Accueil / Journal / Les Chrétiens et la politique

Les Chrétiens et la politique

Il y a quelques temps de cela, j’ai écrit un de mes « billets » dans ce même journal Évangile et liberté, en mentionnant le nom d’un éminent homme politique qui, depuis, est devenu l’un des candidats à la prochaine élection présidentielle française. Cela m’a inévitablement valu du courrier. Pire, deux personnes m’ont reproché d’avoir écrit cet article, avec des arguments imparables : l’un m’ayant reproché d’être de droite, l’autre m’ayant reproché d’être de gauche. Au moins, ma stricte déontologie du devoir de réserve en tant que pasteur était sauve ! Au-delà de l’anecdote, cette histoire révèle que la question politique, en lien avec la théologie ou la foi, n’est pas une question comme une autre. Elle déclenche rapidement les passions et les invectives, beaucoup plus que la question de la Trinité ou de la double nature du Christ… C’est ainsi. Je crois donc qu’avant de chercher à réfléchir théologiquement au fait politique ou même à faire des propositions pour une éthique politique, il nous faut chercher à analyser ce phénomène étrange. 

Sans doute nous faut-il remonter le temps pour comprendre pourquoi, aujourd’hui, le simple fait de prononcer le mot « politique » dans une enceinte d’église peut faire fuir certaines personnes. La politique serait-elle le dernier tabou ? On ne cesse d’affirmer, et à juste titre, que le modèle des relations entre chrétiens est la fraternité, mais on admet difficilement, en tout cas en politique, que cette fraternité ne soit pas gémellaire… Or, la diversité, si chère à nos âmes protestantes, existe aussi en politique sans que cela ne soit insupportable. Je peux voter différemment de mon épouse sans divorcer pour autant…

Les histoires douloureuses

L’après-guerre fut sans doute une histoire difficile pour nos Églises. Comment vivre la fraternité avec les ennemis d’hier ? Comment réconcilier victimes et bourreaux, résistants et collabos ? Américains, Français, Belges, Allemands et Japonais ? Comment affirmer encore l’universalité de l’Église alors que seule la guerre fut universelle et que les humains ne furent que des humains, chrétiens ou non ? Comment oser dire quoi que ce soit alors que le christianisme n’a pas réussi à endiguer la barbarie ? La récente affaire de la démission de celui qui devait devenir archevêque de Varsovie et primat de Pologne illustre encore les cicatrisations parfois difficiles du passé. Le pape a accepté sa démission car une enquête (menée par l’Église) avait révélé qu’il avait collaboré avec la police secrète de la dictature communiste. Au moins dans cet exemple, les choses ont été dites, non sans courage. Mais parfois, plutôt que de se diviser, il est plus simple d’éviter certains sujets. Tout groupe humain refoule ses conflits en les érigeant en tabou, en interdit. Même les familles ont leurs secrets. Ce n’est sans doute pas la meilleure des solutions mais cela préserve, en tout cas à court terme, les relations humaines. Notre Europe occidentale fut très marquée par ces « silences fraternels ». La France fut aussi meurtrie par la guerre d’Algérie. Les attitudes, souvent opposées entre elles, des chrétiens dans cette guerre ont créé des souffrances encore très vives. Il suffit d’évoquer la question de la torture pour que le ton monte dans un synode encore aujourd’hui (je l’ai vécu).

Une autre histoire, nettement moins tragique cependant, marque encore nos esprits : mai 68. Ou plutôt les années 60 et 70. La politisation de tous les débats fut à son comble et eut souvent comme effet de vider les églises. Le reproche, sans doute justifié, fut que cette politisation évacua toute notion de spiritualité et de théologie. La pétition avait valeur de prière et le discours politique de théologie. Plutôt que de penser en terme de complémentarité, on eut tendance à supplanter l’un par l’autre. Même nos facultés de théologie furent politisées, comme toutes les autres universités d’ailleurs. Il y avait les facs de gauche et les facs de droite, souvent radicales les unes et les autres. Le discours théologique s’appauvrit en se fondant dans une idéologie politique. Du coup, prononcer le mot « politique » est, aux yeux de certains, revenir à cette époque décriée et redoutée. Or, aujourd’hui, risquer de vider les églises c’est courir le risque de la mort des paroisses, vue l’érosion de nos statistiques.

