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Oser abandonner le surnaturel

Serge Soulié

Dans les religions monothéistes, et tout particulièrement dans le christianisme, une des principales caractéristiques de la foi est de croire au surnaturel. Les hommes s’adressent à Dieu afin qu’il intervienne dans les domaines où le pouvoir d’agir leur échappe. C’est ainsi qu’ils le prient pour le malade déclaré incurable et directement menacé par la mort. Ils le supplie pour qu’il intervienne dans des situations qu’ils ne maitrisent plus. Là où il ne peuvent pas arrêter la guerre, ils prient pour la paix.

Une telle attitude place celui qui prie dans une situation d’attente. Elle lui donne la possibilité d’espérer encore, là où à vues humaines, il n’y a plus d’espoir. Dans ce cas la prière apaise et il serait pour le moins maladroit de condamner une telle attitude. Au-delà de cet apaisement cette prière amène le « priant » à se justifier. C’est ainsi qu’il voit des signes d’intervention divine dès la moindre amélioration. Une simple rémission du cancer, allant dans l’ordre des choses et le plus souvent prévue par le corps médical, est interprétée comme un miracle divin. Le rescapé d’un accident grave ne doit sa vie qu’à l’intervention divine. Tout événement quasi inattendu vient du ciel. Bref, pour maintenir sa foi, le croyant voit des miracles partout. Telle est sa lecture.

Il n’est pas interdit de penser que cette lecture consistant à voir un miracle là où se déroule le plus naturellement du monde ce qui doit arriver, ait été la lecture de ceux qui suivaient Jésus. C’est ainsi que des guérisons par exemple sont présentées comme des événements miraculeux. Les disciples voulaient voir en Jésus un Dieu parmi les hommes, ils ont attribué à Jésus ce qu’ils attendaient d’un Dieu. Une telle vision a eu une portée considérable puisque tel est le fonctionnement l’ être humain : il veut voir du miracle ! Il renvoie sur Dieu ce qu’il ne peut pas réaliser lui-même. Dans les Evangiles, Jésus est devenu l’auteur de miracles là où il apportait rétablissement, santé, équilibre et liberté.

A regarder de plus près les miracles qui nous sont rapportés par les Evangiles, on constate que Jésus lui-même ne tenait pas à ce que ce qui était perçu comme merveilleux soit ébruité. Craignait-il les voix de la raison qui auraient pu démontrer l’irrationalité de la proclamation des émerveillés ? Peut-être. Constatons par ailleurs que Jésus n’invoque pas une puissance supérieure qui descendrait du ciel pour agir. La force est en lui. Il prend la main à la belle mère de Pierre et la fièvre la quitte. Il suffit à la femme qui perdait son sang de toucher le manteau pour qu’elle soit guérie. Jésus ressent alors une force qui est sortie de lui. Le monde des esprits n’est pas celui de Jésus. Non seulement il ne les invoque pas , il les chasse. C’est la présence même de Jésus qui est porteuse de guérison. Le rétablissement de son interlocuteur passe par la communication qu’il établit avec lui.

Cette « force en soi » fait peur aux chrétiens parce qu’ils ne peuvent penser cette puissance autrement qu’un risque, un danger de se prendre pour Dieu. Seul Dieu peut être puissant selon eux. C’est bien le reproche que leur faisait Nietzche qui les voyait se complaire dans le péché et la faiblesse.

La question qui se pose alors peut se formuler ainsi: est-il possible de croire en un Dieu qui pour être Dieu n’ a pas besoin d’être présenté à travers le merveilleux, le surnaturel et tout ce qui est inaccessible à l’ homme ? N’y a-t-il pas place pour un Dieu qui agit dans la réalité connue, vécue et dont la force est portée par l’ être humain lui-même. Une force qui ne soit attribuée à rien d’autre qu’à la communion de l’ homme et de son Dieu. Une communion directe et immédiate qui relève plus de la mystique que de la tradition et de la révélation. Il semble que telle était la relation de Jésus à son père : tout en restant dans la réalité quotidienne de ses rencontres, il se mettait à l’ écart pour favoriser cette communion.

Spinoza écrit que « toute chose s’efforce de persévérer dans son être ». Il ne s’agit pas ici d’un instinct de conservation ou de survie qui serait chevillé à l’intérieur de tout être, mais d’une force vivante résultant de ce qui nous entoure, qu’il appelle, Dieu, substance, nature mais que nous pouvons nommer aussi réalité, monde, chose. Cette force n’est jamais figée. Elle n’est pas statique, elle est dynamique, en perpétuel mouvement. Elle est en nous mais se nourrit de l’extérieur comme une plante se nourrit du terreau sur laquelle elle pousse.

Dieu n’est plus un être extérieur qui agit par action surnaturelle. Il n’est pas un créateur ex nihilo, mais une sorte de matrice qui prépare et façonne tout être (et pas seulement un humain) qu’elle porte en elle comme une mère le fait pour son enfant. Si « Dieu c’est la nature » comme dit Spinoza, il est à la fois la nature « naturée » qui est produite, qui est là. Il est aussi la nature « naturante » autrement dit productive, celle qui nous porte en son sein.

Une telle approche de Dieu n’enlève rien à sa force. Cette force a l’avantage de venir de ce monde. Elle ne lui est pas extérieure. Elle agit selon la réalité du monde à partir des moyens connus, ceux de la science, des techniques, des concepts. Enfin, elle parait comme crédible et acceptable.

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À propos Gilles

a été pasteur à Amsterdam et en Région parisienne. Il s’est toujours intéressé à la présence de l’Évangile aux marges de l’Église. Il anime depuis 17 ans le site Internet Protestants dans la ville.

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