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Tous coupables

 

La mort-et-résurrection du Christ est le centre névralgique de la foi chrétienne, à la suite de l’apôtre Paul qui focalise sa pensée sur le double événement de la croix et de la résurrection, en tant qu’événement du salut. Paul, dans ses lettres – écrites avant les évangiles – reste silencieux sur les paroles et les actes de Jésus. La croix apparaît comme un fait en soi, dépouillé de tout « décor » narratif.

L’originalité des évangiles consiste à l’inverse dans l’évocation de la Passion du Christ sous forme de narration mettant en scène des acteurs. Notre démarche vise à observer leurs attitudes lors de la Passion et à en tirer quelques conclusions.

Trois groupes apparaissent sur scène :

– Les juifs ; – les Romains ; – les disciples de Jésus. L’on connaît les multiples controverses entre Jésus et les théologiens juifs rapportées dans les évangiles. Lors de l’audience du Sanhédrin, Caïphe parvient à coincer Jésus sur la question épineuse de sa filiation divine. Ultime sacrilège qui se traduit par un jugement sans appel : cet homme doit mourir !

Conclusion : Les religieux juifs appelés à gérer la dynamique religieuse Dieu-homme ne reconnaissent pas l’envoyé de Dieu et exigent sa mort.

Les occupants romains, se manifestent par leur brutalité. Pilate leur chef, peu convaincu de la culpabilité de Jésus, essaye, certes, de le tirer d’affaire sans grande conviction en se laissant finalement fléchir par la foule de ceux qu’il est censé dominer.

Conclusion : Les Romains ne font que peu de cas d’un juif de plus à liquider. Les disciples de Jésus, ses adeptes, se manifestent d’abord par la trahison de Judas. Sur les 11 restants, 10 s’enfuient lorsque la police vient arrêter leur maître. L’espoir ne repose plus que sur un seul disciple : Pierre, qui tente de faire barrage à la police. Mais ce dernier fidèle tombe à son tour par sa souveraine déclaration, lorsqu’il comprend que sa fidélité à Jésus devient trop dangereuse pour lui : « Jésus ? Je vous jure que je ne le connais pas » ! Premier credo de celui qui allait devenir, selon la tradition de l’Église, le premier pape !

Conclusion : ceux qui allaient être considérés comme les piliers de l’Église expriment leur attachement à Jésus par une trahison, 10 abandons et un reniement.

Juifs, Romains, chrétiens, d’un point vue typologique, représentent : la religion, l’État et l’Église. L’attitude de ces trois instances face à la mort du Christ nous amène à l’équation théologique suivante :

Religion + État + Église = mise à mort de Jésus. Il est tout de même frappant que la chrétienté ait directement associé les juifs de tous les temps qui ont suivi à l’attitude meurtrière du Sanhédrin, apportant par là une pierre de taille à l’édification de l’antisémitisme européen. Pourquoi alors la chrétienté n’a-t-elle pas procédé à la même association linéaire et directe avec l’attitude des deux autres groupes en présence ?

Face à l’attitude des Romains, la chrétienté a bien sûr fermé les yeux. Disons avec un peu d’ironie que les Romains se sont largement rachetés en offrant à la foi christique primitive, non moins qu’un empire au IVe siècle !

Face à l’attitude des disciples, en opposition au statut historique réservé aux juifs, la discontinuité se veut totale. Pas question de s’identifier à eux dans le récit de la Passion. Avec Pierre, on reste en phase, par-dessus les siècles, avec le célèbre « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». Mais alors ! Que sa première confession de foi : « Jésus ? Je vous jure que je ne le connais pas » reste définitivement prisonnière du laps de temps où il l’a prononcée !

Bien sûr, il y a eu Pâques et la suite. L’ardoise des disciples a été effacée. Mais plutôt que retenir son souffle sur le douloureux passage de la Passion du Christ et se jeter tête baissée dans la joie pascale, la chrétienté y gagnerait à s’approcher un peu plus de ce qu’ont vécu ses pairs, observer ce que nous pourrions avoir de commun avec les disciples. Bref ! Oser un long arrêt sur image, et dans cette catastrophe humaine, voir peu à peu poindre la grâce de Dieu, au lieu d’en faire une évidence !

 

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À propos Pierre Wyss

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est né en 1949. Après des études à la Faculté de théologie de Neuchâtel, il est pasteur de paroisses du canton de Neuchâtel et du Jura. Essentiellement bibliste, il anime un groupe d’étude de l’hébreu biblique à travers la lecture de textes de la bible hébraïque.

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