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Sortir de sa mère de Pierre Notte

Ils sont deux et ils sont tout ce qui vit et bouge et râle et pleure. Ils errent dans les hôpitaux, les cimetières et les grands magasins, bricolent des crises de nerfs comme on fait des travaux le dimanche, tricotent leurs peurs à mailles serrées, parlent frappés de l’étonnement qu’il y ait des mots, chantent sans raison mais pourquoi y en aurait-il une qui vaille ? Eux, ce sont un garçon et une fille, un frère et une sœur, un père et une mère, un homme et une femme, tour à tour et en même temps. Il suffit d’être deux pour faire une société et qu’elle déraille bizarrement. Pierre Notte, dont le théâtre désenchanté et rieur s’est installé depuis quelques années sur toutes nos scènes, s’est un jour assis au bord d’une route comme au-dessous d’un volcan. De là, il regarde passer la caravane du monde et attend, puisque la terre tourne, que sa maison, s’il en a une, passe devant lui pour y entrer. Patient ou désespéré, rompu par l’attente ou enthousiasmé par la poésie des petits riens qui défilent sous ses yeux comme un exode de formes et de syntaxes vivantes et affolées, l’auteur de Moi aussi, je suis Catherine Deneuve et de Deux petites dames vers le nord revient avec Sortir de sa mère à un texte court, ardent et précis, tissé de son motif dans le tapis favori, la famille : œuvres complètes. On le sait raffiné et rabelaisien, coureur de chansonnettes et misanthrope apostat, épris de contes de fées quand les loups y sont philosophes et dépressifs. Il signe ici la mise en scène de cette nouvelle pièce parlée, chantée, sensée et à rebours avec l’élégance inflexible qu’il avait déjà consacrée aux Couteaux dans le dos en 2009. Sous sa direction, Chloé Oliveres et Brice Hillairet chantent, dansent, jouent avec une intelligence insolente et l’art de la fugue les affres de leurs personnages. Couple charmeur et inquiétant que l’innocence semble hanter ainsi qu’une propriété condamnée, comme un arc à deux cordes, ils tirent les flèches d’un texte qui ne s’embarrasse pas du temps qu’il faut pour respirer jusqu’à un épilogue suave et hollywoodien. Surtout, ils révèlent par la grâce qu’ils offrent à leur jeunesse, cette douleur sans borne qu’éprouvent seuls les enfants lorsqu’ils comprennent qui sont leurs parents. Et que malgré tout, ils tentent l’amour.

Sortir de sa mère, de Pierre Notte, mise en scène de l’auteur avec Chloé Oliveres et Brice Hillairet, du 7 au 31 juillet 2011, Festival Off d’Avignon, Théâtre Les 3 soleils, à 18h20, 4 rue Buffon, 84 000 Avignon.

À propos Thierry Jopeck

Thierry.Jopeck@evangile-et-liberte.net'

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