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Par où la sortie ?

Guy Bottinelli, a été pasteur de la Mission populaire à Lyon ; il souhaite que les Églises portent un regard plus critique sur les problèmes économiques actuels et l’inertie des politiques dans ce domaine. Mais il note également quelques signes d’espoir.

Survenant après quelques autres moins graves, la crise financière actuelle n’étonnera que les ignorants du fondement de l’économie dominante : un individu réduit à n’être qu’un « homo economicus » tout occupé à maximiser son intérêt égoïste. Il se trouve que nos techniciens de la finance ont inventé toutes sortes de moyens adéquats pour le satisfaire, souvent en toute opacité et irresponsabilité. On connaît les paradis fiscaux et judiciaires, les niches fiscales, les produits dérivés, les délits d’initiés, etc.

  Ce déploiement de la puissance de l’argent appelle un regard nouveau des Églises sur les dangers de la richesse, régulièrement évoqués dans les prédications et la liturgie. On ne peut plus s’apitoyer sur les injustices et les inégalités sociales sans mentionner leurs causes économiques et financières, et parfois, en appeler à l’intervention du politique. Mais force est de constater qu’il est souvent impuissant, si bien que, dans la prière « pour ceux qui nous gouvernent » nous devons avoir en tête… les marchés financiers !

  Cela nécessite des clarifications sur ce que nous attendons du politique pour lequel nous intercédons, en appelant un chat, un chat. On peut s’inspirer du courage de l’Église Vaudoise de Palerme, qui lors du culte de Pâques 2010, mentionnait à deux reprises la Maffia, dans la confession des péchés et dans la confession de foi. Procéder ainsi, c’est faire oeuvre de lucidité spirituelle et d’éducation politique.

  Toutefois on ne peut pas s’en tenir à la dénonciation d’un mal qui serait sans remèdes. Alors à défaut de sortir de la crise par la porte du Grand soir, je relève, sans naïveté, quelques signes qui montrent que tout espoir n’est pas perdu.

  • le réveil du politique qui redécouvre les vertus de la coopération et de la solidarité ;

  • le retour du sens moral, encore exceptionnel, qu’expriment les titres d’ouvrages parus depuis 2009 : La prospérité du vice, Péchés capitaux, Moraliser le capitalisme, Les bobards économiques, Le triomphe de la cupidité, L’arnaque, Confessions d’un banquier pourri !

  • la coalition d’économistes réputés qui dénoncent les fondamentaux de l’économie dominante, comme l’auto-régulation des marchés et la soi-disant rationalité des acteurs économiques ;

  • la recherche de placements éthiques auxquels les banques se sont senties obligées de faire une petite place ; et surtout, la prise de conscience de l’opinion publique exigeant davantage de transparence et s’interrogeant sur l’utilité sociale d’activités financières tournant en rond (à chaque échange correspond une commission) au lieu de s’investir dans l’économie réelle. On voit même réapparaître la taxe Tobin dans certains textes.

  Sans ignorer que Mamon peut à tout moment redresser la tête, accueillons ces quelques signes d’optimisme comme autant de pierres jalonnant le chemin vers les réformes nécessaires, à commencer par celle du système financier.

  Même à dose homéopathique, il faut bien nourrir notre espérance.

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