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Montpellier. L’argent et l’économie de Jésus à nos jours

Cercle montpelliérain Évangile & Liberté

Compte-rendu de la réunion du 17.09.16

THÈME
« L’argent et l’économie de Jésus à nos jours.
Tout sur l’argent, de l’utilisation de notre propre argent jusqu’au système économique mondial. »

INTRODUCTION
Plusieurs d’entre nous ont fait part au président des difficultés du thème d’aujourd’hui.
Le président rappelle les principales questions que le thème soulève et les difficultés qui risquent d’apparaître lors du débat.
Notre thème pose essentiellement 3 séries de questions :

1° série de questions :
Que faisons-nous de l’argent dont nous disposons ?
Pensons aussi à ceux qui n’ont que peu ou pas d’argent pour vivre.
En gros nous dépensons une partie de l’argent dont nous disposons en nourriture, en frais pour les enfants, en vêtements, éventuellement en loyer,…. Puis nous dépensons une deuxième partie en dons pour notre église, pour des associations, pour diverses personnes, …, une troisième partie en économie (peut-être en actions d’entreprises françaises dans l’espoir d’aider, modestement, l’emploi), … Comme vous le voyez cette importante question ne nécessite que très peu de compétences en économie politique. Il faut plutôt savoir selon quels critères nous achetons notre nourriture : bio ou non, plutôt en fonction de notre santé ou plutôt en fonction des facilités à la cuisiner, … Pour les dons, nous nous demanderons si nous faisons nos dons plutôt à telle ou telle association humanitaire ou à telle ou telle association de recherche médicale, …

2° série de questions :
Quelles directives donnons-nous à nos élus pour les inciter à gérer correctement l’argent qui est contenu dans les caisses publiques. Disons de suite que pour alimenter ces caisses l’état, d’une part, nous prélève de l’argent sur les salaires et retraites, et d’autre part nous fait payer des impôts. Le montant total de ces prélèvements et impôts est à peu près aussi important que l’état nous laisse. Au total ce sont des milliards d’euros. Les riches et les pauvres sont à peu près traités pareillement (il s’agit surtout de la TVA, de prélèvements sociaux, …). Dans ce domaine nos élus ont de très grands pouvoirs de décision. Contrairement à des légendes tenaces, il n’y a pas de « finance internationale » qui puisse intervient dans ces questions. Par contre nos élus sont bien obligé de tenir compte de l’« existant » et de la « rue ». Ainsi par exemple, les élus décident entièrement combien ils alloueront aux collèges et comment les collèges doivent fonctionner. Mais pour l’« existant » ils doivent bien accepter les commandes qui ont été signées. La France vient de commander des milliers de fusils-mitrailleur dont la réception et le paiement est échelonné sur plusieurs années. Il faudra bien payer aux échéances prévues. Pour la « rue » le récent retrait de l’essentiel de la loi « El Komri » est un exemple patent.
Comme vous pouvez le constater, pour cette 2° série de questions qui met pourtant en jeu des milliards d’euros, peu de compétences financières sont nécessaires.

3° série de questions :
Quelles consignes devons-nous donner à nos élus pour organiser l’économie nationale en vue d’objectifs précis : baisse du chômage, obtention d’un bon pouvoir d’achat par tous, … Certains pays semblent avoir trouvé des solutions, au moins partielles, plus efficaces que les nôtres. On cite souvent l’Allemagne, mais la Suisse, la Belgique ou l’Angleterre sont aussi assez nettement devant nous (j’ai moi-même 3 petits-enfants qui travaillent dans chacun de ces pays). En Allemagne c’est le chancelier socialiste Gerhard Schroeder qui a été le grand réformateur. Quand on lui demande comment il a fait, il répond : « J’ai écouté mon bon sens ! ». Je vous convie donc tous à utiliser amplement votre bon sens dans le débat que nous allons avoir.

Je viens de parler des bases techniques, même de bases quelque peu « terre à terre » de notre futur débat. Avant de lancer ce débat, André Gounelle nous parlera d’un point de vue nettement plus élevé. Ce point de vue est nécessaire pour ce débat qui nous touche tous très profondément. Après le débat Christian Amphoux finira notre réunion avec une intervention tout à fait dans le droit fil de notre thème, mais qui nous surprendra tous et qui montrera que notre débat n’est jamais terminé.

