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La foi au défi du trans – humanisme

 L’hominescence est un concept que nous devons au philosophe Michel Serres 1. Il désigne la manière dont l’être humain s’est rendu capable d’inf luencer sa propre évolution. L’évolution naturelle, telle que Darwin l’a théorisée, demande des millions d’années pour changer une fonction. Aujourd’hui nous pouvons faire varier cette fonction en laboratoire. Le temps long de l’évolution naturelle pouvait laisser l’impression que les hommes dépendent d’une essence immuable. Mais ces mêmes hommes sont parvenus à accélérer le processus par les modifications apportées à leur milieu, par les progrès de l’hygiène et de l’alimentation, par le développement des savoirs, des sciences et des technologies. Dès lors cette fameuse « essence » cesse d’apparaître comme immuable. L’être humain est devenu capable de se transformer lui-même en intervenant sur sa propre nature, ce qui définit la « boucle d’hominescence ».

   La Bible, qui parle d’une vie quotidienne vieille d’au moins vingt-cinq siècles, n’échappe pas à ce questionnement. Le psaume 90 considère comme exceptionnelle la durée de quatre-vingts ans pour notre vie alors que ce chiffre est aujourd’hui banal. De même peuton se demander ce que pèse la recommandation de Jésus de confier sa vie à la Providence divine (Matthieu 6) face à la prévention, à la vaccination et au dépistage devenus quasi-obligatoires dans les pays développés.

 

 Parmi les facteurs contemporains d’hominescence, distinguons-en trois : l’intelligence artificielle, les nanotechnologies et les biotechnologies.

   Nous vivons à l’ère d’Internet. Mesurons-nous à quel point l’accès généralisé à Internet a modifié notre manière de penser et de travailler, notre façon de vivre avec les autres et jusqu’à notre identité ? Désormais si vous n’êtes pas connecté et connectable en permanence, vous n’êtes rien.

   Tout se passe comme si la vision utopique de Teilhard de Chardin était en train de se réaliser. La planèteentière se connecte et s’unifie à l’image des neurones d’un cerveau gigantesque et universel que d’aucuns ont nommé la cyberplanète 2. La réalité virtuelle fait partie du quotidien de tout le monde (Second Life, Facebook, Twitter, etc.). La vitesse des informations est maintenant quasi instantanée et agit comme un démultiplicateur. N’importe quel événement local peut déclencher un raz-de- marée mondial. À propos des réactions suscitées dans le monde par le décès du chanteur Michael Jackson, un journaliste a parlé de « deuil planétaire »…

   La communication est devenue permanente et tous azimuts. L’impact du Web se fait sentir à tous les niveaux. La démocratie semble être devenue invincible puisque plus rien ne peut être caché (songez au rôle joué par Internet lors de la révolte des moines en Birmanie ou des manifestations en Iran). En contrepartie chacun est suivi à la trace et peut être espionné voire traqué au nom de la transparence.

   De nouvelles questions de droit surgissent, réclamant la définition d’un cyberespace juridique (ainsi la toute récente loi Hadopi).

   Internet offre même une sorte de rêve métaphysique, avec proposition d’éternité virtuelle. Dans une optique résolument futuriste est examinée l’hypothèse d’un téléchargement des données de la conscience cérébrale dans la réalité virtuelle, ce qui offrirait une perspective de survie à la mort physique de l’individu.

   C’est donc bien un être humain numérique qui est en train d’apparaître 3, un être humain vivant en interaction étroite avec ses machines et vivant de cette interaction…

   Les nanotechnologies, comme leur nom l’indique, interviennent au niveau de l’infiniment petit. Leur finalité est d’assembler des robots de précision à l’échelle moléculaire susceptibles de remplir toutes sortes de tâches. Certains chercheurs estiment que ces techniques pourraient relayer l’évolution darwinienne et mettre entre nos mains la destinée de l’humanité. Selon Jean Marie Lehn, prix Nobel de chimie 1987, il s’agit de « refaire ce que la vie a fait, mais à notre façon ».

   Les nanotechnologies portent la promesse d’une amélioration significative des performances humaines. Elles pourraient résoudre la plupart des problèmes de santé, améliorer les performances physiques et intellectuelles, augmenter les chances de longévité, garantir la stabilité émotionnelle de la personnalité et ainsi de suite. Les nanotechnologies constituent un secteur de la recherche et de l’industrie au potentiel extrêmement prometteur aujourd’hui.