Le complexe césaro-papiste

Il est vrai que le passé de l’Europe « chrétienne » ne plaide pas en faveur d’une trop grande collusion entre politique et Église. L’histoire nous montre que l’alliance du sabre et du goupillon, le fameux « césaro-papisme » (système de gouvernement temporel [César] qui, dans une volonté de domination universelle, cherche à exercer son pouvoir sur les affaires religieuses [pape]), n’engendre pas que de belles choses. L’actualité nous montre aussi que partout où religion et pouvoir fonctionnent ensemble, on court le risque de l’arrogance et de la perte des libertés humaines les plus fondamentales. C’est vrai dans des pays « musulmans » (la dictature iranienne des ayatollahs) comme dans des pays « chrétiens » (l’influence des fondamentalistes sur la politique du président américain). Cette dénonciation doit être faite partout et en tout temps. Mais, à vouloir éviter le césaro-papisme, ne sommes-nous pas devenus muets ? La foi étant désormais du domaine de l’intime (et non plus seulement du privé), il est déplacé de dire quoi que ce soit de public au nom de sa foi. Il est même fortement recommandé à un homme politique de taire, voire de cacher, ses convictions religieuses. L’expérience de la laïcité française, bien que largement positive, nous fait courir le risque d’une schizophrénie des convictions, qui renforce le divorce entre foi et politique.

Par ailleurs, la laïcité française, qui est une expérience parmi d’autres, est à intégrer dans cette évolution plus vaste de la sécularisation de la religion. Cela a eu pour effet de « déconnecter » la foi de la morale. Plusieurs personnes peuvent avoir une même morale, un même engagement, mais au nom de convictions différentes. Un athée, un chrétien, un musulman, un juif peuvent se retrouver sur le terrain de l’action. On découvre alors une fraternité de l’action plus que de la conviction. Au sein d’une association, d’un syndicat, d’un parti politique, tous agissent dans le même but. Parler des fondements, philosophiques ou religieux, de chacun fait courir le risque de la division. Autrement dit, on ne parle pas plus de religion dans les partis politiques que l’on ne parle de politique dans les églises… Là encore, le divorce est consommé.

Une nouvelle donne : l’Islamisme

La situation internationale inquiète toute la planète. Cela va de soi. Certains vont jusqu’à évoquer un « conflit des civilisations ». Ce que l’on observe, image après image dans les médias, ce sont ces « fous de Dieu » invoquant Dieu avant d’assassiner des innocents. Cela, et c’est le moins que l’on puisse dire, ne redore pas le blason des religions. Car au-delà de l’amalgame entre islamistes et musulmans, c’est l’ensemble des religions qui est touché. Le cliché « les religions n’apportent que la guerre » a le vent en poupe, parfois même relayé par des intellectuels. Ceux-ci d’ailleurs critiquent une religion… qui n’existe plus depuis longtemps. La religion sert de repoussoir pour affirmer des convictions « plus modernes ». Le dialogue entre théologie et politique devient, dans ce contexte international, une réalité difficile.

Toutes ces raisons expliquent sans doute cette difficulté, pour ne pas dire parfois cette impossibilité, à évoquer la religion en milieu politique et la politique en milieu religieux. Et pourtant, sans vouloir revenir au mélange des genres et au césaro-papisme, je crois que le chrétien ne peut ignorer, ni spiritu-ellement, ni théo-logiquement, la question politique. N’avons-nous rien à dire sur « les affaires de la cité » (sens étymologique du mot « politique ») ? Sommes-nous condamnés à n’évoquer que la cité « céleste » et laisser aux politiques le soin de s’occuper des affaires de la société ?

L’incarnation désigne souvent la théologie selon laquelle Dieu se serait fait homme en Jésus Christ. Ce fut l’objet de nombreux débats dès les origines et on définit, notamment à partir de cette notion, le concept de « trinité » et de « double nature du Christ ». Mais si le débat semble s’être focalisé sur cette notion de « nature » du Christ, il en vint sans doute à oublier la vie de Jésus. Le Symbole des apôtres l’occulte même complètement : à peine « né de la Vierge Marie », le voilà qui « souffre sous Ponce Pilate », sans même lui laisser le temps de vivre, de rencontrer, de libérer, d’aimer, d’ « incarner » Dieu dans sa vie. 