INTERVENTION D’ANDRÉ GOUNELLE
À partir de l’ouvrage de Max WEBER : « L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme », ouvrage réunissant deux articles de 1904 et 1905.
1) Max WEBER (1864-1920) est un sociologue allemand, fondateur de la sociologie contemporaine. Mais aussi un homme d’action : il a été associé à la rédaction de la constitution de la République de Weimar. C’est lui qui a introduit la notion de leader charismatique et la distinction entre une éthique de la conviction et une éthique de la responsabilité
2) Il faut bien faire attention aux termes du titre.
CAPITALISME est un terme peu précis. Max Weber ne l’entend pas du tout comme Karl Marx. Pour Max Weber : capitalisme = valorisation de l’entreprise.
L’entreprise n’est pas un moyen mais un but en soi. L’homme est fait pour l’entreprise et non l’inverse.
Deux conséquences :
– on cherche à organiser le travail, à le rationaliser.
– on réinvestit tous les bénéfices dans l’entreprise
3) L’éthique du protestantisme.
Selon Weber, elle se caractérise par la valorisation du travail. Être un homme digne de ce nom, c’est travailler.
Le métier qu’on exerce est la mission que Dieu nous confie. L’exercice d’une profession est la célébration du culte divin.
Ceci à l’opposé de l’éthique catholique pour laquelle les affaires temporelles sont contraires à la vocation de l’homme qui est contemplation, monastique.
Pour Calvin le repos est mal considéré; il déteste l’oisiveté; il met les mendiants au travail, même si la ville de Genève trouve qu’ouvrir des ateliers coute cher !
Le problème n’est pas économique, il est humain.
Gaspiller son temps est un péché. Le travail est le but de la vie, c’est une obligation spirituelle.
Max Weber enfin insiste sur le refus du luxe, de l’ostentation, pas de grandes fêtes, d’établissements luxueux, d’investissements coûteux dans l’art. Éloge de la sobriété.
4) Weber note une forme de conjonction entre l’esprit du capitalisme et l’éthique protestante. Toutefois l’éthique protestante n’a pas généré le capitalisme. Il y a eu conjonction de ces deux éléments et non causalité. Ce sont ” des affinités électives “. Le développement de l’entreprise a entraîné du profit et l’accumulation de richesses. Mais il n’y a pas d’alliance entre protestantisme et capitalisme. Max Weber note l’hostilité constante du religieux contre le capitalisme.

Remerciements unanimes à André Gounelle pour cet exposé clair, compréhensible par tous sur un sujet difficile et très important : notre éthique.

