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Quel est le propre de l’Homme ?

Le mot « animal » a la même origine que le mot « âme » (en latin anima est le souffle vital). Réfléchir sur les rapports entre l’animal et l’homme, c’est bel et bien réfléchir sur l’homme lui-même, et l’histoire de la pensée le montre.

  La Bible affirme à la fois la supériorité de l’homme (Gn 1,26 : « qu’il domine sur toute la Terre ») et le contraire (Qo 3,18-19 : les hommes « ne sont que des bêtes »). Pythagore, Platon puis Aristote, pour montrer la spécificité humaine, introduisent la notion d’ « âme ». Montaigne (XVIe s.) se demande si ce n’est pas « vanité de rabaisser la nature animale pour mieux élever la nature humaine ». Pour Descartes (XVIIe s.), l’animal n’est qu’une machine, l’homme pense ! Au XIXe siècle Darwin découvre l’homme comme un animal évolué dont il affirme pourtant la supériorité par la spécificité du langage et d’une culture.

  Le XXe siècle a vu se développer l’éthologie, étude des comportements animaux, qui fait considérablement évoluer l’image que l’homme se fait de l’animal. Aujourd’hui les scientifiques nous montrent combien les frontières entre les animaux et nous sont fragiles et relatives. Voici quelques exemples.

  Les animaux peuvent avoir un langage extrêmement évolué à base d’expressions corporelles et de sons modulés.

  Un bonobo a pu apprendre et comprendre des centaines de mots.

  L’animal peut utiliser des outils. Les singes utilisent des pierres et des bâtons pour atteindre de la nourriture. Certaines corneilles savent découper des feuilles qui leur servent de cannes à pêche.

  Le dauphin, le corbeau, certains grand singes et l’éléphant sont capables de réussir le test du miroir : lorsqu’on marque d’une tache le front d’un éléphant et qu’on lui présente un miroir, il passe sa trompe sur la tache, démontrant ainsi qu’il a conscience de lui-même.

  Réexaminant les notions d’outils, de communication, de rationalité, des chercheurs montrent que les comportements culturels ne constituent pas une rupture propre à l’humain, mais qu’ils émergent progressivement dans l’histoire du vivant. Le philosophe contemporain Jacques Derrida déclarait : « Je ne dis pas qu’il faille renoncer à identifier un “propre de l’homme”, mais […] aucun des traits par lesquels la philosophie ou la culture ont cru reconnaître ce “propre de l’homme” n’est rigoureusement réservé à ce que nous, les hommes, appelons l’homme. Soit parce que des animaux en disposent aussi, soit parce que l’homme n’en dispose pas aussi sûrement qu’on le prétend. »

  Gilles Bourquin, pasteur à Moutier, en Suisse, a présenté une conférence aux Journées libérales d’octobre 2009 à La Grande Motte : « De l’animal à l’Homme ». Il a accepté de résumer ce texte pour que nous puissions le publier ici.

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À propos Marie-Noële Duchêne

est enseignant-chercheur retraitée en Physique (université Paris-Sud Orsay). Depuis 2004, elle s’occupe du secrétariat de rédaction d’Évangile et liberté.

Un commentaire

  1. esther.durandreiss@gmail.com'

    je viens de tomber sur votre article, merci beaucoup pour ce raisonnement actuel et scientifique, dans une poursuite de la connaissance de l’Homme par l’Evangile.

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