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L’espace culturel des Terreaux

 

L’espace culturel des Terreaux à Lausanne. Photo CC(by-nc-sa) Mélisande

Sur l’une des rues les plus passantes du centre de Lausanne, une ancienne chapelle transformée en salle de théâtre. Rien de plus courant aujourd’hui, serait-on tenté de dire à l’heure où de nombreux temples et églises cherchent une nouvelle affectation. Ce qui l’est moins, c’est que cette chapelle, c’est sous l’égide de l’Église Évangélique Réformée du Canton de Vaud (EERV) qu’elle a été transformée en théâtre. Il s’agissait d’ouvrir ce lieu à d’autres formes de réflexion et d’expression, d’en faire un carrefour au centre de la ville, destiné à l’art et au débat. La chapelle des Terreaux devint ainsi l’Espace Culturel des Terreaux (ECT). Outre cette salle de quelque 300 places, équipée d’une scène et de tout le matériel nécessaire, l’ECT dispose d’une seconde salle, d’une quarantaine de places, le Sycomore.

À l’affiche de l’ECT, du théâtre évidemment, mais aussi de la musique, des conférences, des débats, des présentations de livres, des expositions. La programmation doit répondre de contraintes et d’attentes diverses, parfois contradictoires. Renouveler la façon d’aborder les questions de société et les problématiques religieuses sans renoncer aux exigences de qualité et de professionnalisme. Être largement ouvert sur les questions et débats actuels, mais conserver quelque chose comme une fibre protestante, ou plus largement chrétienne. Donner une place aux questionnements éthiques par le biais du théâtre ou de la musique sans tomber dans le moralisme. Bref, trouver de nouvelles formes pour prendre le temps de la réflexion, une réflexion qui ne peut être que critique et déstabilisatrice. Mais n’est-ce pas justement la fonction que l’art partage avec la religion ?

Depuis son ouverture en 2004, l’Espace Culturel des Terreaux est dirigé par Jean Chollet, homme de théâtre et pasteur, secondé par une équipe, allant de l’administratrice, au technicien de salle, au contact-clientèle et à la responsable du bar. L’ECT est placé sous la responsabilité d’une fondation actuellement présidée par le professeur Pierre Gisel. Cette forme juridique assure à l’ECT une indépendance institutionnelle et programmatique par rapport à l’EERV, qui accorde toutefois une importante subvention à l’ECT, couvrant entre autres le salaire de son directeur. Cette indépendance institutionnelle permet à l’ECT de collaborer avec de nombreuses institutions lausannoises ou vaudoises : des compagnies de théâtre, des groupes musicaux, l’Orchestre de Chambre de Lausanne, mais aussi l’Église catholique dans le canton de Vaud ou la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud. Cette liste est loin d’être exhaustive.

Cette saison, on verra ainsi un spectacle qui revient sur l’assassinat antisémite de Payerne, en 1942, rappelé à la mémoire des Vaudois par Jacques Chessex dans un de ses derniers livres, Un Juif pour exemple ; Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, un spectacle d’Éric- Emmanuel Schmitt reprenant son récit éponyme ; Le blues de la tortue, autour de la question de la violence conjugale ; ou encore Quand je pense à Audrey Hepburn, qui revient sur l’engagement social de la célèbre actrice qui vivait près de Lausanne, à Tolochenaz.

Si le théâtre occupe une place de choix dans la programmation de l’ECT, celui-ci accueille aussi plusieurs séries de conférences-débats. Ainsi, durant l’année du Jubilé de la Réforme, c’est à l’ECT qu’ont eu lieu les débats à l’enseigne de Revisiter la Réforme. D’autres soirées ont permis ou permettront à l’ECT d’accueillir des personnalités comme Pascal Couchepin, ancien président de la Confédération suisse, et Vincent Peillon, l’égyptologue Jan Assmannou l’historien Patrick Cabanel. La série « Un auteur – un livre » organise des rencontres mensuelles avec les auteurs de publications récentes, de nature théologique, religieuse ou sociétale. En 2016-17, plusieurs soirées ont interrogé le rapport du protestantisme au judaïsme, rappelant la part prise par les théologiens protestants à l’antijudaïsme chrétien. En 2018, on s’intéressera plus spécifiquement aux nouvelles approches du Coran. Enfin, l’ECT organise régulièrement des concerts dans l’église Saint-Laurent toute proche qui, avec ses 300 places, offre une acoustique idéale pour la musique de chambre ou les petits effectifs choraux. Une collaboration de longue date s’est entre autres établie avec les Vocalistes du Conservatoire, dirigés par Stéphanie Burkhard.

La saison 2018-19 sera la dernière dont Jean Chollet assurera la responsabilité ; en juin 2019, il prendra en effet sa retraite qui l’emmènera vers de nouveaux rivages théâtraux. Cette perspective oblige dès maintenant l’ECT à réfléchir à son avenir. Cet avenir s’inscrira dans la continuité de ce qui a fait la réputation de l’ECT, mais avec quelques rééquilibrages visant à donner plus de place aux débats en prise sur les questions actuelles et à élargir les collaborations à divers acteurs. Par le hasard des calendriers, cette question coïncide avec celle, plus vaste, de la répartition future des ressources en personnel de l’EERV. Dans ce contexte, l’ECT est une chance pour l’EERV : un lieu bien implanté dans le paysage culturel et intellectuel de Lausanne et du canton, qui offre à l’Église une manière d’être présente différente et complémentaire des paroisses traditionnelles, et peut-être plus adéquate à une société qu’on dit volontiers « liquide ».

 

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À propos Jean-Marc Tétaz

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(Lausanne), est théologien et docteur en philosophie ; traducteur de Schleiermacher, Harnack et Troeltsch. Il a enseigné aux Universités de Bochum, Lausanne et Fribourg ainsi qu’à l’EHESS et à Moscou. Il est spécialiste de la philosophie et de la théologie modernes.

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