DEBAT
Pour illustrer les propos d’André Gounelle, on cite l’exemple de la famille protestante Peugeot, la plus riche de France à un certain moment. Elle menait, à l’époque une vie simple et discrète.
Une toute autre question : Comment gagne-t-on son argent?
Pour certains le plein emploi est utopique aujourd’hui.
Beaucoup d’emplois sont dévalorisés. Les allocations de chômage sont humiliantes.
Autre question importante : l’invention du paiement des retraites. Avant il n’existait pas de versements mensuels de retraite, et c’étaient les enfants adultes qui épaulaient leurs parents. Ce système économique ancien ne fonctionne plus. Aujourd’hui ce sont très souvent les retraités qui épaulent leurs enfants et leurs petits-enfants quand ils deviennent adultes. Par ailleurs les « marchés » ont dû s’adapter : les retraités représentent une part importante des consommateurs.
– A-t-on besoin d’argent ?
Un participant évoque diverses tentatives de modifications du mode de fonctionnement de l’économie. Par exemple des échanges de services mesurés en temps passé et non en argent, des monnaies fictives destinées aux achats locaux, des monnaies électroniques. Certaines de ces tentatives fonctionnent assez bien à une échelle réduite.
Une des difficultés de ces économies différentes est la perception par l’état de la fameuse TVA qui est nécessaire pour payer en grande partie nos écoles, nos tribunaux, …
Autre difficulté : il faudra inventer une nouvelle législation pour ce genre de pratiques; le code du commerce actuel a nécessité plusieurs siècles pour sa mise au point
Se passer d’argent serait donc très compliqué et reste actuellement une pure utopie.
– En ce qui concerne le travail, une loi sur les territoires avec zéro chômage a été votée, il y a six mois/un an, sous l’impulsion d’ATD-QUART MONDE. L’association recueillerait toutes les prestations versées aux individus. Elle trouverait une activité pour chacun et lui verserait un salaire. Si elle y arrivait à tout cela, chaque personne travaillerait et serait valorisée. Mais on se demande comment l’association ferait pour trouver une activité pour chacun, et aussi où elle trouverait l’argent pour verser des prestations à chacun.
– Un participant note que les priorités dans les budgets familiaux ont changé : la nourriture a moins d’importance; le logement, l’éducation des enfants en ont pris le pas, de nouveaux besoins sont apparus : téléphone, ordinateur, voiture (permis)…
– Autre révolution de la société : l’augmentation vertigineuse du recourt au crédit. Le remboursement des échéances pèsent. En France les tribunaux « croulent » sous le nombre de dossiers de personnes sur-endettées … Les crédits accumulés pèsent sur les individus comme sur l’état. L’économie mondiale chancèle suite aux « subprimes »
– Le travail féminin (souvent basé sur l’instinct ou sur l’amour maternel), un travail “gris” en quelque sorte. Il est de moins en moins considéré comme un don allant de soi, non évalué.
– L’investissement immobilier rapporte de l’argent. Ce qui n’est pas contraire à l’éthique protestante et pourtant on en joue. Pour certains c’est un moyen de sécuriser la vie du couple et des enfants.
Le débat se poursuit autour du don, du bénévolat, du salaire du travail …, sans enchaînement logique voici quelques idées énoncées:
– Dans le calvinisme, on n’aime pas le bénévolat. Tout travail est valorisé et doit être rémunéré. Dans la constitution de certains états figure : « Tout travail mérite un juste salaire ».
Les associations à l’heure actuelle comptabilisent et valorisent dans leur budget les heures de bénévolat.
On évoque le cas d’un artisan peintre, membre d’une association (qui gère des immeubles de vacance et de congrès). Cet artisan est payé de jour quand il peint un immeuble, et agit comme bénévole le soir quand il participe à la troupe d’artistes qui donne des spectacles. Signalons en plus que dans notre cas la plupart des artistes de la troupe sont, eux, salariés de l’association. Et toute cette imbrication est parfaitement légale.
Pour d’autres intervenants dans notre débat : le bénévolat est mal vu car il prend le travail de quelqu’un. (C’est le cas dans l’exemple qui vient d’être cité : le soir le bénévole prend la place d’un artiste salarié).
Le travail ne peut être réduit à une équation financière. C’est d’abord un moyen d’assurer la dignité de la personne et de lui assurer un lien social. La personne ne « vit pas aux crochets de la société ». Elle n’oblige pas d’autres personnes à travailler pour qu’elle puisse vivre (en toute tranquillité pendant que les autres travaillent).
– Une personne pose la question du don aux églises.
Donner un chèque permet d’avoir un reçu et de dégager un crédit d’impôts. Pour une autre personne, donner en espèces préserve l’anonymat et peut valoriser autrement le don. Une autre personne ne voit pas de perte d’anonymat quand elle donne un chèque à l’église, et en plus elle se conforme à la volonté du législateur qui a voté la loi sur les déductions fiscales (ce qui est très républicain).
– Le problème de la triche ! Elle a toujours existé. Dans l’antiquité, les noms des tricheurs étaient gravés sur les murs des stades!!! Les parchemins et les papiers ont eu du succès car ils sont beaucoup plus difficilement falsifiables.
– Certaines personnes disent qu’il y a bien une science économique qui publie des lois, et il y a des « écoles » dans cette science économique.
Mais il y a des différences énormes entre une science comme la physique et la science économique. En physique la loi U = R.I a été vérifiée des milliers de fois dans des conditions environnementales très variées mais chaque fois très précises (température, pression atmosphérique, …) et on peut refaire ces essais à tout moment. Par contre, en science économique la loi de Keynes dit que le chômage baissera si on augmente tous les salaires ou bien si l’état ou une province lance un grand programme d’investissements. Parfois cette loi s’est vérifiée, mais parfois elle a entraîné d’énormes déconvenues (endettement abyssal de l’entité qui a lancé le plan d’investissement et/ou augmentation du chômage par perte de compétitivité et chute brutale des ventes, …). Par ailleurs, en économie, les conditions environnementales sont souvent très différentes d’une expérimentation à une autre, et on ne peut pas refaire plusieurs fois le même essai. On peut aussi se demander comment on a « découvert » les lois de l’économie. Elles ont toutes été déduites de constatations historiques qui sont presque toujours trop peu nombreuses pour être statistiquement valables. Souvent des facteurs environnementaux importants sont trop différents d’un cas à un autre. C’est bien pour toutes ces raisons qu’il existe une bonne quinzaine d’« écoles d’économie politique » et qui se contredisent. Bien que plusieurs de ces écoles ont à leur tête des prix Nobel d’économie. Ces « écoles » sont, par ailleurs, souvent liées à des courants politiques, et leurs « lois » sont souvent en relation avec les orientations politiques qu’elles défendent.
Aussi n’est-il pas étonnant que nous tous, nous ayons du mal à comprendre les rouages très complexes de l’économie. C’est souvent plus une question de confiance qu’une question de raisonnement.
Plusieurs intervenants disent que nous avons certes un pouvoir par des pétitions, par le dialogue avec nos élus. Cela fonctionne assez bien quand il s’agit de questions « relativement simples ». Mais même la question simple « Combien un professeur agrégé doit-il être payé plus qu’un professeur qui n’a qu’un Capes ? » ne fait pas l’unanimité. Et quand on parle en plus de la différence des temps de travail, cela se complique encore beaucoup plus. Beaucoup de personnes ont l’intuition qu’il ne faut pas surestimer les pouvoirs des élus. Elles pensent qu’ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent, mais elles ne connaissent pas de faits importants qui conforteraient leur opinion. Elles ont l’intuition que les élus ne peuvent que donner des orientations de dépenses.

