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La Réformation, les protestants et la morale

  L’Évangile fonde-t-il ou non une morale ? Quelle est l’autorité biblique en matière éthique ?

  Une « réponse » sur l’éthique protestante est donnée par Olivier Abel (Libresens n°3, CPED, Mars 1991) : pour Luther il n’y a pas de morale chrétienne car « toute morale reste une tentative d’autojustification, une manière de chercher une sanctification dans des oeuvres. » ; par contre pour Calvin tout est éthique dans la vie chrétienne : « L’éthique n’est pas de l’ordre de la justification, mais du témoignage rendu, de l’attestation, de l’action de grâce. » Et Olivier Abel poursuit : « Sans la critique luthérienne, l’éthique protestante pourrait virer à l’utopie, à l’alternative totale qui dissout le lien social. Sans l’affirmation calviniste, l’éthique protestante pourrait virer à l’idéologie conservatrice. C’est pourquoi il faut tendre l’arc entier de cette éthique, qui n’est pas et qui est évangélique. »

  La Réforme se présente comme une désacralisation des interdits.

  Calvin refuse l’argument qui consiste à dire que pour ne pas scandaliser les fidèles, il faut les maintenir sous des interdits et des obligations qui les infantilisent. Il faut d’abord désacraliser les formes de vie imposées par les religions, montrer qu’elles sont relatives à des traditions et des contextes. Les Réformateurs rompent les interdits alimentaires, l’obligation du célibat des prêtres, l’interdiction du prêt à intérêt, l’interdiction du divorce.

  Au XXe siècle, dans la même dynamique, les protestants ont accepté sans hésitation la contraception, la pilule et le préservatif. Fondé en 1960, le Mouvement français pour le Planning familial a commencé en 1956 avec la création par des protestantes, dans la quasi-clandestinité, de la « Maternité heureuse », au nom d’une éthique de la responsabilité individuelle. En 1971, la Fédération Protestante de France déclarait que, « dans certains cas, il y a plus de courage et d’amour à prendre la responsabilité d’un avortement qu’à laisser venir au monde des vies menacées ». Puis, en 1973, elle élargissait cette déclaration estimant que, en plus des cas de menace grave pour la mère ou l’enfant, certaines situations de détresse sociale pouvaient être prises en compte pour justifier une IVG mais qu’il ne « faudrait pas que l’avortement devienne pour la société un moyen facile de se débarrasser des problèmes sociaux qu’elle doit résoudre ».

  Aujourd’hui, en France, c’est la question du « mariage pour tous » qui agite la société et les Églises. Notons que six pays de l’Union européenne reconnaissent le mariage homosexuel : les Pays-Bas (depuis 2001), la Belgique (2003), l’Espagne (2005), la Suède (2009), le Portugal (2010), et le Danemark (2012).

  Marianne Carbonnier-Burkard, historienne du protestantisme, montre ici que les Réformateurs ont bien été des « champions » du mariage pour tous ! Ce texte est celui de la conférence qu’elle a donnée en janvier dernier à la Société de l’Histoire du protestantisme français.

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À propos Marie-Noële Duchêne

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est enseignant-chercheur retraitée en Physique (université Paris-Sud Orsay). Depuis 2004, elle s’occupe du secrétariat de rédaction d’Évangile et liberté.

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