie pour la non-violence évangélique, Lyon, Olivétan 2014, 166 pages.

Sylvie Laurent, Martin Luther King. Une biographie intellectuelle et politique, Paris, Seuil, 2015 (poche), 525 pages.

Serge Molla, Martin Luther King, prophète, Genève, Labor et Fides, 2018, 324 pages.

 

À propos Olivier Guivarch

est secrétaire général adjoint d’une fédération syndicale de salariés, après avoir étudié la théologie protestante et exercé le métier de libraire. Il participe au comité de rédaction depuis 2004.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*