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La messe en latin

En « réactivant » la messe en latin, le pape a donné de nouveaux frissons aux protestants. André Gounelle nous dit ce qu’il en pense.

Depuis de nombreuses années, j’entends régulièrement un de mes vieux amis, très catholique et fort sympathique, se plaindre de la disparition, après Vatican 2, de la messe en latin. Elle avait à ses yeux de grands mérites : elle concrétisait sa continuité spirituelle avec ses parents et grands-parents puisqu’il utilisait les mêmes formules liturgiques qu’eux ; il y voyait l’avantage (qu’en fait, il n’a jamais expérimenté) de pouvoir suivre dans n’importe quel pays du monde une messe sans être dépaysé ; et, enfin, le latin lui donnait un sentiment de sacré et de mystère qu’il ne retrouvait pas avec le français. Pour ma part, dans la ligne du protestantisme, je trouve important que le culte se fasse dans la langue du pays, celle qu’on utilise tous les jours et qu’on comprend facilement. Mais, en écoutant mon ami et tout en lui exprimant mon désaccord, je me suis souvent dit : « S’il tient tellement à sa messe en latin, qu’on ne l’en prive pas, pourquoi lui faire de la peine ? »

Le Vatican vient de l’exaucer. Dans une lettre apostolique (qu’en jargon romain on appelle Motu proprio) du 7 juillet 2007, Benoît XVI invite à réactiver la messe en latin. J’écris « réactiver » et non « autoriser à nouveau », car elle n’a jamais été interdite ; elle était seulement déconseillée et n’était guère célébrée que par quelques opposants résolus à l’aggiornamento de l’Église catholique. Je ne parle pas, non plus, de la « restaurer », car Benoît XVI souligne que la célébration en langue locale est bien la « forme normale », « ordinaire », et donc habituelle. Il n’entend donc pas rendre au latin la place quasi-exclusive qu’il occupait auparavant. De plus le pape souligne que les deux messes sont, au fond, identiques ; il ne s’agit pas de deux rites différents, mais d’un « double usage » du même rite.

En quoi cette affaire concerne-t-elle les protestants ? Rappelons que leur désaccord majeur ne porte pas sur la langue de la messe, mais sur ce qui se trouve en son centre, qu’on la dise en latin ou en français, à savoir la transsubstantiation eucharistique (et, sur ce point, c’est vrai qu’il s’agit exactement du même rite). De plus, le pape explique cette réévaluation du latin d’abord par égard envers ceux qui le préfèrent (mon vieil ami est satisfait, et j’en suis content pour lui), ensuite, par le souci de désamorcer des conflits qui risquent d’envenimer la vie de l’Église qu’il dirige. Il exerce effectivement sa responsabilité et nous n’avons pas à nous en mêler. Ce Motu proprio est interne au catholicisme et ne nous regarde pas directement. Néanmoins, nous avons deux raisons de nous en inquiéter :

D’abord, le changement de langue pour la célébration a été l’un des effets les plus frappants et les plus sensibles (mais pas les plus profonds ni les plus importants) du concile de Vatican 2. En l’atténuant, n’est-ce pas l’aspect novateur de ce concile qu’on entend émousser, voire effacer ? Les conceptions et mentalités qui dominaient sous Pie XII ne tentent-elles pas de désamorcer un concile qui a essayé de leur substituer un autre esprit et des démarches différentes ?

Ensuite, le pape ne donne-t-il pas ici un fort encouragement aux courants qui souhaitent, plus ou moins, un retour en arrière ? On raconte que de nombreux évêques le craignent et s’en irritent. Or, ces courants, qui ne sont certes pas majoritaires mais qui semblent prendre de la force, en particulier dans les jeunes générations de prêtres, se caractérisent par leur hostilité au protestantisme et au dialogue œcuménique (ils ne se privent pas de la manifester à l’occasion, j’en ai eu plusieurs témoignages).

Je n’entends pas faire des procès d’intention, ni donner trop d’importance à ce Motu proprio. Mais, après d’autres signes alarmants, comment ne pas s’interroger ?

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À propos André Gounelle

est pasteur, professeur honoraire de l’Institut Protestant de Théologie (Montpellier), auteur de nombreux livres, collaborateur depuis 50 ans d’Évangile et liberté.

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