Une spiritualité de l’appartenance humaine

Nos lectures des textes bibliques sont sans doute trop influencées par la philosophie néo-platonicienne du IIIe siècle (Plotin notamment). Lorsque le prologue de Jean affirme « la parole s’est faite chair », il ne désigne pas la même chose par ces mots que la philosophie qui apparaîtra 150 ans plus tard ! Dans la culture juive, la notion de « chair » ne vise pas essentiellement l’ontologie, la « nature » humaine, mais, plus simplement, notre « condition » humaine, notre vie quotidienne. Autrement dit, la Parole a quelque chose à dire de notre condition humaine, de notre existence en société, des affaires de la cité. Jésus « vit » la Parole jusque dans sa quotidienneté. Le christianisme peut alors développer une spiritualité de l’appartenance humaine. Il n’est pas une religion de la fuite du monde mais il fait le choix du monde.

Il est vrai que, là encore, le christianisme a été influencé par une forme de néo-platonisme qui dévalorisait la condition humaine. La perfection était conçue comme objectif qu’il fallait atteindre dans l’au-delà de notre vie. La notion de « paradis » prit son essor, vite accompagnée par son frère ennemi « l’enfer ». Qu’importe alors l’engagement pour la justice dans le monde puisque le Royaume (identifié au paradis, ce qui est loin d’être évident d’un point de vue biblique) est après notre mort. Pire, une certaine compréhension du paradis servit de vague consolation aux misères du monde. La fuite plutôt que le combat.

Il me semble qu’une théologie de l’incarnation nous invite, au contraire, au combat résolu contre tout ce qui risque de défigurer notre humanité. En d’autres termes, l’incarnation réconcilie la cité de Dieu et celle des hommes. C’est aussi le sens profond du mot « Emmanuel », Dieu avec nous, le « nous » désignant ici l’humanité tout entière. Il faut d’ailleurs ici noter que l’histoire a eu tendance bien souvent à « limiter » la portée de ce « nous », en le réduisant à l’Église par exemple (hors de l’Église, point de salut) ou à un pays (« Gott mit uns » sur le ceinturon des soldats allemands). La portée universelle du message chrétien, cette spiritualité de l’appartenance humaine, interdit tout nationalisme restrictif, en opposition aux autres nations ou peuples. C’est pour cela, entre autres, que l’extrême droite est incompatible avec le christianisme, même si l’histoire nous a parfois montré un autre visage. Hélas !

Une éthique de l’engagement

Fort de cette théologie de l’incarnation, le chrétien vit d’une éthique de l’engagement. On peut reprendre indéfiniment le débat entre Calvin et Luther sur le troisième usage de la Loi. Celui-ci a agité le monde protestant et continue parfois encore à agiter le microcosme des Églises. Ce débat peut se résumer en une question : est-ce que de la foi découle une éthique ? Peu importe à la limite, du moment que le chrétien a une éthique… La sécularisation nous a au moins permis de dépasser ce débat sur les fondements de l’éthique au profit de la question de la finalité éthique : que visons-nous lorsque nous agissons pour le monde ? Avec une vision du monde, avec une « espérance », on cherche à agir pour améliorer le monde. On peut, sans complexe, le faire avec d’autres qui le font au nom d’une autre vision. Lorsque l’on cherche à traduire cette espérance en termes politiques, s’ouvre alors l’espace de l’interprétation. On entre dans le débat démocratique. Il y a, du point de vue de l’Évangile, autant de légitimité pour chacune des propositions politiques démocratiques. Un chrétien peut être de gauche, du centre ou de droite. Je n’accepterai jamais le simplisme qui consisterait à déduire un vote de l’Évangile (lorsque l’on est dans une alternative démocratique). Ce serait occulter tout cet espace de l’interprétation, tout cet espace de l’engagement. Ma seule certitude c’est que l’Évangile me pousse inévitablement à me soucier de la question politique.

