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Le christianisme face aux pauvretés

 La diaconie est liée à l’Évangile, elle est Évangile annoncé. Dans les Actes des Apôtres, la diaconie reste la première institution de l’Église Primitive, d’abord services des tables et aussi entraide auprès des veuves ; elle est très modeste, ciblée et centrée sur l’Église. Mais la diaconie accompagne celleci tout au long de son histoire. À côté des ministères de pasteur, docteur et ancien, la diaconie est un des quatre ministères définis par Calvin. Aujourd’hui elle est plus que jamais à l’ordre du jour.

La pauvreté pose trois problèmes :

Problème individuel

 Elle est culpabilisante, accusatrice : pourquoi lui et pas moi ? Ma richesse, ma santé, ma culture sont-elles légitimes si l’autre n’a rien ? Et ma vie même, est-elle légitime quand l’autre meurt ? Nous le savons lors des décès, surtout d’enfants. Dans de telles circonstances on entend des réflexions : « On aurait voulu mourir à leur place », « Être là quand il le fallait » etc. Nous le savons lors de catastrophes quand les survivants ont un sentiment de culpabilité par rapport à ceux qui sont morts, c’est vrai aussi pour les rescapés des camps de la mort.

 

La pauvreté nous culpabilise ou le pauvre nous interpelle. Il est là, silencieux pesant, discret mais insistant, on détourne le regard, on le voit mais on ne regarde pas. Le pauvre est transparent mais il rend notre conscience opaque. Toutes les justifications sont avancées pour échapper à la rencontre : « J’ai mes pauvres », « Je suis pressé », « Ce sont des truands », « Ils n’ont qu’à travailler »… On n’aide jamais assez. En fait, le visage du pauvre renvoie à notre propre image, à nos faiblesses, à nos hontes cachées, refoulées, à nos failles : le pauvre est un autre nous-mêmes. Il dérange. On n’est jamais indifférent en fait, d’où une haine et un rejet du pauvre ou une compassion et une action en sa faveur. À l’inverse, la culpabilité peut aussi enfermer le pauvre dans une spirale d’où il ne peut sortir : pourquoi moi ? Qu’ai-je donc fait ?… Questions sans réponse mais qui n’aident jamais la victime dans son combat pour se sortir de la misère.

 Problème collectif

La pauvreté remet en cause la société et la justice. Que vaut une société qui produit puis accepte en son sein une population vivant dans la pauvreté, ou qui ne sait pas lutter contre la misère ? La pauvreté est accusatrice, elle montre les limites d’un système, alors le système la rejette à sa marge. La pauvreté, fille de l’injustice, de l’aveuglement des puissants, crée des déséquilibres au final dangereux… L’Histoire nous apprend, hélas, que la pauvreté a toujours accompagné l’opulence. Face à face inévitable ? L’humanisme, nos démocraties et les progrès de la conscience morale (progrès peut-être pas si évidents) dénoncent pourtant l’injustice et tendent à la combattre.

  Problème théologique

La pauvreté pose le problème théologique du mal : mal subit par le pauvre et mal que je fais subir par mes actes ou mes absences d’actes. La pauvreté apparaît comme absurde. Elle pose une question de sens et elle pose la question de l’existence de Dieu et de quel Dieu ? Comment le Dieu tout puissant que nous confessons parfois peut-il laisser faire de telles injustices ? Certains diront que c’est une épreuve, ou un signe de la liberté qu’il nous a donnée et que nous utilisons mal. Comment un Dieu d’amour peut-il laisser faire le mal au nom de la liberté ou l’imposer au nom d’une hypothétique mise à l’épreuve ? Le Dieu de la Bible est tout sauf sadique ou indifférent à l’injustice ! Il y a là une porte ouverte à l’athéisme, ou au moins au rejet. Quelles réponses apporter ?

 La question « le christianisme face aux pauvretés » a toute sa pertinence.

