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Didier Sicard, l’honneur d’un humaniste

Didier Sicard a reçu la cravate de commandeur de la Légion d’honneur des mains du professeur René Frydman ce jeudi 25 septembre 2014. La scène se passe à l’université Paris Descartes où il a enseigné. Didier Sicard est connu pour avoir été chef de service à l’hôpital Cochin, président du Comité Consultatif National d’Ethique et pour avoir rédigé un rapport sur la fin de vie en 2012. Dans son discours, René Frydman retrace la trajectoire du professeur Sicard en la plaçant à l’aune de l’interprétation des symptômes. C’est l’occasion de promouvoir une approche clinique où le croisement des regards, la prise en compte de la culture du patient, l’emportent sur la foi en la technique. Le médecin ne saurait être « un robot prescrivant des recommandations inadaptées au sujet ». Son séjour au Laos ainsi que son passage à Dakar, dans une léproserie, l’encouragent au « respect de l’homme, surtout lorsqu’il est diminué, en lambeaux, atteint dans ses profondeurs, prêt à tout lorsque les traitements ne sont pas présents ». Albert Schweitzer ne disait pas mieux. Ces rencontres lui font mesurer les limites de la science et prendre conscience de la part d’inexplicable dans certaines guérisons. Il en ressortira la conviction que la dignité humaine ne dépend pas des circonstances, que ce soit au début de la vie ou vers sa fin. L’homme n’est pas une machine, il est un être lié à une société, dont la singularité ne doit pas être écrasée par une « Tour de Babel » éthique qui imposerait sa vision de l’universel. Au contraire, Didier Sicard est de ceux qui constatent que « la singularité s’accroît avec sa vulnérabilité ».

 

Didier Sicard, commandeur de la Légion d'honneur

Didier Sicard, commandeur de la Légion d’honneur

Ce regard sur le monde, sur l’humanité, Didier Sicard l’explique en disant l’assemblée qui se tient autour de lui, une communauté qu’il faut étendre aux absents du jour qui ont compté dans sa construction personnelle. Il s’agit aussi bien de professeurs, de médecins et d’infirmières, tous saisis par ce sentiment de responsabilité infini à l’égard du patient, que de journalistes, de ministres, d’académiciens qui l’ont initié aux engagements publiques, de poètes, de galeristes et de peintres, de personnalités du cinéma à la pensée fertile.

 

A cela, il ajoute sa « relation privilégiée au protestantisme et à sa famille », protestantisme dont il précise qu’il l’a nourri toute sa vie. La présence de pasteurs atteste cette dimension déterminante qui a trouvé, il y a quelques temps, une expression nouvelle dans sa collaboration avec le fonds Paul Ricœur, ce qui lui permet d’approfondir la relation si complexe de la cité avec la religion. Reprenant le thème de la reconnaissance exploré autrefois par Ricœur, Didier Sicard met en évidence ce qu’il doit à chacun, manifestant par la même occasion une véritable humilité. N’est-ce pas le geste clinique par excellence, celui qui consiste à s’incliner dans la position de l’humble serviteur pour que se lève le regard de celui qui nous fait face et qui s’avère considérablement plus grand que nous ne pouvions l’imaginer de prime abord.

 

La France honore, par cette distinction, un véritable humaniste dont la pensée généreuse et le regard bienveillant ont redonné de l’épaisseur à l’humain et contribuent à former de nouvelles générations de personnels soignants, d’acteurs de la société, d’hommes et de femmes animés par une éthique de la responsabilité.

À propos James Woody

Pasteur de l'Église protestante unie de France à Montpellier et président d'Évangile et liberté, l'Association protestante libérale.

2 plusieurs commentaires

  1. patrick.guignard44@free.fr'

    Bonjour,
    Passionné de généalogie et notamment à travers des souvenirs de famille (GUIGNARD)et Internet, serait-il possible d’avoir une adresse mail afin d’envoyer un message au Professeur Didier SICARD. En effet, sa mère Denise Guignard a un lien familial avec la mienne (nos grands-pères étaient cousins).
    Cordialement
    Patrick GUIGNARD
    (neveu du Pasteur François GONIN)

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