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L’égalité entre femmes et hommes

 

Sarah M. Grimké est trop peu connue. Née aux États-Unis en 1792 dans une famille riche, elle prend conscience très jeune de l’abomination que représente l’esclavage. En Caroline du Sud où elle grandit, avec un père planteur de coton, elle y a été confrontée dès son enfance. Notons que Sue Monk Kidd a écrit un roman à partir de sa vie, intitulé L’invention des ailes (pour la traduction française aux éditions JC Lattès), tant elle sort de l’ordinaire : adulte, elle voyagera aux États-Unis, changera d’Église à plusieurs reprises, restera célibataire, sera une fervente abolitionniste et se battra également pour l’égalité des sexes.

Ce livre regroupe 15 lettres écrites en 1837, traduites et éditées par Michel Grandjean, professeur d’histoire moderne à la faculté de théologie de l’université de Genève. Sarah Grimké y aborde différents thèmes : les rapports sociaux entre les sexes (lettre IV), les relations conjugales (lettre XIII) ou encore le ministère pastoral féminin (lettre XIV). Elle expose à sa correspondante les arguments qui lui permettent de défendre l’égalité entre hommes et femmes, qu’elle tire des textes bibliques. Fait remarquable pour une femme de cette époque, elle montre une indépendance vis-à-vis des exégètes, s’autorise une lecture personnelle et s’essaie à la critique biblique : « Je pars ici du principe que, puisque la ponctuation et la division en chapitres et versets ne font pas partie de la disposition originelle, elles ne sauraient déterminer le sens d’aucun passage. » Elle exhorte les femmes à ne pas se conformer aux avis des hommes qui tentent de leur dire quoi penser, fussent-ils pasteurs. Elle plaide en faveur de l’accession des femmes au ministère pastoral, qu’elle considère comme un prolongement de la fonction de prophète dans l’Ancien Testament.

Les lettres de Sarah Grimké sont pleines d’ironie, d’humour, d’esprit, de distance à l’égard de son époque, qu’elle analyse finement, montrant qu’elle est aussi malicieuse qu’intelligente. On retiendra en particulier les passages où elle évoque le sexisme inversé (le fait d’accorder des privilèges aux femmes, considérées comme plus vulnérables en raison de leur sexe), ou celui dans lequel elle se livre à une critique d’une lettre écrite par les pasteurs du Massachusetts : « Qu’une corporation de théologiens puisse gravement se réunir pour tenter de prouver que la femme n’a pas le droit “d’ouvrir la bouche pour les muets”, cela paraîtra tenir du prodige, tout comme on trouve aujourd’hui ahurissant d’apprendre que des juges ont inculpé des sorcières et qu’ils ont solennellement condamné à mort dix-neuf personnes et un chien pour crime de sorcellerie. » Évidemment, ce livre révèle aussi des éléments moins positifs de la pensée de Sarah Grimké, comme son malaise vis-à-vis du corps féminin ou sa lecture de la Bible qui peut manquer de recul, mais cela n’enlève rien au plaisir de suivre le fil de sa pensée et de rire des piques qu’elle adresse finement aux adversaires de l’égalité entre hommes et femmes.

Sarah M. Grimké, Lettres sur l’égalité des sexes, Genève, Labor et Fides, 2016, 278 pages.

 

À propos Abigaïl Bassac

est titulaire d’un master de l’École Pratique des Hautes Études (section des sciences religieuses) et étudiante en master de théologie à Genève. Elle est assistante des enseignants à l’Institut Protestant de Théologie (faculté de Paris) et rédactrice en chef adjointe d’Évangile et liberté.

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