Une question de sens

Celui qui est dans la misère, le désespoir, l’exclusion plonge dans l’absurde. La religion nomme le mal et propose un système pour lutter contre l’absurde : le Karma, le péché, le destin. Nommer, c’est déjà donner du sens, retirer du désarroi, c’est déjà aussi un peu dominer. Nirvana, grâce, paradis, bénédiction… la religion essaie des réponses et donne de l’espoir. Elle tente d’expliquer avec plus ou moins de bonheur : volonté de Dieu pour les uns, résultat d’une vie antérieure pour d’autres. Pour le christianisme, la pauvreté qui accable l’individu en fait souvent une image du Dieu souffrant. Le pauvre est l’ami de Dieu. La pauvreté est parfois perçue comme le résultat d’une malédiction divine à la suite d’une faute. Dans tous les cas, le pauvre est aussi celui qui permet l’aumône, la solidarité, la compassion et dans une certaine mesure aussi la bonne conscience. Le pauvre est celui qui permet une certaine accessibilité au salut par les oeuvres… Rôles cruels dévolus aux pauvres, mais rôles malgré tout ! Mais se pose alors la question du sens et de la gratuité de nos gestes de solidarité !…

 Le christianisme a toujours donné un statut aux pauvres [NDLR : cf. « Pauvreté d’hier », Évangile et liberté, no 231, p. 20]. Ce qui est grave aujourd’hui, c’est que l’exclu n’est plus rien et se trouve en dehors de la communion des humains : exclu, dehors, rejeté, ignoré, il n’est rien. En célébrant un Dieu souffrant, ami des pauvres, juste, un Dieu de la grâce, en nommant le mal et en donnant un statut aux pauvres, l’Église intègre, nie l’exclusion, cherche à donner à tous une place et une dignité. Ici se pose le problème de la grâce, c’est une question de théologie. Une question de théologie La question centrale est l’annonce de la Bonne Nouvelle d’un Royaume fondé sur l’amour de Dieu. La diaconie illustre et dit la théologie de la grâce et de l’espérance. La pauvreté est aussi le signe d’un paganisme ambiant. On sert une idole de puissance, on s’y projette et on se prend pour Dieu ; de fait, la peur, le mépris et le rejet des autres s’installent. En revanche, servir Dieu dans l’Écriture, c’est faire confiance et voir les autres comme des frères.

a) La fin de la malédiction adamique

Les évangiles et les Actes relatent de nombreux récits de guérison et d’accueil de gens rejetés : paralysés, aveugles, lépreux, prostituées, personnes impures etc. sont au bénéfice de ces actions. Les miracles du Nouveau Testament ne vont pas contre l’ordre de la nature, ils visent à débloquer, rompre l’isolement, reconstituer les liens rompus (exemple des muets et des sourds).

 Dans l’Antiquité, un malheur était vu comme une malédiction de Dieu à la suite d’une faute commise par un ancêtre ou par la victime elle-même. Guérir ou accueillir les maudits, c’est signifier la levée de la malédiction adamique, la grâce. Ces guérisons sont des signes pour tous ceux qui sont en situation de souffrance : au regard de Dieu, il n’y a pas de maudits, il n’y a que des êtres dignes d’amour. La nouvelle Loi, ce sont les Béatitudes : « bienheureux !» ou « en avant ! », « debout ! » les pauvres. Ce discours est prophétique, il s’inscrit dans la suite des messages de l’Ancien Testament. L’institution du sabbat nous signale que la malédiction qui consiste à « travailler tous les jours » est en partie levée, elle ouvre la voie à un discours de justice repris tout au long des récits autour de l’Exode et de la Loi, par exemple dans le livre de l’Exode au chapitre 22 (versets 20 à 26), au chapitre 23 (versets 9 à 12) ; on lira aussi la « Loi de Sainteté » dans le livre du Lévitique au chapitre 19 (versets 9 à 18) ou encore le livre du Deutéronome, au chapitre 25, des versets 17 à 22 et au chapitre 27 des verset 19 et suivants.

 Les prophètes comme Amos, Ésaïe, Osée n’auront de cesse de dénoncer les injustices et de les lier à la perte du culte du Dieu d’Israël. L’Église reprend ces discours, elle a une « extériorité prophétique », une distance et une proximité qui lui donnent la liberté de la critique à l’encontre des injustices de notre société qu’elle ne doit pas manquer de dénoncer. L’Église doit être porteuse de contestation, de projet et d’espérance si elle veut être entendue et si elle veut faire passer le message de l’Évangile.

  b) Signe du Royaume

Dans la société à laquelle elle appartient, l’Église doit témoigner de la dimension du Royaume en donnant aux exclus, aux pauvres, la place qui leur revient. Annoncer la grâce implique de montrer quels en sont les effets. Lorsque l’Église introduit en son sein les exclus et les maudits, elle annonce le Royaume et montre ce que peut être (modestement certes) une image de ce Royaume. Celui-ci est le lieu annoncé, et déjà présent, où les hommes peuvent vivre la fraternité et la justice de Dieu. Albert Schweitzer, en développant l’idée de l’eschatologie conséquente (le Royaume est déjà là et pas encore), n’a-t-il pas mis en pratique cette idée à Lambaréné ? Si l’Église n’est pas le Royaume, rien n’empêche qu’elle soit porteuse des signes du Royaume, et la diaconie est bien l’un de ces signes. Les gestes de la diaconie sont des lumières dans les ténèbres, des moments d’éternité qui donnent sens à notre temps.