INTERVENTION DE CHRISTIAN AMPHOUX
CHRISTIAN AMPHOUX présente le livre de Dominique Temple et Mireille Chabal : « La réciprocité et la naissance des valeurs humaines » Éditions L’Harmattan

Partant d’une analyse du sociologue Marcel Mauss, ce livre oppose deux types d’économie : (1) l’échange, qui est la base de notre système d’économie ; (2) et la réciprocité, qui est à la base du principe de redistribution, en œuvre dans les prestations sociales et dans le milieu associatif. Dans l’échange, celui qui produit ou qui achète cherche son avantage et son enrichissement au détriment de l’autre, ce qui aboutit à la logique capitaliste. La réciprocité, au contraire, établit un lien entre l’éthique et l’économie, entre l’avoir et l’être. La réciprocité procède par don et contre-don, dans le respect de l’être de chaque partie. Bien des petites communautés dans le monde établissent leurs relations économiques par la réciprocité ; mais ce système ne serait pas transposable à l’échelle de l’économie mondiale, qui a pourtant besoin de rétablir le lien entre l’éthique et l’économie. L’intérêt de ce livre est de montrer que ce lien existe dans certaines économies et qu’il est possible de respecter l’éthique en économie.
Christian Amphoux recommande la lecture de ce livre.

Vifs remerciements à Christian Amphoux pour l’exposé de cette utopie et pour nous avoir parlé d’un futur possible.

Un intervenant pense que dans un échange il n’y a pas forcément un perdant, ni pas non plus forcément un gagnant. Si un producteur produit des poires et un autre des pêches, en échangeant un kilo chacun, le producteur de poire reçoit des pêches qu’il désire avoir pour diversifier ses repas, de même pour le producteur de poires. Les deux peuvent être gagnants. C’est la même chose quand les échanges se font avec de l’argent. Le producteur de fruit ne vit pas qu’avec des fruits; il a beaucoup de besoins. Il pourrait produire plusieurs fruits à la fois, mais cela nécessiterait beaucoup plus de temps et d’efforts. La monoculture est un très grand progrès, tous comptes faits. Il est vrai que le fonctionnement de l’économie actuelle génère des intermédiaires et des spéculateurs. C’est justement le rôle des législateurs de légiférer pour obtenir un fonctionnement de l’économie aussi bon que possible. Et les législateurs c’est nous qui les élisons… Décidément nous devrions probablement leur demander d’instituer dans l’école, en plus du français et du calcul, des cours d’économie pour tous, et pourquoi pas du CP jusqu’au bac au moins ?

Pour terminer deux réactions opposées:
– C’est une cause perdue. La masse d’argent circulant à l’international règle tout. L’actionnariat domine l’économie productive .Le système est bloqué. Aucune espérance!!!
– On peut trouver des ouvertures même dans des systèmes qui paraissent verrouillés. En Afrique du Sud par exemple, Nelson Mandela a trouvé une ouverture dans un monde clos, dangereusement fermé. Et il y a eu des hommes pour le faire : échange de l’abandon de toute vengeance contre la confession des crimes. Il n’y a pas de cause perdue !!!

Dans l’état actuel des choses nous venons d’entendre une pure utopie. Les révolutions et les changements importants dans les civilisations naissent très souvent à partir d’utopies, d’où l’importance de l’étude et de la discussion des utopies.

Nous avons arrêté, à regret, notre débat à 16 heures 30. Tout n’a pas pu être abordé. L’essentiel est que nous ayons tous découvert de nouvelles choses et de nouveaux points de vue …

Un verre de l’amitié avec des échanges amicaux en petits groupes clôture cette sympathique après-midi.

Dominique Galup (avec l’aide amicale de plusieurs)

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