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Liturgies d’enfer

Réinventer la liturgie : une urgence pour Ivan Mikolasek, fidèle lecteur et prédicateur laïc. Il réagit à l’article de Gilles Castelnau («Les religions : un affront à l’intelligence ?», numéro 210).

La désaffection de nos temples a-t-elle pour cause l’opacité de nos liturgies ? L’écart entre ce qui est véhiculé dans nos cultes et la pensée d’aujourd’hui ne devient-il pas un gouffre ? Oui, l’offre est trop loin de la demande, et la liturgie se réfère à un corpus théologique d’un autre temps !

Protestant réformé par héritage, tombé tout petit dans l’ERF, je m’en suis absenté pendant près de 30 ans pour y revenir à 60 ans passés (groupe sociologique des « revenants ») jusqu’à être le trésorier du conseil presbytéral. Et même si l’air des cantiques est imprimé définitivement sur mon disque dur interne, je me demande pour finir si je comprends grand chose à ma religion.

Pour ne pas mourir idiot, je me suis mis à explorer les sites internet religieux, je me suis abonné à des revues : Réforme, Évangile et liberté, Théolib, les Réseaux des Parvis…, je lis de grands auteurs : A. Nouis, A. Gounelle, J.D. Causse, A. Houziaux, L. Basset, R. Picon, L. Gagnegin, D. Sibony, M. Serres, R. Debray, M. Onfray, Benoît XVI… et j’en passe et des meilleurs. Je me suis même risqué à Théovie. Dans l’élan, je suis devenu prédicateur laïc et je participe avec assiduité aux formations organisées par le Consistoire et la Région !

Et, oh surprise, je découvre une richesse de réflexion, une exploration de nouvelles pistes théologiques, une modernité passionnante (ah ! la théologie du Process !) qui me donnent envie de réfléchir, de travailler, d’aller plus loin…

Cependant, l’angoisse me prend quand il s’agit de préparer un culte. Non à cause de la prédication où j’exerce une liberté de parole que j’aime. À cause de la liturgie.

Bien sûr, je respecte le déroulement de la liturgie jaune puisque c’est la règle. Avec un peu d’humour et de provocation, un déroulement que je traduirais comme cela :

après avoir eu la prétention de parler au nom de Dieu (proclamation de la Grâce), au nom des « fidèles », je flatte Dieu, car on ne sait jamais (la Louange). Puis quand je crois ne plus rien risquer, (Dieu, Tu as vu comme je t’admire), je me reconnais pécheur, à ras de terre d’humilité (la Repentance). Car, c’est bien connu, je ne peux être que pécheur, je ne vis que par le mal que je fais. Le Péché, c’est mon identité ! Mais je suis tranquille : ça me donne droit au Pardon. Dieu me parle une fois de plus : chaque dimanche, je décide qu’Il pardonne mon péché (pour éviter ce mot, prendre au choix : mes péchés, mes fautes, mes erreurs… mes ratages de cible.) Et pour faire bon poids, j’ai droit à une piqûre de rappel de la Loi (sa Volonté), car j’ai la mémoire courte. Maintenant que nous sommes purs, je Le prie d’ouvrir nos oreilles (on en a bien besoin) pour discerner Sa Parole.

Vient alors le one man show de la prédic, pas plus d’un quart d’heure, dix minutes c’est mieux, pas trop compliquée : une ou deux idées, pas plus si on a envie d’être écouté. Après, pour remettre les pendules à l’heure (gare aux effets d’une prédic !), on se met à la Confession de Foi. Surtout pas le Symbole des Apôtres : il y est question d’un Dieu tout-puissant et d’un Jésus qui passe par l’enfer. Là, il faut poétiser. Ensuite l’Offrande, dite joyeuse avec son aumônière noire, vient à pic pour respirer un coup tout en donnant ses pièces jaunes (les initiés, eux, cotisent par chèque). Et puis l’Intercession, le moment où peut-être on se sent communauté (veiller à remplacer l’automatisé « Notre Père » par celui de M. Alause, effet de surprise garanti).

Enfin l’Envoi et la Bénédiction rassurent tout le monde et clôturent le rituel et son confort. J’oubliais que cette cérémonie est ponctuée de mouvements de foule : des assis-debout rythmés par des spontanés, des cantiques au contenu parfois déroutant tant il est archaïque, mais gare au flop d’un nouveau chant !

Si le culte est le point d’orgue de notre religion au sens étymologique (controversé) de « ce qui fait lien », n’avons-nous pas, en urgence, à revisiter, à réinventer sa liturgie ?

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À propos Ivan Mikolasek

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