 Jésus radicalise le discours prophétique en affirmant la grâce par les gestes qu’il accomplit. Paul reprendra l’annonce du salut de manière claire dans sa prédication. Les gestes de Jésus affirment la gratuité du salut par la levée des malédictions. Exclusions, maladies, infirmités, étaient vues comme des malédictions envoyées par Dieu pour punir les pécheurs et/ou leur descendance (voir par exemple Jn 9,3 : « Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents » ?). Seul Dieu peut lever les malédictions. C’est ce que fait Jésus chaque fois qu’il relève ou libère un malade ou un exclu. Pas de maudits, pas d’exclus ici, mais une éthique, fondée sur le pardon, l’accueil, l’amour. La prédication, ainsi que la mort de Jésus, montrent que Dieu est résolument du côté des maudits de la société.

  Cette prédication qui touche l’être humain par la Parole vivante et agissante transforme l’individu et en fait un homme nouveau. La prédication du Royaume permet une nouveauté de vie. La grâce libératrice ouvre le chemin de l’espérance et de l’amour tels que nous les voyons célébrés, dans la Bible, dans, par exemple, la première épître aux Corinthiens, au chapitre 13. Il est évident que le lien existant entre la grâce et la diaconie est central dans nos Églises. Nous ne sommes donc pas étonnés de voir Jésus mettre au centre de sa prédication le résumé de celle-ci : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

 Parce qu’elle est participation aux signes du Royaume, la diaconie est aussi une participation à la joie. Joie de rencontrer l’autre, le frère, de l’aider ; joie également de recevoir de l’autre ce qu’il peut offrir et, dans ce domaine, la reconnaissance n’a pas de limite ; joie aussi de discerner dans l’autre le tout Autre. Dans l’acte d’aimer et d’aider, la distance entre Dieu et le monde se réduit, voire disparaît. L’abolition de cette distance est aussi signe de la grâce. Parce qu’elle appelle à l’action, la diaconie engage notre responsabilité et notre dignité. Malgré les difficultés et les échecs, elle est aussi déculpabilisante. Une action, aussi minime soitelle, est toujours constructive et ce ne sont pas toujours les actes les plus spectaculaires qui ont le plus d’effet. École de l’échec (hélas !), la diaconie est aussi école de la patience. La diaconie est un échange où celui qui est le plus aidé n’est pas toujours celui que l’on croit !

  c) La diaconie comme prédication

La prédication reste bien l’annonce de la Parole de Dieu, la grâce ; mais la prédication est aussi illustration de cette parole qui est, rappelons-le aussi, action. L’action de l’Église rend crédible la parole prêchée. Une parole sans acte est une inconséquence, un contre-témoignage.

 Des pères apostoliques aux théologiens médiévaux, tous refusent la pauvreté, fustigent la richesse quand elle devient idolâtre et/ou mal employée. Leurs modèles sont Lazare, Naboth ou évidemment le Christ souffrant. Le pauvre permet la rencontre avec Dieu, car Dieu en Jésus a pris le visage des pauvres. De fait, la diaconie accompagne l’Église ; elle illustre la prédication. Innombrables sont les oeuvres des Églises même aux plus sombres heures de leur histoire, sans parler des actes isolés de tout un chacun dans la vie quotidienne. Ici la pauvreté devient modèle, chemin de salut, exemple à suivre, oeuvre. Le dénuement le plus total sera recherché à l’instar des Pères du désert. On en est arrivé parfois à des exagérations, les oeuvres prenant le pas sur l’annonce de la grâce. À cette exagération, la Réforme portera remède.

 Comme toutes les confessions chrétiennes, la Réforme s’est penchée sur la question des oeuvres et de la diaconie. La liberté du chrétien, qui ne court plus après les oeuvres pour obtenir le salut (rites, obligations diverses, pèlerinages, oeuvres sociales), dégage l’homme et lui permet d’agir en fonction du salut acquis. Aider les autres n’est pas une obligation mais une manière d’être, une reconnaissance, un témoignage. Nous rejoignons là l’aspect qui devient prophétique de la mission de l’Église et l’annonce du Royaume dont elle est porteuse. Calvin institue le diaconat comme un grand ministère de l’Église, bien sûr en s’appuyant sur l’Écriture.

