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Mon premier cercle de silence *

Ce jour-là j’étais fatiguée. Mauvaise nuit, journée de travail

décourageante. Le cercle de silence ne tombait pas bien… j’avais

envie d’y aller, la cause me plaisait ; je m’étais engagée…

J’y suis allée. Tout d’abord la mise en place, le plaisir simple de

retrouver des personnes, toutes différentes, avec lesquelles je partage l’idée que

la dignité de l’homme ne peut être bradée.

Le cercle, cette position par laquelle nous sommes unis, nous nous côtoyons,

nous nous regardons.

Enfin, le silence. Petit à petit aussi à l’intérieur. Quel bienfait procure ce calme !

Un moment sans marcher, sans agir, sans parler, sans écouter… un moment

qui se suffit à lui-même…

Tout à coup des cris, des hurlements, des vociférations : quelques gamins

déguisés en méchants. Leurs cris déchirent le silence. La consigne : les ignorer.

Ils sont juste derrière moi, leurs slogans sont au ras de la terre, mon dos leur est

tourné… mais sur ce dos, pas de mépris, un poème. Eh oui, moi qui suis juste

devant eux j’ai la chance de porter sur une pancarte un poème. Grâce à lui, je

me sens bien.

Leurs slogans trop égoïstes ne tiennent pas longtemps face à ce silence, cette

cohésion, cette dignité.

Retour au silence ; silence conforté, réveillé, encouragé, qui fait sens.

Du repos, du calme, la pensée chemine, comme si elle ralentissait le

mouvement.

Et cette petite fille, étonnée : « Tiens Isolde, que fais-tu ? » Je lui explique :

témoigner. « Que fait-on quand on ne fait rien ? » « Essaie donc ! »… tentative

vite avortée, c’est long le silence…

Oui c’est vrai, c’est long. Une heure c’est long. Finalement cela passe vite,

enfin, certains moments. Le fait que ce soit long permet de véritablement s’y

confronter, au silence, de s’y abandonner.

L’heure est passée, je me sens bien. J’ai goûté à la paix intérieure. Quand

dispose-t-on d’une heure de silence, une heure où l’on ne fasse rien ?

  • * Les cercles de silence sont une forme de protestation contre les conditions de détention des demandeurs d’asile et immigrés « sans-papiers » dans les centres de rétention administrative. Ce type de manifestation non-violente, inauguré à la fin 2007 par des Franciscains de Toulouse, a été présenté dans le numéro 224 d’ Évangile et liberté.

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À propos Isolde Houziaux-Guiader

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