    Évidemment, les risques d’accidents industriels ou militaires ne sont pas nuls. La perte de maîtrise des humains sur des nanorobots devenus capables de se reproduire par eux-mêmes pourrait menacer d’extinction toute vie sur la terre…

   Les biotechnologies recouvrent le génie génétique, les cellules souche ou le clonage. Prenons l’exemple frappant de la « machine à bébés », donné par le biologiste et philosophe Henri Atlan 4. Atlan examine l’hypothèse de la gestation extracorporelle, aujourd’hui théoriquement possible, selon laquelle un être humain n’aurait plus besoin de mère biologique pour naître.

   Il constat e que depuis une  inquantaine d’années, et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous sommes engagés dans un processus de dissociation complète entre la procréation humaine et la sexualité . L a pilule contraceptive ou avo rtive , la procréation médicalement assistée, les mères porteuses sont autant de signes de ce processus. L’idée d’une « machine à bébés », qui fait un peu penser à Aldous Huxley, en constitue le point d’orgue. Désormais affranchie des servitudes biologiques de la grossesse (« Tu enfanteras dans la douleur » en Gn 4,16), la maternité deviendrait le symétrique exact de la paternité et devrait être symboliquement reconstruite et repensée entièrement.

   À n’en pas douter de telles percées annoncent de profonds bouleversements dans les structures familiales traditionnelles, dans les rapports de couple ainsi que dans les relations entre parents et enfants. Henri Atlan lève le voile sur une rupture anthropologique vertigineuse ouvrant sur une série d’expérimentations inédites, dont l’homoparentalité est un bon exemple.

   L’ émergence spectaculaire de ces disciplines scientifiques a donné naissance à une école de pensée qui s’est appelée transhumanisme 5. Encore assez confidentielle en Europe, cette école est plus développée aux USA et au Japon, avec pour chefs de file des informaticiens, des généticiens, des spécialistes des neurosciences et des nanotechnologies.

    Les transhumanistes avancent un nouveau paradigme de réflexion concernant l’avenir de l’humanité, en partant du principe que la « nature humaine », jusqu’ici considérée comme intangible, n’existe pas. La nature humaine n’est pas un dogme intouchable. L’espèce humaine est plastique et fondamentalement améliorable.

    Les transhumanistes envisagent donc que les limites de l’espèce humaine puissent être repoussées par le moyen des nouvelles sciences. Ils parient sur ces possibilités afin que les gens vivent plus longtemps et en bonne santé tout en augmentant leurs capacités intellectuelles, physiques et émotionnelles. Ils nous placent devant un choix. Pour les transhumanistes la notion de libre choix est importante. S’il le choisit, l’être humain se dirigera vers une version inédite de lui-même, celle de l’homme « augmenté » (en anglais enhanced). Idéalement cette augmentation devrait aller vers une optimisation des valeurs traditionnellement attachées à l’humanisme tout court.

    Les transhumanistes parient que les avantages potentiels l’emportent sur les inconvénients. Ils professent un optimisme global sur l’avenir de l’humanité à partir du moment où les technologies sur lesquelles ils s’appuient seront bien maîtrisées. Ils se gardent cependant de toute naïveté, reconnaissant que les risques liés à ces perspectives impressionnantes sont à la hauteur des espérances qu’elles suscitent. Ils n’éludent pas les dangers possibles et n’ignorent pas les problèmes éthiques soulevés par leurs positions révolutionnaires. Mais ils estiment que renoncer pour ces seules raisons serait un crime.

    Quelles que soient les réserves que peut éveiller ce courant de pensée mâtiné de messianisme sécularisé et de science-fiction, il est très vraisemblable qu’il occupera une place importante dans le débat intellectuel de ces prochaines années. En effet rien ne semble désormais pouvoir remplacer le modèle scientifique qui informe si profondément notre société. Et rien ne peut empêcher que s’y nourrissent de très tenaces espérances.

  C’ est pourquoi les théologiens ne devraient pas rester silencieux ou indifférents face à cette émergence idéologique. Un défi majeur est lancé à la foi chrétienne par les transhumanistes. Il s’agit de se situer théologiquement face à ce qui s’annonce comme la révolution la plus décisive de l’histoire humaine depuis la révolution néolithique.  