 Dans l’histoire contemporaine de l’Église, la diaconie occupe toujours une place de choix ; par exemple, face à la misère ouvrière, le christianisme social, la Croix bleue, les missions populaires, ont accompli et accomplissent toujours un travail considérable et sont encore un témoignage vivant de l’Évangile. Les témoins de l’Évangile au XXe siècle pour le grand public se nomment Schweitzer, Martin Luther King, côté protestant, l’abbé Pierre, mère Teresa, côté catholique.

  d) La diaconie oecuménique

La diaconie est oecuménique car fondée sur les deux grands commandements de l’Amour repris par la prédication de Jésus et celle des Apôtres. Certes la diaconie – les oeuvres – peut avoir des spécificités selon les Églises. En caricaturant on peut souligner une diaconie de participation au salut, une diaconie comme signe du Royaume, une diaconie comme tremplin d’évangélisation etc. Mais face à l’ampleur du problème et face à l’attention que toutes les Églises portent aux pauvres, l’union dans l’action, sur le terrain fait vivre un réel oecuménisme au service du témoignage du Dieu vivant et aussi au service d’une efficacité plus grande dont bénéficient les plus pauvres. La diaconie est oecuménique car elle concerne tous les chrétiens. Si tous n’ont pas le charisme ou les forces nécessaires pour s’engager sur le terrain, la communauté ecclésiale peut soutenir par la prière les engagements de la diaconie et ainsi s’engager à ses côtés.

  e) La diaconie est conversion

 

La diaconie n’est pas si simple. Elle est signe de notre échec et de notre finitude : combien de gens ne peut-on pas aider ? Parmi ceux qui sont aidés quelle réussite avons-nous ? Il faut accepter les échecs parfois très graves (suicides, décès, révoltes etc.) et en tirer les conséquences. Il faut également accepter nos limites. La diaconie est aussi l’apprentissage de la gestion du temps. Sortir quelqu’un de l’exclusion est complexe, difficile et long. S’engager c’est souvent s’engager à long terme.

 La diaconie est signe d’une conversion qui implique une confiance en Dieu Sauveur, humilité et patience de la part de celui qui s’engage. Nous sommes ici dans le cadre d’une vraie conversion. L’homme nouveau dont parle l’apôtre Paul est un homme qui se sait sauvé par le Dieu révélé en Jésus Christ. Il peut s’engager au service des autres en toute liberté. Là est le centre de notre débat à savoir que la diaconie est inspirée par Dieu. Elle n’est pas une simple oeuvre humaniste, elle a une dimension autre, de l’ordre du charisme, de la vocation. Parce qu’il est converti, celui qui s’engage sait qu’il n’est pas seul face aux difficultés et aux échecs, il se sait soutenu par Dieu, nourri de sa Parole. Sans la Parole comment vivre nos finitudes, nos échecs ? Si celui qui aide est un converti, celui qui est aidé est aussi concerné par le sens même de l’aide. Certes celle-ci est gratuite mais l’éclairage de la parole sur l’aide devient un appel et une espérance pour celui qui est aidé. C’est dans le signe de l’espérance qu’est la diaconie que peut se puiser la force de vie qui permettra à un malheureux de se redresser (ressusciter !).

  f) L’action diaconale comme loi de sainteté et signe de l’Alliance

Les dix Paroles (ou dix Commandements) sont au centre de l’Alliance. La première table de la Loi pose l’existence de Dieu et, déjà, par le quatrième commandement relatif au sabbat, lève la malédiction adamique qui stipulait que « l’homme travaillerait tous les jours de sa vie » (Gn 3,17-20). L’Alliance apparaît ici comme un nouveau moyen pour vivre, que Dieu offre aux Hébreux, fondé sur la liberté et la grâce : « Je t’ai libéré de la maison de servitude » (Ex 20,2). Il en découle une nouvelle manière d’être, de se comporter ; les paroles de la deuxième table de la Loi organisent la fraternité qui doit régner au sein du peuple. Dans le « code de l’Alliance », c’est-à-dire dans les développements qui suivent le Décalogue, la Bible nous engage vers une éthique fondée sur l’attention portée aux plus démunis : par exemple Ex 22,20-26 développe le comportement à avoir vis-à-vis des veuves, des orphelins ou des plus pauvres (celui à qui il ne reste qu’un manteau). Ces textes, repris dans le Lévitique et le Deutéronome, placent les Hébreux en tête des nations qui, dans l’Histoire, ont eu soin de tous les membres de leur communauté, des exclus en particulier. Il y a là un signe de la mise à part d’Israël (la sainteté).