Une théologie de la Création

Dès lors que je place mon engagement dans l’espace universel, j’affirme ma foi en un Dieu Créateur. La spiritualité de l’appartenance humaine va de pair avec l’intégration de cette humanité dans une notion de volonté, de projet divin. Dans la théologie du process notamment, Dieu est compris dans sa finalité plus que dans sa causalité. Le Créateur est celui qui donne un sens à la création. On a souvent opposé, notamment dans la lecture que l’on fait de l’Ancien Testament, la théologie de la Création à celle du « Salut ». Doit-on encore opposer ces notions ? Le salut, la « libération », la finalité de l’histoire passe par la prise en compte du rôle spécifique de l’humanité au sein d’un ensemble plus vaste qui est notre monde. Je ne crois pas, par exemple, qu’il faille opposer, ni même choisir, entre la recherche de la justice et la défense de l’écologie. Nous, humains, sommes auteurs de création et, parfois de « dé-création », de retour au chaos. Lorsque nous défigurons la nature, nous défigurons l’humanité ; lorsque nous portons atteinte à la justice, nous défigurons l’humanité.

S’engager pour le monde c’est chercher, à la suite du Christ, à « incarner » la Parole, à la traduire en actions concrètes, en projets de société, bref en actions politiques.

On l’a bien compris : s’il existe des votes illégitimes du point de vue du christianisme, il ne saurait exister un seul vote légitime. Mais je crois que le protestant libéral (théologiquement parlant) peut aborder sa propre recherche d’interprétation avec une certaine « posture », un certain « style », caractérisé par un certain nombre d’éléments. J’en propose sept :

1. la réhabilitation du politique

On ne peut se contenter d’être les perroquets ou les marionnettes d’une idéologie. La recherche libre s’impose en politique comme en théologie. C’est un travail exigeant. Mais la merveille de la politique, c’est précisément l’alliance de l’action et de la réflexion. Aménager l’espace urbain, par exemple, ne se fait pas uniquement de manière « pragmatique » ; cela se réalise au nom d’une certaine vision de la société qu’il faut définir, conceptualiser. L’emplacement d’un pot de fleur dépend parfois d’un concept ! Il me semble que les protestants libéraux portent en eux ce double souci de la réflexion intellectuelle et de l’action en faveur de la société que l’on veut construire. Soyons des intellectuels pratiques, existentiels.

2. la critique évolutive

Les dogmes qui ont la prétention de l’éternité ne nous plaisent guère… Il en va de même en politique. Il s’agit d’accompagner, voire d’anticiper parfois, les évolutions de la société. Non pour en devenir les « suiveurs », mais pour prendre le temps d’une réflexion critique sur la société et ses mouvements. Notre critique ne peut alors se figer dans le marbre d’une tradition, mais elle doit épouser les fluctuations de la société.

3. des propositions pour l’homme

Si la critique est indispensable, elle ne doit pas nous dispenser d’investir le champ du politique en faisant des propositions. Les Églises sont parfois (souvent ?) en position d’attentisme et attendent que les lois soient votées pour les critiquer. « Protestant » ne signifie pas uniquement « râleur » mais aussi « témoin pour » (pro-testimonium). D’autres cercles de convictions (par exemple la franc-maçonnerie) réalisent un travail en profondeur qui débouche parfois sur des propositions de loi. Nous avons, nous aussi, notre place dans les débats de société, sans honte et sans arrogance.

4. le rôle social des religions

Les convictions d’un individu font partie de son identité. De ce fait, toute religion peut être appréhendée d’un point de vue social, comme conviction faisant partie du débat d’idées et d’identités dans la société. Cet aspect « identitaire » lui confère une mission sociale, celle de favoriser la coexistence des groupes et des individus. Nombreux sont les responsables politiques qui l’ont compris et s’appuient sur les « communautés » religieuses pour maintenir la paix sociale. On peut ainsi sortir de l’opposition stérile entre communautarisme et uniformisation de la société. Le protestant libéral se sent particulièrement à l’aise dans ce modèle d’unité dans la diversité. Oserais-je dire que nos convictions libérales sont d’avant-garde ? Je le crois ; sincèrement. Nous refusons autant les replis (égoïsme ou communautarisme) que les tentatives d’uniformisation. Nous pouvons devenir moteur dans ce rôle social, et donc politique, des religions.