    Car beaucoup de questions cruciales se trouvent posées. Que voulons-nous dire quand nous prononçons que l’être humain est une créature de Dieu ? En quoi Dieu est-il encore créateur si l’être humain est une création de lui-même ? En quoi Dieu est-il « Père » si l’homme est à lui-même son propre père ? La notion de providence a-t-elle encore un sens ? L’être humain a-t-il une âme ? Et si la question même de la mort venait à se poser autrement ?  

    Ce qui est en cause est notre capacité à inventer et offrir une conception de Dieu à un monde désormais dominé par des sciences très pointues et qui le sera de plus en plus. Le transhumanisme nous oblige à projeter la théologie dans la science-fiction en quelque sorte, afin de vérifier si elle peut résister à ce traitement.

    Trois options me semblent possibles : la défense, la sagesse, l’interprétation.

Un défi majeur est lancé à la foi chrétienne par les transhumanistes. Il s’agit de se situer théologiquement face à ce qui s’annonce comme la révolution la plus décisive de l’histoire humaine depuis la révolution néolithique.

   Elle se fera au nom d’une certaine idée de Dieu et d’un certain essentialisme dans la façon de voir le monde et l’être humain. Elle consistera en une vigoureuse dénonciation des pouvoirs humains, envisagés comme une expression de l’orgueil et de la démiurgie de l’homme, ce « vilain révoltement » de la créature contre son Dieu dont parle si souvent Calvin. Il y a dans le transhumanisme quelque chose d’un culte que l’homme rend à sa propre image, idéalisée et « augmentée ». On ne peut s’empêcher d’établir un parallèle avec les réformateurs du XVIe siècle qui craignaient que la gloire de l’homme exaltée par les humanistes ne porte préjudice à la transcendance de Dieu. Soli deo gloria

   La foi adopte ici une posture prophétique, consistant à alerter sur les dérives potentielles, un peu à la manière dont Jacques Ellul a jadis abordé l’enjeu de la technique.

   Mais après tout il est possible de concevoir de cette manière la fonction des chrétiens dans la société globale. La fonction protestataire a de bons arguments à faire valoir. Tous les changements ne sont pas positifs a priori et nous avons des raisons historiques nombreuses de nous méfier des promesses d’avenir radieux. D’ailleurs tout progrès a son prix, nous le constatons avec le phénomène du réchauffement climatique. Quel sera le prix à payer pour l’homme « augmenté » ?

   Il faut pourtant se demander si cette posture est exempte de repli sur soi. L’option défensive, audelà des remontrances légitimes, peut trahir une réaction de peur et une incapacité à affronter intellectuellement et spirituellement la complexité du défi. La montée en puissance des radicalismes religieux dans nos sociétés contemporaines, phénomène constaté par tous les observateurs, semble en relation étroite avec la suprématie croissante des sciences.

    Le fanatisme est aussi un moyen de se réassurer contre un environnement dont la complexité et la finalité nous échappent. Se pourrait-il qu’un fanatisme de réassurance, obscurantiste et anti-scientifique, prenne le dessus chez beaucoup de chrétiens dans les prochaines années ?

    Jacques Attali, dans un essai de futurologie 6, a imaginé un scénario catastrophe, situé vers 2040 et l’a intitulé « la colère des croyants ». Il voit dans cette colère une fin de non-recevoir adressée par les croyants aux évolutions technologiques à venir.

    Sans aller aussi loin, il est exact que le refus de s’ouvrir au progrès et la méfiance à l’égard du monde présent sont des thèmes que l’on peut aisément articuler sur plusieurs passages de la Bible.

   Pensez au dualisme si prégnant dans l’évangile de Jean entre Dieu et le monde, au célèbre « Ne vous conformez pas au présent siècle » de Paul, voire encore à la constante millénariste qui resurgit périodiquement sous diverses formes.

    On peut défendre le choix d’un mode de vie alternatif, à la manière des « décroissants » actuels, et ce au nom d’une conception de la foi. Henri Atlan trouve cela tout à fait plausible. Ce n’est d’ailleurs ni défendu ni déshonorant. Les Amish sont des gens parfaitement honorables. Il est loisible de prendre refuge dans une mentalité préscientifique si ce n’est anti-scientifique, ce dont témoigne peut-être le puissant mouvement créationniste actuel.

    Cependant les inconvénients qui en résulteront pour la foi seront l’isolement et l’appauvrissement.

