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Une synergie pas très protestante Jacques 2,14-19

Justement le grand réformateur n’aimait pas trop cette lettre de Jacques qui lui semblait laisser une trop grande part au rôle des œuvres dans la justification. Si l’auteur de l’épître a certainement connu les écrits de Paul, il ne s’y oppose pas vraiment, mais cherche plutôt à les compléter pour que les nouveaux convertis ne s’égarent pas dans une foi qui serait trop contemplative. Jacques fait valoir qu’une foi vivante est nécessairement accompagnée d’engagements auprès de ceux qui sont dans la peine.

Les évangiles nous montrent bien un Jésus très souvent en prière et très souvent occupé à soulager la misère de son peuple. La foi et les œuvres sont pour lui en alternance. La piété et la miséricorde ne peuvent être séparées. Ce qui a fait écrire à Ignace d’Antioche au deuxième siècle : « La foi est la chair du Seigneur et la charité son sang. » Avoir foi en Dieu c’est donc avoir confiance en lui pour qu’il nous soutienne dans nos efforts de solidarité.

Mais Jacques va plus loin que de présenter les œuvres comme une simple conséquence de la foi. Car il écrit au verset 22 : « Tu vois que la foi “travaillait” avec les œuvres. » Du verbe sunergein en grec, travailler avec, qui a donné notre français synergie. Il s’agit donc d’un corps à corps dans le travail. La foi donne de la force aux œuvres comme les œuvres donnent de la force à la foi, lorsqu’ils sont engagés dans le même travail, dans le même combat. Anselme de Cantorbéry, commentant ce passage de l’épître, écrivait : « La foi est inutile et comme morte si elle n’est pas vivifiée et fortifiée par l’amour. »

Mais Albert Schweitzer allait beaucoup plus loin lorsqu’il déclarait : « Mon expérience m’a appris ceci : les œuvres ne viennent pas de la foi, c’est la foi qui vient des œuvres. » (prédication à Saint-Nicolas de Strasbourg du 14 juin 1903).

Ce corps à corps entre la foi et les œuvres se réalise au sein de chaque personne comme au sein des communautés. Certains de ses membres approchent plus facilement Dieu par la piété, la contemplation, d’autres par le service, la diaconie, l’action sociale. Et l’apôtre Paul, avec son image du corps, fait bien remarquer que chaque membre a une vocation particulière, différente de celle des autres. Toutes les vocations se complètent harmonieusement et sont nécessaires au fonctionnement et au témoignage de cet ensemble que représente la communauté chrétienne. L’Église à besoin d’hommes de foi et elle a besoin d’hommes d’œuvres, parce qu’elle a pour vocation la louange à Dieu et le service des hommes.

Retenons quand même la pensée de Jacques : une foi inactive, qui ne serait pas accompagnée d’engagements envers la communauté des hommes, est morte. Notre homme se démarque de Paul lorsqu’il écrit : « Vous constaterez que l’on doit sa justice aux œuvres et pas seulement à la foi. » C’est-à-dire : il faut la foi pour être considéré comme juste devant Dieu ; mais ce n’est pas suffisant, il faut aussi les œuvres.

On ne sait rien sur l’auteur de cette épitre de Jacques. On sait seulement qu’il n’était pas très protestant !

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À propos Henri Persoz

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est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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