5. action locale et universelle

La « mondialisation » est devenue une réalité, avec son cortège de difficultés et d’inégalités. Devons-nous rester passifs et nous contenter de « prendre acte » ? Le christianisme est, dès sa fondation, une forme de mondialisation. Son message a une portée et une vocation universelles. Nous croyons « l’Église universelle », quelle que soit la définition et les limites de celle-ci. Ne sommes-nous pas précurseurs en la matière ? Or, si l’histoire chrétienne n’a pas toujours été moralement exemplaire, elle a aussi été semée de prises en compte positives de cette « mondialisation ». Des systèmes d’entraide, de solidarité entre les Églises sœurs, et du coup entre les peuples, ont vu le jour ; des structures internationales ont été créées (Vatican pour les catholiques, COE – Conseil œcuménique des Églises – pour les autres). Nous sommes convaincus aussi qu’une action locale est toujours reliée à une réalité universelle. C’est l’un des sens de nos cultes. Ceux-ci ne sont pas que la prière d’un club restreint, mais porte l’ensemble de l’Église. Par cette longue histoire universelle, ne pouvons-nous pas être une parabole de ce que pourrait être la mondialisation ? Là encore, le modèle d’unité dans la diversité peut avoir sa pertinence.

6. la nuance comme style politique

Le protestant libéral aime la polémique quand celle-ci est intelligente et respectueuse. Il abhorre les idées trop simples, les lieux communs de la pensée. Toute réflexion est une recherche plus qu’une certitude. Elle ne peut se faire qu’en dialogue. Le protestant libéral a non seulement une « éthique de la conversation », pour reprendre une expression chère à Olivier Abel, mais aussi une « théologie de la conversation ». Cette manière de procéder évite les simplismes et les réductions, en acceptant la complexité des problématiques. Il en va de même en politique. Les réponses simples aux questions complexes sont souvent dangereuses. On ne peut se contenter d’appliquer aveuglément des principes édictés une fois pour toutes. Pour reprendre la distinction classique, il n’existe pas d’éthique de conviction sans éthique de responsabilité. De plus, cette culture du dialogue évite les enfermements partisans définitifs. Certes la démocratie est un rapport de forces, mais plusieurs partis (dans l’espace démocratique) peuvent avoir de bonnes idées. Ni adhésion aveugle, ni condamnation systématique. Cela explique sans doute qu’il existe peu de votes extrêmes chez les protestants libéraux. Et, quand ils existent, ils sont plus l’expression de peurs, d’angoisses ou de frustrations que de convictions établies.

7. la volonté de débat

En tant que pasteur, je me tiens à un strict devoir de réserve quant à mes convictions politiques, notamment dans la prédication. Mais deux remarques s’imposent. Tout d’abord, il m’appartient, par mon souci de fidélité à l’Évangile, de rappeler l’incompatibilité entre certains votes et la foi chrétienne, si diverse soit celle-ci. D’autre part, ce devoir de réserve fait partie de la déontologie pastorale (et j’y tiens !) dans l’exercice de fonctions et de responsabilités, mais il ne s’applique pas à l’ensemble de l’Église. La réserve pastorale ne signifie pas le silence des chrétiens. Et pourquoi ne pas imaginer alors, puisque nous sommes frères et sœurs, unis et divers, que l’on puisse débattre entre nous, sans animosité ? Le débat est indispensable à la recherche de la nuance. Il est un vaccin contre l’imbécillité.

Être chrétien c’est choisir d’aimer le monde ; s’engager politiquement, c’est choisir de servir le monde. Ne pouvons-nous pas faire un bout de chemin ensemble ?  

Don

Pour faire un don, suivez ce lien

À propos Jean-Marie de Bourqueney

est pasteur de l’Église protestante unie. Il est actuellement à Paris-Batignolles. Il est notamment intéressé par le dialogue interreligieux et par la théologie du Process.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.