  Les prophètes n’auront de cesse de défendre cette vision du code de l’Alliance. Ils rappelleront toujours l’exigence de la fidélité à Dieu, l’exigence de la justice qui découle de l’Alliance. Dans une société souvent païenne, riche et où l’égoïsme est roi, la prédication de la justice devient centrale. Les premiers chapitres d’Ésaïe sont clairs à ce sujet. Le prophète lie ici le culte et la justice ; un culte sans justice fait horreur à Dieu (Es 1,11-17 et 3,13-24) ; c’est dans ce cadre que s’exprime la vocation du prophète au chapitre 6. Élie avait déjà prêché contre l’injustice de la maison d’Israël au livre des Rois. Mais Amos (« parce que [les riches de Samarie] ont vendu le juste pour de l’argent et le pauvre pour une paire de sandale ») (2, 5), en vient même à injurier les Samaritaines en les traitant de vaches de Basan, c’est-àdire de charolaises ! Michée va dans le même sens. Tous affirment que Dieu est du côté des plus pauvres. Dès lors que nous affirmons notre christianisme fondé sur l’Écriture, comment ne pas reprendre à notre compte pour les appliquer les appels répétés des prophètes et les termes du code de l’Alliance ? Alors que nous lisons ces lignes, des exclus de tous bords – veuves et orphelins – sont morts à cause de l’égoïsme des plus puissants de ce monde. Nous devons nous inscrire dans la suite de la prédication prophétique de l’Ancienne Alliance.

  Une pratique à développer

 Le christianisme a toujours été un moyen pour combattre la pauvreté. Toujours inacceptable, la pauvreté a nécessité de gros moyens pour lutter contre elle.

 Autour de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain se sont organisées l’aumône et l’entraide dès l’origine de l’Église. L’entraide, sous ses différentes formes : écoute, partage du temps, aides financières et matérielles, aide médicale, culturelle… évite aux plus démunis de sombrer dans le désespoir et/ou la violence, pour survivre. Dans l’Antiquité, les églises et les résidences des évêques étaient connues comme des lieux de refuge et d’aide. Les monastères, dès le Xe siècle, l’hôpital (hôtel Dieu), la cathédrale, sont des lieux qui témoignent, dans l’Histoire, de l’impressionnant travail de l’Église en ce qui concerne la diaconie.

 

Aujourd’hui, les oeuvres des Églises et les engagements des chrétiens dans la diaconie continuent dans tous les domaines, montrant par là une certaine souplesse : ATD Quart Monde, Emmaüs, CIMADE, Centres d’action sociale protestants, banques alimentaires, SOS Amitié, Croix Bleue et Alcooliques Anonymes, Croix Rouge et Planning familial sont gérés, influencés ou fondés par des Églises ou des chrétiens.

 Si les oeuvres accomplies par les chrétiens restent importantes la tâche qui reste à accomplir est immense, voire écrasante. L’Église a besoin de relais, de paroles fortes, de contestataires pour continuer le témoignage. Si des théologiens sont nécessaires à côté de ceux qui s’engagent sur le terrain, la prière et le soutien de tous les membres de l’Église restent d’une importance fondamentale. La diaconie est une action communautaire, un des grands ministères de l’Église.

 Qu’on le veuille ou non, qu’elle se taise ou prenne part aux débats de la société contre ceux qui disent que l’Église ne doit pas faire de politique, le silence ou la parole de l’Église est politique. Se taire s’est soutenir ce qui se met en place ! L’Église doit assumer sa dimension prophétique et montrer au monde que l’annonce du Royaume n’est pas opium mais une réalité, un combat et une dynamique au service de la justice. Le christianisme est un humanisme, un souffle, une espérance pour tous, même pour les damnés de la terre même et surtout pour les maudits.

 La Bible véhicule une théologie de l’être – de la personne – et de la liberté permettant une rencontre avec l’autre toujours renouvelée. La diaconie nous permet de rejeter l’image de Dieu que l’Église véhicule trop souvent, celle d’un Dieu qui juge, éventuellement condamne, pour laisser place à la vision du Dieu qui accompagne, du Dieu souffrant, du Dieu de la grâce. *

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À propos Vincens Hubac

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est pasteur de l’Église protestante unie de France au Foyer de l’âme, à Paris. Il est engagé dans la diaconie et intéressé par le transhumanisme.

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