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Relire le premier numéro

  Samedi 4 janvier 1913. C’est la date de parution du premier numéro d’ Évangile et liberté. Cependant, nous lisons en tête : Vingt-huitième année. No 1.

  Paradoxe qu’expliquent les directeurs L. Lafon, A. Reyss et J. Jézéquel en deuxième page : avec deux vieux journaux datant de 1886, du neuf a été fait. Le Protestant d’un côté, né en terre libérale parisienne, et Vie Nouvelle de l’autre, provenant du pays luthérien de Montbéliard. Procédant à l’union de ces deux périodiques si différents, la Direction espérait bien bâtir le journal du peuple protestant tout entier après qu’un Synode à l’Oratoire a mis fin à des débats déchirants entre les diverses tendances.

  L’Évangile par la liberté et la liberté par l’Évangile. Voilà le programme. Toutes les libertés sont précieuses et nécessaires. Liberté de la conscience, de la pensée, de la science, de la critique, de la foi ; liberté de l’Église, liberté de l’État. Et puis l’Évangile qui a rendu au peuple protestant la confiance en lui-même, en son action et en son Dieu.

  L’éditorial de Charles Wagner, (1852-1916) disserte sur les commencements qui sont l’image même de la vie. Car il faut croire à l’éternelle nouveauté. « Les beaux chants n’ont pas encore été chantés, les grandes découvertes sont encore à faire. C’est devant nous qu’est le champ qui attend les semences et c’est dans l’avenir qu’est la terre des promesses. L’immortel compagnon de toutes les générations, l’ami de tous les âges est un esprit de commencement et de recommencement, de naissance et de renaissance. » Mais on sent déjà monter une certaine inquiétude devant les menaces de guerre : « Mourir est une étape de longue haleine qui exige un entrainement quotidien… C’est pour vivre, frères qu’il a fallu tant mourir, et qu’il le faudra encore. »

  On trouve beaucoup de nouvelles des pasteurs, des paroisses, des familles, ce qui est plutôt aujourd’hui le rôle de journaux régionaux. La nouvelle parution voulait rendre compte de la vie de la grande famille protestante, y compris celle de l’étranger.

  L’époque était à la défense des valeurs morales. Et ce premier numéro ne l’oublie pas. Sous le titre « La réaction anti-idéaliste en France », Jules Émile Roberty (1856-1925) se lamente de ce que la bourgeoisie française ne songe plus qu’à organiser les intérêts de classe et les intérêts individuels. « On ne tient plus à aucun principe ni à aucune doctrine mais on cherche partout les intérêts immédiats par les moyens qui réussissent le plus rapidement. Tout cela entraîne une baisse effrayante de la vie morale du pays. » L’auteur accuse aussi bien les philosophes modernes que le pragmatisme américain ou le socialisme prétendu révolutionnaire ou même le catholicisme romain. On l’aura compris, la seule solution pour retrouver toutes ces valeurs morales qui se perdent, c’est de serrer les rangs, au sein du protestantisme et de se replonger dans l’étude des évangiles !

  Ce premier numéro, comme les suivants, n’hésite pas à commenter l’actualité politique du moment, sans froisser les sentiments de chacun « en ne cherchant pas autre chose que l’amour de la vérité et de la justice ». Nous sommes en 1913 et les bruits de la guerre dans les Balkans ne laissent pas d’inquiéter. Avant même l’attentat de Sarajevo, l’Autriche était très menaçante, craignant de voir s’échapper son hégémonie sur la Serbie et la Bulgarie. L’article compte sur la sagesse des grandes puissances pour éviter la guerre. On connaît la suite. L’auteur, A. Reyss, rappelle que les protestants français sont pour la paix mais ne peuvent marcher la main dans la main avec les socialistes, car d’autres questions les séparent.

  Wilfred Monod (1867-1943), inquiet aussi de la guerre (« les bruits de tocsin emplissent l’air et nous conduisent à l’action ») déclare que le peuple protestant n’a pas le droit de disparaître. Suit toute une série de recommandations (la prière quotidienne, la récitation des Béatitudes avant chaque réunion importante, l’assiduité au culte etc. ) dont la plus curieuse est celle-ci : comparer, à la fin de chaque mois nos dépenses pour nos caprices et nos dépenses pour le Royaume de Dieu.

  Enfin, Charles Wagner, s’adressant aux jeunes, écrit une bien jolie méditation sur le temps qui passe : « Qui a vu le temps ? Qui peut le palper ? Et pourtant il se mêle à tous nos actes. Il faut le ménager et en tirer profit. Et ne pas tuer le temps. Celui qui tue le temps est un meurtrier. Il faut savoir l’exploiter, l’utiliser pour nous rendre meilleur, pour acquérir plus de bonté et de justice. » 

Un lecteur, un siècle plus tard : H. P.

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À propos Henri Persoz

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est un ingénieur à la retraite. À la fin de sa carrière il a refait des études complètes de théologie, ce qui lui permet de défendre, encore mieux qu’avant, une compréhension très libérale du christianisme.

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