   On sait que l’Écriture n’est pas seulement un livre de foi mais aussi un livre de sagesse. On peut facilement montrer que, par moments, la figure de Jésus dans les évangiles s’apparente à celle d’un maître de sagesse. Par sagesse, nous entendons une manière d’être en accord avec soi-même, les autres et le monde. Dans la Bible, cette sagesse se déduit de la foi, elle est articulée à une transcendance. Elle peut s’avérer précieuse pour modérer la fuite en avant à laquelle nous convient les transhumanistes.

    Appuyons-nous sur la conception juive du retrait de Dieu, appelée le tsim tsoum. Après avoir créé le monde, il est dit que Dieu se reposa le septième jour. Ce septième jour est aussi le jour de la prise de responsabilité de l’homme. Dieu se retire en laissant à l’être humain les clefs du monde et désormais c’est à ce dernier qu’il revient d’écrire l’histoire. Le retrait de Dieu signifie la mise en avant de l’homme, l’exercice de sa responsabilité et de sa liberté.

    Or ce qui caractérise la post-modernité, c’est la démesure sans frein. Comme le relève Alain Finkielkraut, l’homme est parti à l’assaut de l’infini et, chaque fois qu’une limite se présente, il y répond par une enjambée supplémentaire 7. La somme des connaissances scientifiques double actuellement tous les deux ans et le processus devrait s’accélérer. Nous nous retrouvons dans l’impossibilité d’arrêter le mouvement, voire de le ralentir. Le transhumanisme ne serait-il que le dernier avatar de la très ancienne hubris humaine [NDRL : la démesure inspirée par l’orgueil. Les Grecs lui opposaient la modération] ?

    Le premier message que la sagesse adressera aux transhumanistes, c’est celui de ne pas « messianiser » leur cause. On sait bien que les conséquences correspondent rarement aux intentions de départ. Des plus nobles utopies sont nées les pires tyrannies. Aussi la sagesse qui découle de la justification par la foi estelle relativiste et prudentielle. Elle parle de mesure, de précaution, de sobriété, de juste répartition, de souci de l’autre et de respect de soi. Apport évidemment bienvenu pour toutes les questions tournant autour de l’éthique qui sont nombreuses dans le sillage des avancées scientifiques et technologiques actuelles. Un apport qui ne vise nullement à interdire ou à exclure mais plutôt à appeler au discernement.

    Cette option a pour avantage d’être audible pour des non-croyants. La sagesse permet au théologien de participer au débat global, de prendre sa part dans les cercles de réflexion, de désigner l’horizon des valeurs et d’exister dans le grand public d’une manière différente de l’imprécateur ou du censeur.

    Le second message de la sagesse risque d’être moins audible. Il consiste à décentrer le propos des transhumanistes en les renvoyant à une transcendance qui se décale au fur et à mesure que le savoir humain s’accroît. Le handicap majeur du transhumanisme, c’est l’auto-transcendance de l’homme, cette espèce d’emballement narcissique niché au coeur de son projet. Difficile d’occulter le problème, sous peine de se restreindre à n’être qu’une éthique parmi d’autres. Mais il faut alors assumer la possibilité de n’être pas entendu. Car il sera répondu que la transcendance est une affaire de foi et non de sagesse.

Le handicap majeur du transhumanisme, c’est l’auto-transcendance de l’homme, cette espèce d’emballement narcissique niché au coeur de son projet.

   La parole déposée dans l’Écriture est sujette à interprétation inépuisable. Dieu peut se dire en autant de façons qu’il y a d’époques, de cultures et même d’êtres humains. La Réforme du XVIe siècle a accompagné une mutation en profondeur de la civilisation occidentale. Elle a engagé une réinterprétation de la foi chrétienne et une réformation de l’Église. Elle a proposé aux hommes et aux femmes de ce temps-là une conception de Dieuet une vision spirituelle qui les rejoignaient dans la nouveauté historique qui s’ouvrait pour eux. Cela ne signifie pas que les portes de l’interprétation sont closes, pour reprendre la célèbre formule de Maïmonide.

    Le transhumanisme est un symptôme des mutations inédites qui se produisent à notre époque. Aux théologiens de remettre l’ouvrage sur le métier afin de rejoindre leurs contemporains avec un langage crédible. Il s’agit de réinterpréter Dieu et son vis-à-vis, l’homme.

    Dieu peut-il encore être envisagé comme le gardien d’un ordre immuable, fixé une fois pour toutes, un ordre auquel il ne faudrait rien changer ? Le Dieu immobile de la loi naturelle n’est pas plus soutenable aujourd’hui que l’idée de nature.

   Mieux vaut réfléchir à une conception évolutive de Dieu. En cherchant Dieu dans l’appel à aller de l’avant, au-delà de ce qui a été réalisé dans le passé et au-delà de la sécurité de ce qui est établi et habituel 8. La transcendance est moins au-dessus de nous que devant nous. La transcendance est mouvement.

   Les théologiens du Process interprètent Dieu comme Celui qui nous attire vers un amour, une vie et une liberté toujours plus grands. Et ils se représentent Dieu comme Celui qui change pour mieux accompagner les changements de l’homme. Le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus, Le Dieu de St Thomas d’Aquin, le Dieu de Calvin, le Dieu des astrophysiciens et le Dieu d’Internet ne sont pas le même Dieu parce que ce ne sont pas les mêmes hommes, ni les mêmes époques. Dieu n’est pas Celui qui interdit ou contrôle les mutations humaines, il est Celui qui mute avec elles. Cette question de la mutation – y compris de la mutation spirituelle – est au coeur du transhumanisme.

   Mais parler de Dieu revient inévitablement à parler de nous. Il n’est pas vrai que la « nature humaine » soit dans la Bible une réalité stable et inaltérable. Au contraire le message biblique résonne comme un appel à être plus et autre que ce que nous sommes au départ. « Être créature » correspond à l’ouverture d’un processus messianique de dépassement. Venant au monde, l’être humain est opaque à lui-même, inachevé, il est endevenir. Il participe au premier chef de développements ultérieurs. C’est pourquoi le Décalogue est écrit au futur : les valeurs tendent à une pleine humanité à conquérir.

   L’Écriture jette un éclairage sur cet homme et cette femme accomplis, mais qui n’existent pas encore. Et si l’Adam que Dieu a voulu créer était celui-là ? Adam ne se tient pas derrière nous dans un passé mythique, il se tient devant nous comme une promesse. Adam peut être compris comme le futur de l’humanité. « Ce que nous serons n’est pas encore manifesté », lit-on dans la première épître de Jean.

    Les mutations scientifiques et technologiques font certainement partie de notre devenir au sens théologique, c’est-à-dire de la voie sur laquelle nous sommes attirés par un Autre. Rien ne prouve qu’elles se solderont par une catastrophe. Le pire n’est pas toujours sûr. Le meilleur advient quelquefois. Cela dépendra de nos choix. Comme toujours, il y aura de vrais progrès et de vrais prix à payer. Aux croyants de se montrer proactifs dans ce processus, en s’efforçant d’allier la lucidité prophétique, l’imagination et la confiance dans l’avenir.

   Il existe un commentaire de Gn 1,26 : « Faisons l’homme à notre image. » À qui Dieu parlet- il donc ? Les Sages se sont posé la question. L’un d’eux a répondu : c’est à l’homme qu’il parle, en lui proposant de le créer. Si tu le veux, être humain, ensemble, toi et moi, nous te créerons. Si tu le veux, tu seras un être plus aimant, un être plus libre, un être plus vivant. L’humain est un projet posé devant toi et nous le construirons ensemble.

    Depuis le temps ou cette parole a été écrite, la création de l’homme n’est pas parvenue à son terme. Elle se poursuit, et vient d’entrer dans un nouveau chapitre.

La transcendance est moins au-dessus de nous que devant nous. La transcendance est mouvement.

  • 1 Michel Serres, Hominescence, Le Pommier, 2001. 2 Cyberplanète, « Notre vie en temps virtuel », revue Autrement, No 176. 3 Nicholas Negroponte, L’Homme numérique, Robert Laffont, 1995. 4 Henri Atlan, L’Utérus artificiel, Seuil, 2005. 5 « Philoscience », le blog de Jean Paul Basquiat et Christophe Jacquemin. 6 Jacques Attali, Une brève histoire de l’avenir, Fayard , 2007, pp. 317-330. 7 Alain Finkielkraut, Nous autres, Modernes, Ellipses, 2005. 8 John B. Cobb, Dieu et le Monde, Van Dieren, 2006.

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À propos Vincent Schmid

est pasteur dans l’Église protestante de Genève.

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